‹ Le pin maritime et l'évolution économique des Landes de GascogneChapitre 15 sur 21 · SECTION JI · texte numérisé non relu

SECTION JI

L’Industrie de la Résine

Avant dcenc que l'exploitation résinifère des pins de place ne soit dans sa pleine période de rendement, tous les pins d’éclaircissage ont été utilisés, et nous avons vu quel chiffre d’affaires leur commerce réalisait Cependant, ces futurs poteaux de mine et poteaux télégraphiques, nous le savons, avaient, avant d'être abattus, é!é saignés eux aussi. Il n'en était pas ainsi autrefois, et on s’est avisé de leur faire donner de la gemme, malgré leur maigre rendement et leur mort prochaine décidée, depuis que ce produit est devenu une vraie richesse, et qu'il est universellement demandé.

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On fait ainsi rendre à la forêt tout ce qu’elle peut donner en gemme, car on est sûr de tout écouler.

Voyons en effet les débouchés de la gemme.

La gemme ou résine n’a par elle-même aucune utilisaticn; il faut la distiller, et à cet effet dans toules les communes des Landes, on compte une ou plusieurs usines. Ce sont les instruments de l'Industrie de la Résine (1).

Cette industrie a été déjà très étudiée, et nous avons le regret, de ne pouvoir apporter rien de nouveau, malgré nos investigations personnelles aux choses intéressantes déjà écrites, surtout après le remarquable article de M. Bertrand Faure qui a paru.dans la « Revue Politique et Parlementaire » de mars 1909. Aussi, nous n’entrerons pas dans des détails techniques trop souvent présentés; et même quant aux chiffres et explications se référant à notre étude économique, sur les débouchés de cette industrie, nous ne pourrons modifier les choses déjà dites que dans l’ordre des idées.

Lorsque nous disons que la gemme n'a par elle-

même aucune utilisation, nous parlons de la gemmie

(1) D'après le recensement de 1901, dans le Département des Landes, on comptait 986 personnes employées dans la fabrication des produits résineux contre 486, en 1896. On n'avait mMoiové en 1896 que 73 établissements de 11 à 20 ouvriers et 2 de 21 à 100; on signale en 1901, 104 ateliers de 1 à 29 ouvriers et 10 de 21 à 100. (Résultats statistiques du recensement de 1901, publiés par le ministère du com-

merce, t. III, page 648). RE

proprement dite; mais au-dessus du pot adapté à l’arbre, la quarre est recouverte d’une couche épaisse appelée «barras », ou «galipot» qui sert directement à la fabrication de la cire à cacheter, de la cérésine, de certains vernis dits de Hollande. Notre région l’expédie sur Paris et Lyon, et même en Hollande, en Allemagne et en Russie. Quelquefois cependant — surtout quand on ne trouve pas cette utilisation directe — on le mélange avec la gemme pour les distiller ensemble, et cela donne le «crottage» plus cônsistant que la résine pure. ;

La distillation de la gemme donne deux produits: la térébenthine, qui est le résidu: 70 %, et l’essence de térébenthine: 22%; le reste est composé d’eau et d'impuretés.

La térébenthine écoulée par l’orifice d’un alambic donne le «brai» que l’on expose dans des plateaux par tous les temps pour obtenir une coloration plus claire. Les plus beaux braïs, les plus clairs sont appelés colophanes.

Les brais noirs valent 14frs. les 100 kilos

Les brais foncés » 18 » » »

Les brais clairs de 24 à 26 fr. les 100 Kk.

Les colophanes pâles 30 frs. les 100 kilos

Les colophanes extra-pâles de 36 à 40 fr: les 100 kilos Ces produits sont en effet très demandés; ils sont employés par les papeteries, par les savonneries (la colophane servant au savon de luxe et au savon de « Marseille », le brai au savon noir), les droguisteries, les fabriques de vernis, couleurs, encres li-

thographiques, etc.

L'essence de térébenthine, qui est aujourd'hui au cours de 105 frs. les 199 kilos, a subi le long des années des variations déconcertantes, allant de 76 frs en 1859 à 268 frs. en 1861, de 40 frs. en 1896 à 113 frs en 1907. Et ce sont ces cours qui font varier dans les mêmes proportions le prix de la gemme.

Et pourtant, l’essence de térébenthine est utilisée dans des industries toujours prospères; elle entre dans la composilion des vernis de toutes sortes: vernis blanc mat, vernis pour tableaux, vernis d’or, vernis peur relieurs, pour instruments de physique, de photographie, vernis pour luthiers, vernis hydrofuges, vernis pour les cuirs, elle entre aussi dans la fabrication des encaustiques; la peinture en utilise une grande quantité.

Mais elle a à lutter contre deux forces importantes, la fraude et la concurrence américaine.

On a, en effet, naturellement cherché à falsifier l'essence de térébenthine, avec l’alccol, les huiles grasses, le pétrole, l'huile de camphre, la benzine, etc.

Mais la loi sur les fraudes du 1er août 1905 l’englobe parmi les produits agricoles qu’elle protège. Et l’arrêté du 21 mars 1908 a chargé le laboratoire de chimie appliquée à l’industrie des résines, ayant son siège à Bordeaux et à la tête duquel se trouve M. Vèzes, professeur à la Faculté des sciences, des analyses en vue de la répression. Cela laisse espérer une place prépondérante sur le marché européen aux essences de térébenthine françaises.

Quant à l’Amérique, par sa production énorme (6

à 7 fois supérieure à celle de la France) clle semble maitresse absolue du marché. Une preuve en est dans la hausse formidable qui se produisit au moment de la guerre de Sécession, alors que le commerce et l'industrie des Etats-Unis furent momentanément entravés. C’est en effet, dans cette péricde que le cours de la gemme passe de 76 à 268 francs (1).

La situation cependant, n’est pas mauvaise: Revenons aux brais: La série américaine comprend 14 nuances de brais dont la supérieure dite W. W. ‘Water White: blanc d’eau ou incolore) sert de base aux transactions. Eh bien! l’industrie française fabrique couramment 4, 5 et même 6 nuances de colophanes supérieures à la W. W. américaine.

Quant à l'essence, la France consomme à peine la moitié de sa production. Elle exporte le surplus et la demande va en augmentant. Nos meilleurs clients sont l'Allemagne, la Suisse, l'Italie du Nord, la Belgique, la Hollande, la Russie. Nos exportations totales pour 1908 s'élèvent à environ 10.000 tonnes, pour 45.000 tonnes de brais. Il est vrai que l'exportation

américaine atteint 45.000 tonnes d'essence et 280.000 tonnes de brais.

(1) C’est même, encouragés par cette hausse formidable que certains ‘landais imprévoyants se sacrèrent un jour industriels et fondèrent des distiileries. Mais à la fin de la guerre américaine, alors que la barrique tomba à 25 frs, ils se ruinèr-nt bous. Seuls, mésistèrent au choc ceux qui pos-

sédaient leurs usines avant la guerre.

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