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Jean Marc était d’une famille des plus modestes, puisqu’à 14 ans, en 1849, il débuta comme bûcheron. en forêt avec son père.
De 1851 à 1852, il est successivement fendeur de merrains pour la tonnellerie et employé façonnant des pièces de bois pour la marine.
Prélevant chaque jour quelques éconcm'es sur son modeste salaire, il put bientôt acheter pour son propre compte quelques chênes en forêt, puis des pins; il les travaille et les vend aux constructeurs de navires. Nous sommes en 1852. Nous pouvons donc dire que c'est de cette époque que date la fondation de sa maison, bien petite on le voit.
Vers 1868, les gros chênes disparaissant, et le fer commençant à remplacer le bois pour la marine, les affaires deviennent plus rares; mais l’ingénicsité de Jean Marc trouve un autre débouché; il ajoute à son commerce le bois de boulanger pour Paris, et les poteaux de mine pour le Nord et le Pas-de-Calais, et aussi le Tarn, l'Allier, le Gard, l'Hérault, et même pour l'Angleterre.
La guerre de 1870 éclatant, tout commerce de poteaux et falourdes était arrêté; pas de matériel pour les expéditions et peu de personnel valide pour les travaux. C’est cette année-là que l’on vit aussi pendant les mois de juillet, août et septembre, ces grands et nombreux incendies de plusieurs milliers d’hectares de forêts. Tous ces arbres s’exploitèrent comme poteaux de mine.
La paix traitée, ces bois encombrèrent les gares, sur-
tout celles de Bazas, Nizan, Uzeste et Villandraut:; et d'un autre côté de grands besoins se faisaient sentir pour les mines du Nord et du Pas-de-Calais. M. Marc seul connu de ces mines auxquelles il avait fourni avant la guerre, écoule de ce côté tous les bois incendiés qu'il fait transporter par les vapeurs du Nord entre Bordeaux et Dunkerque. Puis il se crée un perscnnel, et de 1872 à 1880. il fournit de grandes quanütés de bois de bourdaine aux poudreries de Toulouse, Saint-Médard, Le Ripault, Saint-Chamas.
Ainsi Marc sait déjà trouver des débouchés au bois des Landes qu'en n'utilisait pas; et le commerce des poteaux de mine dont nous avons apprécié le mouvement dans un chapitre précédent lui doit en grande partie son élan. Mais il y avait plus à faire, et quand il aura les capitaux suifisants, il va construire une scierie.
Les scieries sont rares à cette époque. Ce sont quelques scieries mues hydrauliquement, et les cours d'eau qui les actionnent sont souvent secs pendant l'été. Il v a aussi depuis 1858, grâce à un ingénieur des Arts el Métiers, Lafari, quelques scieries portatives qui débitent des planches brutes.
Dans la petite Lande en 1880, au moment où Jean Marc va construire sa scierie, il n y a qu'une usine, celle de Saint-Svmphorien, mue hydrauliquement et à la vapeur et dont les affaires ne sont pas brillantes. Mais Marc, avec ce coup d'œil particulier de la réussite, sait merveilleusement situer la sienne. Il la pla-
ça à La Trave dans la commune de Préchac, sur
le bord du Ciron, à proximité de nombreuses routes pavées et à 4 kilomètres seulement du chemin de fer. Il devait encore faire mieux plus tard.
Il débute avec 25 ouvriers et limite son action à la fabrication de planches et de madriers. Mais à ce moment les gares de la région regorgaient de vieilles planches qui s’y accumulaient depuis plusieurs années, la production étant de beaucoup supérieure à la consommation. C’est alors que Marc eut cette idée pratique de façonner toutes ces planches, en caisses d'emballage prêtes à être clouées dont nous avons dans le chapitre précédent, apprécié le résultat. Nous pouvons l’apprécier de nouveau ici en établissant la progression du nombre des ouvriers de Marc.
En 1882, ce nombre est déjà de 35, soit une augmentation de 10 en un an, et, la maison, cette même année, chtient à l'exposition de Bordeaux, la première médaille de bronze.
En 1883, le chiffre des ouvriers est de 40, et on chtient une autre médaille de bronze à Blois.
Nous citons ces récompenses, parce que dans presque toutes les expositions, la maison Marc représentait à elle seule, la région landaise et l'industrie du pin dont nous voyons ainsi les qualités.
En 1884, 60 ouvriers, et celte année-là, Marc invente un procédé de séchage à la vapeur dans le genre dépeint au chapitre précédent, et pour lequel il prend un brevet.
En 1885, 70 ouvriers, et il ajoute à sa fabrication
l’estampage à feu.
En 1886, 80 ouvriers.
Le chiffre des ouvriers a donc presque quadruplé dans 6 ans, c’est que le chiffre d’affaires va en augmentant; et le propriétaire landais va trouver maintenant écoulement pour ses pins.
En 1887, M. Marc s'associe son gendre M. Coloubie, et la raison sociale devient « Marc et Coloubie ». Les affaires progressent toujours, et il faut augmenter l’outillage. On ajoute, en effet, à la fabrication des caisses d'emballage, les boîtes pour échantillons, colis postaux, chemiseries, etc.; et on installe une nouvelle machine à vapeur, car une seule ne peut sufire
En 1888, 95 ouvriers, et on installe des machines à fabriquer le parquet.
En 1889, 105 oiuvriers, médaille d'argent à l’exposition universelle de Paris. }
De cette date à nos jours, la confection de tous les objets susceptibles d’être fabriqués en bois de pin, tous ceux dont nous avons fait la nomenclature -— incomplète — dans le chapitre précédent, vient augmenter l’activité de la maison.
Aussi en 1890 les clients devenant plus nombreux et les commandes plus importantes, la maison acheta à Villandraut — à 9 kilomètres de la Trave — à proximité du chemin de fer et du Ciron, de vastes terrains sur lesquels elle a édifié une deuxième usine, copiée comme base sur sa première usine de Préchac, mais avec des outils plus perfectionnés, dus à l’ex-
périence acquise et aux progrès réalisés depuis 1880. Cette usine est reliée par une voie ferrée à la gare de Villandraut et les chargements et déchargements de wagons se font dans l'usine même.
En 1890, également, la maison a acquis une scierie pertative, destinée — comme on le sait — à débiter en forêl sur place, en planches, et madriers pour les réexpédier ensuite à ses usines, les bois trop éloignés de celles-ci.
Depuis cette époque les deux usines ont employé un nombre toujours croissant d'ouvriers. En 1896, le chiffre de Préchac avait atteint 145, et l’usine de Villandraut avait monté de 25 à 125; quintuplé dans 5 ans !
Aussi, pour rouler sur un chiffre d'affaires plus grand, la maison se transforme en Société en commandile par actions, sous la raison sociale, Marc, Coloubie et Cie.
Mais la marche en avant continue, et en 1899 le chiffre total des ouvriers est de 309 soit 150 pour Préchac et 150 pour Villandraut.
De plus, cette même année, la Société achète la vicille usine de Saint-Symphorien, et une seconde Ilocomobile,
EC la maison se transforme une troisième fois, pour augmenter encore son capital, en face des achats de pins considérables qu'il faut faire pour répondre à la demande toujours croissante. C’est alors — en 1899 — que la raison sociale devient: « Société anonyme des produits forestiers des Landes du Sud-
Ouest. »
Elle a porté son capital à 560.000 fr., divisé en 1.120 actions de 500 fr. Les actionnaires se composent de quelques propriétaires de forêts de pins, de quelques clients, et — chose remarquable — de 35 employés et ouvriers. Naturellement MM. Marc et Coloubie se réservèrent le plus grand nombre d'actions et furent nommés administrateurs. M. Coloubie remplit seul cette fonction aujourd'hui.
La surface occupée par les bâtiments de Préchac est de 5.800 mètres carrés, par les magasins de 35.300 mètres carrés; celle occupée par les bâtiments de Villandraut est de 5.800 mètres carrés, et par les magasins de 44.200 mètres carrés. L'usine de Saint- Symphorien occupe une surface de 1.200 mètres carrés et les magasins de 8.000 Le chiffre total actuel des ouvriers est de 400. La Société achète el utilise <environ 89.000 arbres par an.
Ainsi dans l’espace de 30 ans, la petite maison Marc est devenue cette société puissante !
Outre les récompenses que nous avons citées, ajoutons :
En 1887, médaille d'or à l'Exposition de Toulouse ;
ù En 1895, médaille d'or à l'exposition de Bordeaux ; En 1896, médaille d'or à l'exposition de Périgueux ; En 1900, médaille d’or à l'exposition de Paris ; En 1907, Grand Prix et diplôme d'honneur à lexposition de Bordeaux.
Eh bien cette maison qui a ainsi évolué, nous a montré dans quelle proportion l'industrie des bois
des Landes toujours généreux de nouvelles appli-
cations à fait de predigieux progrès. Car si cette société se détache un peu des autres maisons, par son importance, l’ensemble des scieries n’en a pas moins suivi une évolution parallèle à la sienne.
L’arrondissement de Bazas que M. Marc avait trouvé tel que nous l'avons dit, en 1880, compte aujourd'hui 15 scieries fixes qui s’y sont développées dans l’espace de vingt ans, ont débuté chacune, avec une dizaine d'ouvriers, pour arriver aujcurd'hui à un chiffre de 50 à 60 (1).
Nous avions donc raison d'affirmer au début que le pin maritime n'était pas seulement un arbre résinifère. Et au point de vue économique cette exploitation des scieries n’a pas seulement de l’importance pour les q'elques industriels qu'elle a enrichis; car c’est elle qui permet au propriétaire de doubler, comme nous l'avons constaté, son revenu, par le vente avantageuse de ses pins.
Mais elle a de l'importance pour la population entière; pour le peuple des bourgs à qui elle a créé un métier; et même pour le paysan aux revenus résineux desquels elle ajoute un autre revenu. Nous
allons leur consacrer quelques mots.
(1) D'après le recensement de 1901, 1.172 personnes sont occupées dans les scieries mécaniques du département des Landes, contre 719 en 1896. On comptait en 1996, 41 établissements de 1 à 20 ouvriers et 8 de 21 à 100; ces nombres sont devenns en 1901: 102 et 17.
Dans le département de la Gironde, 2.548 personnes contre 1.600 en 189, De 1896 à 1901 le nombre des établissements de 1 à 20 ouvriers a passé de 120 à 185; 21 à 190 ouvriers, de 18 à 25; plus de 100 ouvriers, de 1 à 2. (Résultats statistiques du recensement de 1991,.tome III. p. 564 et GES).