SECTION III
Les produits des scieries
Il y a deux sortes de bois de pin:
Le pin blanc — bois de la partie supérieure de la tige — sert surtout à faire les Caisses d'emballage; A cet effet, la planche est refendue à l’épaisseur et tronçonnée à la longueur nécessaires pour la confection de la caisse.
Généralement — et sauf de rares exceptions — la scierie ne fabrique pas la caisse, c’est-à-dire ne la monte pas, le transport des caisses qui doit s'effectuer très loin, bien souvent à l'étranger, serait d’un prix trop considérable, car la caisse entière est d’un trop grand volume, mais toutes les planchettes obtenues par sciage, sont liées en fardeaux dans des parties spéciales de l'atelier où travaillent surtout des femmes et des enfants-et elles. sont expédiées prétes”à être clouées:
Cette industrie de la caisse a donné leur véritable élan aux scieries des Landes, car ainsi transformés de planches en planchettes, l'emploi de nos bois a dépassé immédiatement son ancienne zone. On
réalise en effet ainsi, une économie sur les trans-
et
ports, puisqu'il ne reste que du bois utile; tandis que la planche brute était onéreuse à transporter. Alors nos bois sont allés vers le Midi jusqu'à Marseille; vers l'Est jusqu’à Lyon, vers le Nord jusqu’à Paris. Aujourd’hui nous recevons des commandes de l'Espagne, de l'Angleterre et des Balkans, de lAIgérie, de l'Egypte et de la République Argentine.
L'autre qualité du pin est le bois rouge, ainsi nommé parce qu'il offre des veines rouges du plus gracieux effel; il correspond à la partie inférieure de l'arbre, à la partie gemmée et la saignée n’a pas été indifférente à cette jolie coloration. Ce bois produit un parquet merveilleux comme beauté et comme durée, qui lutte avantageusement avec le pitchpin, laisse bien loin le chêne derrière lui, et que l’on préfère maintenant aux bois étrangers. Sa belle nuance et sa grande solidité le font rechercher pour la parqueterie riche.
Comme la caisse prête à être clouée, ce parquet est expédié prêt à être placé; car, comme la caisse, il n'a pas seulement été scié: coupées aux dimensions voulues, les planches sont ensuite, dans l’atelier même, rabotées, c’est-à-dire blanchies, polies, et cela par une raboteuse mécanique qui assure une grande rapidité dans le travail. Le « bouvetage » qui consiste à assembler deux pièces pour faire un panneau, est également fait dans la scierie par une bouveteuse mécanique. l
A l'heure actuelle, dans la plupart des ateliers
bien outillés, il y a des métiers qui font d’un même
coup le rabotage et Le bouvetage. C’est là un progrès mécanique qui a une influence heureuse sur le débit du bois.
Les scieries font elles-mêmes l'impression sur caisse par estampage au feu ou à l’encre.
Les caisses et les parquets-ont été les deux premières innovations de la scierie mécanique et ils sont encore les deux grands produits qu'elle donne; mais il s’y fabrique bien autre chose, et depuis trente ans, il n’y a pas eu d'année qui n'ait vu naître dans une scierie une nouvelle utilisation du bois de pin.
Citons parmi les principales:
Des lattes à plafond;
Des douves et fonds pour barils d'emballage prêts à monter; | s
Des boîtes pour envoi d'échantillons, pour colis postaux et envois par la poste;
Des étuis perforés pour flacons;
Des porte-fonds pour tonneaux;
Des cales de barriques pour expéditions par chemin de fer ou pour caves;
Des douelles avec leurs fonds;
Des paniers pour fruits;
Des moulures pour canalisation électrique;
Des planches de toutes sortes pour certains travaux de charpenterie;
Des boîtes pour paquetage de soldats:
Des pavés de bois que l’on fait avec des madriers; après des essais favorables la ville de Paris a admis le bois des Landes pour les pavés dont elle fait
actuellement une grande consommation; à sa suite, beaucoup de villes et de sociétés, des particuliers même, ont adopté dans certains cas ce mode de pavage.
Enfin, une des plus grandes maisons de cette région, celle qui nous servira d'exemple dans le prochain chapitre, s’est livrée dernièrement à la confections de coffrets pour parfumeries, merceries et bazars, entrant ainsi en concurrence avec la fabrication allemande, qui jusqu'ici a toujours inondé notre marché de ces produits.
Ainsi, depuis 1869, un progrès formidable s’est réalisé, car plus de 300 ateliers situés sur les 1.200.000 hectares de landes fabriquent tous les objets cités plus haut, et ont élevé le chiffre global de leurs affaires à 25 millions par an.
Le « Journal du Commerce des Bois », du 27 mars 1907, faisait précéder son tableau des cours des produits landais de la phrase suivante:
« L'exploitation intensive de nos forêts menée par » plus de 300 scieries, ne suffit plus aux besoins de la » consommation. Que ce soit pour l’intérieur ou pour » l'étranger, les ordres succèdent aux ordres avec une » telle continuité, qu’il est bien difficile, pour ne pas » dire impossible, de trouver à s’approvisionner d’un » lot de planches ou de petit-commun convenablement » SEC: »
Ces produits, en effet, vont dans toute la france, et luttent contre l'importation étrangère, ils vont même
au delà des frontières et ils ont fait de ce pauvre pays
des Landes, qui était à peine agricole, un pays industriel exportateur!
Pour donner une idée plus nette de l’évolution des scieries mécaniques, et ne pouvant étudier tous les ateliers des Landes, nous allons prendre un exemple, celui qui nous paraît le plus typique, en même temps qu'il s'adapte à la maison la plus prospère et dont les affaires touchent à l'intérêt général
de la région.
CHAPTERE TT
Un exemple de l’évolution industrielle
La maison la plus importante de Ia région landaise est certainement la « Société anonyme des Produits forestiers des Landes du Sud-Ouest », dans l’arrondissement de Bazas. Elle possède trois scieries fixes (à Préchac, Villandraut et Saint-Symphorien), deux Iocomobiles: compte plus de 400 ouvriers. Ce n’est pas d’ailleurs seulement pour cela que nous la choiïisissons comme exemple; mais son histoire, l’histoire de son évolution, est certainement la plus caractéristique pour nous donner une idée de Pessor économique de l’industrie des bois dans les Landes; et cela d'autant mieux que son fondateur Jean Marc fut un de ces hommes, qui ont contribué à cet essor économique régional, en prenant des initiatives guidées évidemment par leur intérêt personnel, mais qui ont eu leur répercussion heureuse sur l'intérêt
général.
L'histoire de Jean Marc et de son œuvre est intimement liée au progrès industriel de notre région, et pour qu'on ne nous accuse pas de partialité envers cet homme mort depuis deux ans à peine et auquel nous étions lié par des relations de famille et de respectueuse amitié, nous nous retranchons sous le couvert d'articles signés par des publicisies étrangers au pays et à qui leur seule compétence en semblable malière leur permettait de telles appréciations.
M. Larguier dans le journal « L'Echo forestier » du 6 mars 1906, après avoir cité les diverses applications du bois de pin écrit: « Eh bien! nous ne crai-
gnons pas d'avancer que cette transformation ou
plutôt cette création d’une industrie si précieuse au
pays est due en grande partie à l'initiative de M. » Marc, le premier qui a compris qu'il y avait une
fortune pour Ja région en installant sur place, les
moyens mécaniques pour le débit de toutes ces marchandises, et qui par sa réussite a amené ainsi » Jémulation de nombreux imitateurs.
Dans le journal «Le Bois» du 28 juillet 1900, M. E. Jullien écrit: « M. Marc a contribué à la fortune
des forêts de pins des Landes. »
Dans la « Revue Générale Industrielle », du 12 mai 1996, M. À. Blanc, ingénieur agronome écrivait: « Ce-
lui qui fut le créateur de l’industrie forestière, M.
Marc a ccntribué pour une large part lui aussi à la
fortune des Landes, et a été le continuateur des » bienfaiteurs de ce pays, Brémontier, d'Haussez, » Chambrelent, aux noms desquels son nom doit être