CHAPITRE PREMIER
L'industrie du Bois SECTION 1 Historique
Nous avons vu que, contrairement à l'opinion répandue, le pin non seulement existait, mais était exploité depuis l’époque la plus reculée; seulement son exploitation n’était que résinifère et le bois n’était pas utilisé. On cite le cas des plus gros et des plus vieux pins qui se vendaient à cette époque 0 fr. 50 pièce pour les constructions.
Dans les forêts du Marensin, on laissait périr les arbres de vieillesse ou on les transformait en charbon pour un prix insignifiant, après avoir extrait la résine et le goudron.
rie
Mais même, lorsque la nouvelle forêt fut constituée on ne sut pas tout de suite utiliser le bois. D'ailleurs, l'opinion était dominante — et on la trouve dans beaucoup de livres de botanique — que le pin maritime est à ce point de vue de médiocre valeur. Aussi en 1860, en dehors de l'extraction de la résine, il ny a presque pas d'activité forestière.
Il faut dire aussi qu’un des gros facteurs du développement actuel, le sciage mécanique commençait à peine à être connu. On était obligé d'employer dans toutes les forêts les bras de l’homme et le sciage des planches ne se faisait que par ce moyen.
De nombreuses équipes de « scieurs de long » en grande partie originaires de la Creuse, dispersées dans les forêts où elles vivaient dans des huttes, travaillaient tout l'hiver sous la conduite de leurs chefs entre:--eneurs. C'était une population honnête et laborieuse, travaillant plus que des nègres et dont l’appétit est resté légendaire. Mais l’augmentation des exploitations allait déjà croissant, et avant de subir l'influence heureuse du sciage mécanique, le pin maritime dont l’utilisation progressait, avait déjà besoin de ce sciage mécanique.
En effet sciés à la main, l'emploi des pins, pour ceux des Landes et de la Gironde, se limitait à la place de Bordeaux et à quelques villes des Charentes, telles que Cognac, Saintes, Jarnac; ils n’allaient pas plus loin. Les landes du Lot-et-Garonne en fournissaient à Toulouse et un peu vers Cette, par le canal du Midi.
Le mauvais sciage et les frais de transport des planches brutes, les faisaient souvent rejeter par les fabricants de caisses et les tonneliers, qui préféraient des bois étrangers, mieux sciés et plus faciles à travailler.
Les équipes de scieurs de long devinrent peu à peu insuffisantes et les premières scieries mécaniques firent leur apparition. Eh bien! c’est dans cette industrie que le progrès des Landes est le plus apparent, car vers 1860, il y avait 5 ou 6 scieries dans toute la région, aujourd'hui leur chiffre dépasse 500!
La première des causes de ce changement est le nombre plus grand des plantations forestières; ensuite le développement des voies de communication, surtout des voies ferrées; puis il faut ajouter les nerfectionnements apportés dans les machines, dans les scies, dans les « métiers » de tout genre qui transforment le bois. Enfin, il faut noter l’activité de quelques hommes et le résultat qu'ils ont tout d’abord cherché et qui consistait à faire apprécier lexcellente qualité du pin maritime.
Dans la consommation mondiale, d’ailleurs, les résineux l’emportent sur les feuillus, ceux-ci sont plus demandés comme bois de chauffage, mais sont d’un chiffre inférieur comme bois d'industrie. M. Pierre Lièvre. dans une thèse sur le « Commerce International des Bois », évalue à 2.943.000 mètres cubes, le chiffre des résineux employés par l’industrie contre 2.261.657 mètres cubes de feuillus. Mais parmi les ré-
sineux, le pin maritime était à ce point de vue, le
RSS
moins apprécié. Le changement d'opinion est définilif maintenant, et cela nous explique le nombre
considérable de ‘scieries mécaniques dans les Landes. SECTION II
Préparation de la planche
Ces scieries sont de deux sortes: 10 les scieries portatives ou « locomobiles », qui ont remplacé directement le scieur de long et qui vont trouver le bois là où il est abattu. Elles sont surtout nombreuses dans la grande lande, là où les routes sont rares et incommodes et où le transport des bois en grume ou des « billons » vers une usine fixe serait beaucoup plus onéreux que celui des planches.
Le second type est la scierie fixe, mieux outillée, plus complexe, celle qui a réalisé les progrès que nous étudions, dont les produits sont nombreux et dont l'emplacement doit être considérable, à cause du magasin de planches beaucoup plus grand encore que l'atelier.
Un industriel possède généralement à la fois une scierie fixe et une locomobile, celle ci servant pour les pièces de pins trop éloignées de l'usine fixe. |
Quand un industriel achète des pins de place à un propriétaire, il envoie d’abord ses bûcherons qui abattent les pins et transforment ainsi la pièce en chantier. Après avoir dégagé la cime dont ils feront du bois de
chauffage, ils sectionnent Ile pin en tronçons de
ST ea
2 m. 10 environ, appelés « billons », ou de 3 m. pour faire des traverses. Ces billons sont transportés ensuite à l’usine, et là sont sciés en planches. Puis ces planches sont transportées — généralement par wagonnets sur rails — dans le magasin, grand espace vide en plein air, où elles sont disposées en piles très hautes; elles restent là de 6 mois à un an pour sécher à « l'air libre ».
Si le chantier était trop loin de l’usine, c’est la locomobile qui aura sur place transformé les billons en planches, puis ces planches seront transportées par charrettes au magasin de la scierie fixe.
Quand les billons au lieu d’être sciés en pianches sont transformés en « traverses de chemin de fer. » c’est presque toujours sur le chantier que l’opéralion se fait, car ces traverses n'iront pas au magasin, elles n’ont plus aucune modification à subir; elles ont simplement besoin d’être injectées de créosote, et cela est fait par d’autres industriels à qui le premier les vend et qui ont des usines spéciales placées généralement dans le terrain des gares.
Les « levures » des traverses sont portées dans les scieries et débitées en planches.
Dans le sciage des planches, de grands progrès se sont accomplis, grâce aux changements apportés dans les scies.
La première scie que fit mouvoir la vapeur, s’appelait la scie alternative droite. Elle était actionnée par un mouvement de va-et-vient qui ne se distin-
guait de celui de la scie à main que par une plus
grande rapidité, tandis que les scies actuelles ont un mouvement continuel dans le même sens; la scie alternative n’en avait d’ailleurs que plus de force et elle est encore employée dans le Nord, à cause de la dureté du bois à scier.
Mais il fallait trouver quelque chose de plus rapide; aussi apparut la scie circulaire, et celle-ci tend à être remplacée partout par une nouvelle forme, la scie à rubans ou « rubaneuse », qui, comme la circulaire tourne sans fin dans le même sens; mais elle est plus mince, ne présente aucune surface au centre, elle fait moins de sciure et économise par conséquent du bois. Elle scie peut-être avec moins de régularité que la circulaire, mais elle va beaucoup plus vite. Autrefois avec une scie alternative, on obtenait 400 planches par jour; aujourd’hui, une scie à rubans donne de 1.000 à 1.200 planches.
Le nombre peut varier, car on ne donne pas à toutes les mêmes dimensions; il faut tenir comonte de l’utilisation future; la longueur est presque invariable: 2 m. 10; mais l’épaisseur et la largeur changent. Ainsi le madrier a 8 cm., sur 25, tandis que le lämbris n’a que. 0 Cm'2%4sur rem Entrenles deux on distingue le « bâtard », le « commun », le « pe-
{it commun ».
La planche, une fois obtenue, — et cela par un simple sciage — on la transporte donc au magasin
où elle à besoin de sécher pendant six mois au moins avant d’être utilisée; un industriel doit donc être
prévoyant et avoir un magasin bien garni.
Mais on a découvert plusieurs procédés pour le séchage mécanique des bois, et de nombreux inventeurs ont pris des brevets. Ces séchages sont en beaucoup d’'endroits utilisés, ils offrent l’avantage d’une grande rapidité car ils opèrent en 8 jours.
L'opération se fait dans une étuve et consiste en un lavage à la vapeur qui pénètre dans toutes les parties et enlève, en 3 heures, 10 % du prids to'al des bois. l'enlèvement du surplus de l'humidité (20 à 33 %) s’opère par des courants d'air chaud; plus ces courants sont rapides, plus les bois sèchent vite. Les bois de pin séchés par ce procédé n'éprouvent ni gonflement, ni retrait: des planches employées en 1886. pour des croisées et portes n'ont pas bougé, quoiqu'exposées à l’oucst et ayant subi le plus fort soleil et les plus fortes pluies.
Ce procédé cependant, qui demande une préparation spéciale, un local fermé forcément restreint, ne peut être appliqué à toutes les planches dont une industrie a besoin; on l’emploie dans les cas pressés, ou pour cerlains bois plus humides et surtout pour les bois destinés à être transformés en parquet. En tout cas, il fonctionne en même temps que le séchage en plein air, mais pour un nombre plus restreint de p'anches; il peut aussi compléter le séchage à l'air libre.
Les planches sèches sont rapportées à l'atelier — toujours par wagonnets sur rails — où elles vont subir plusieurs transformations.
C’est précisément là que les progrès ont pu se réa-
liser. Au début, la scierie landaise ne faisait que la planche qu’elle expédiait aux fabricants de caisses et de parquets; maintenant elle prépare elle-même tous ces articles. Voyons-les.