‹ Le pin maritime et l'évolution économique des Landes de GascogneChapitre 6 sur 21 · AY · texte numérisé non relu

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année, d'environ 20 à 25 mètres vers l'Est; en continuant sa marche avec la même vitesse, le flot des sables eût pu recouvrir Bordeaux dans l’espace de vingt siècles et l'eût préalabiement noyée sous les eaux marécageuses.

Au sud d'Arcachon, on rencontre encore certains monticules de sable qui atteignent 90 mètres de hauteur; ce sont les plus élevés d'Europe.

Le pays était donc menacé d’une double invasion, celle des sables et celle de la mer. Mais grâce à la persévérance de Brémontier, inspecteur général des Ponts et Chaussées, on a pu arrêter ces montagnes mobiles.

Nous avons dit qu'une discussion était née au sujet de ce grand ingénieur. Etablir le point précis de celte discussion, c’est présenter nettement l'histoire de la fixation des dunes. Et nous tenons d'autant mieux à le faire que dans sa thèse déjà citée sur les « Résiniers des Landes », M. Roumégous a simplement signalé les deux cpinions contraires au sujet de Brémonüer en jetant un doute qu'il n'éclaircit pas.

M. Roumegous écrit: « Dans l'opinion générale, c’est » à Brémontier que l’on doit une aussi heureuse trans-

formation. En ce moment, un comité de commer-

çanis s'est constitué pour lui élever une statue en témoignage de reconnaissance. Nous apprenons d’un

autre côté que cet homme que l’on veut glorifier n’a » Gé qu'un plagiaire; qu'il aurait dérobé les plans qui

l'ont guidé, que c’est à un autre que revient l’hon-

neur de la plantation du pin ». Puis, M. Roumégous

ajoute: « la question présente pour nous peu d'impor-

» tance », car M. Roumégous s'inquiète surtout d’une question ouvrière et il a hâte d'attaquer le point capital de son sujet qui se réfère aux grèves des résiniers. 24

Pour nous, au contraire, qui étudions le développement général économique des Landes, cette discussion a son.importance. Surtout à l’heure où ‘un monument va être élevé à Brémontier, il est bon de préciser l’œuvre de celui-ci.

En tout cas, que le Comité pour lérection de ce monument se rassure: Brémontier l’a bien mérité.

Cette discussion en somme, est très simple. La grosse erreur est celle que nous avons déjà signalée et qui consiste à croire que le pin est venu dans les Landes par la seule volonté d’un homme. Et alors, si l’on apprend que le premier qui a eu cette idée n’est pas celui que l’on avait cru tout d’abord, celui-ci est traité de plagiaire et bientôt peut-être d'ignorant.

Mais rappelons-nous que le pin est l'arbre des Landes, que c’est l’homme qui l’en a chassé et qu'au moment Gù il faudra fixer les dunes, le pin existe encore dans quelques vieilles forêts qui couvrent 100.000 hectares le long des vallées.

Sans doute, une idée aussi simple soit-elle est souvent difficile à concevoir, et l’exemple de l'œuf de Cristophe Colomb sera éternel. Mais l’idée de planter sur les dunes, les arbres que l’on voyait pousser dans les forêts voisines et que lon savait par lhistoire être originaires dans le pays, cette idée n’était

pas le côté difficile de l’œuvre. Et sans doute — or ici.

nous sommes plus catégorique que M. Roumégous car nous l’affirmons — ce n’est pas Brémontier qui a eu le premier cette idée. Mais c’est lui qui a trouvé le moyen de la réaliser, c’est lui qui a donné la véritable impulsion à l’œuvre de reboisement, c’est lui dont la persévérance a obtenu les premiers succès, et cest certainement son nom qui est le plus glo-

rieux dans l’histoire économique de notre région.

C’est au dix-septième siècle, — et Brémontier ne devait venir qu'à la fin du siècle suivant — que fût

faite la première tentative de fixation des dunes. En 1629, en effet, la ville de Bayonne fit semer des pins, au Boucau-Neuf, pour maintenir à cet endroit l’embouchure de Adour.

Mais ce n’est qu'à la fin du dix-huitième siècle que des essais importants et décisifs devaient être faits. Le baron Charlevoix de Villers, ingénieur de la marine, fut chargé en 1778 d’une mission d’études pour établir un port militaire à Arcachon. Or, gêné par la marche des sables, il eut l’idée de les arrêter par l’ensemencement de pins, en retenant la graine par un procédé qui restait à déterminer. La mort l'empêcha de lerminer sa mission et c’est alors qu'apparut Brémontier qui lui fut désigné comme successeur.

Brémontier n’eut done pas le premier l’idée de planter des pins dans les dunes, mais il trouva le procédé cherché par son prédécesseur. Il faisait semer par hectare, à la volée, 25 kilogrammes de pin maritime, 8 kilogrammes de graines de genêt et 5

kilogrammes de graines de gourbet.

Ses premiers essais étant en voie de réussite, il s’attacha à son œuvre avec opiniânetré. Il fit des semis en 1788, 1792 et 1793 sur une étendue de 4890 mètres de longueur dans les dunes de Bordeaux entre la petite forêt d'Arcachon et le bassin de Pilat. (Exposé des motifs de l’arrêté du 13 messidor an IX).

La réussite de ces essais ne laissa aucun doute sur l'efficacité des moyens proposés, et l’Institut National y donna sa pleine adhésion, ainsi qu’il résulte d'un rapport de la classe des sciences et arts du 13 floréal an VIIL Brémontier obtint un premier crédit de 4400 livres; puis en 1806, il obtint du Premier Consul, un crédit annuel de 500 francs. II mourut en 1809.

Mais, en présence de ces résultats, le gouvernement intervint encore. Les Consuls avaient déjà pris un arrêté du 13 messidor an IX, confiant aux préfets la surveillance des travaux à effectuer, et nommant, en cutre, un inspecteur spécial et un garde forestier. Puis les travaux furent généralisés sur toute la côte par un décret du 14 décembre 1810 et achevés en

Le décret de 1810 s'applique aussi bien aux dunes qui appartiennent à l'Etat qu'à celles qui peuvent être la propriété des communes ou des particuliers.

Aussi, à l'heure actuelle, tout le littoral est couvert de magnifiques plantations; l'humidité habituelle des sables favorise singulièrement la végétation qui là, plus que partout ailleurs, peut-être, fait preuve

d'une étonnante prospérité.

Nous pouvons donc, avant de terminer ce chapitre, adresser des éloges à ceux qui ont pris linitiative d'élever un monument à Brémontier. Ils suivront l'exemple de la ville de la Teste de Buch, qui a déjà placé en 1818, une cippe sur la dune la plus proche des maisons, en l'honneur du grand ingénieur. Et ce sera la façon la plus logique de clore la discussion qui s’est élevée à son sujet. Cette œuvre symbolisera la reconnaissance de la région landaise envers l’un de ses plus grands bienfaiteurs; elle honorera la mémoire de l’homme qui a rendu à son pays les plus signalés services.

Les arbres résineux ne sont pas d’ailleurs, les seuls qui puissent prospérer dans les dunes; toutes les espèces de chêne, laune, le saule, l’arbousier, le châtaignier, les alisiers, les pruniers, les cerisiers, la vigne I°s légumes, les céréales, tout y réussit parfaitement bien. Cependant l'emploi des arbres qui conservent les feuilles pendant l'hiver a dû être préféré. Ils sont nécessaires pour rompre l’action des vents et empêcher l'introduction des sables dans les plantations. Aujourd’hui, ces masses de sable qui menaçaient de leur envahissement toutes les communes du littoral sont fixées à peu près sur toute leur étendue, soit 100.000 hectares. ET les côtes du golfe de Gascogne n'offrent plus au voyageur, à la place de ce rivage perfide où rien de fixe ne pouvait l’aider à diriger sa marche au milieu des dangers, qu'une chaîne de coteaux verdoyants.

Cet immense pignada qui couvre les dunes, s’é-

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