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tend, en effet, en longueur, entre l’Adour et la Gironde et sur une largeur de 4 à 5 kilomètres.
Entre elle et le rivage, cette côte aujourd’hui rieuse, forme une immense plage de 200 kilomètres de long où les stations balnéaires se multiplient et s’enrichissent. Et c’est sans doute pour cela et aussi à cause du reflet argenté de la mer mêlé au ton vieil argent des cimes des pins que cette côte est devenue la « Côte d'Argent », nom dont elle a été assez récemment baptisée et dont le succès considérable en a consacré définitivement l’heureux choix.
CHAPTIRE V
La Lande intérieure
Mais les dunes fixées, il restait encore la lande, véritable sahara intérieur de 635.000 hectares.
Déjà, deux lois révolutionnaires des 28 août 1792 et du 10 juin 1793 avaient commencé la rénovation. Elles avaient en effet, attribué le vacant aux communes-et en avaient ordonné le partage. Les particuliers stimulés par ces décisions empiélèrent partout sur le vacant pour le reboiser et le cultiver. Mais cela ne produisit aucun résultat notable; et, tandis que les côtes de Gascogne, vers le milieu du dixneuvième siècle, reprenaient leur aspect prospère des lemps anciens, la lande intérieure restait infertile, malsaine, peu habitée.
Or, rien ne pouvait mieux la sauver que le reboisement.
Dans un remarquable article « Les Arbres », paru sur le « Figaro », du 6 février 1910, M. Marcel Prévost, de l’Académie Française, se plaint de la des-
truction continuelle de nos forêts par des propriétaires
cupides devant l’exigence des industries {toujours plus nombreuses. Et il dit:
« Ainsi l'homme exagère son droit de modifier les » conditions de la nature vivante dans les contrées » qu'il habite: il ne veut pas comprendre qu’une » vaste forêt d'arbres puissants, en tel endroit du » monde, est un organisme qui s'est créé là par la » force des choses et qu’on ne supprimera pas im- » punément. »
Et il semble bien que cette parole quelque peu prophétique puisse sans peine s'appliquer à lhistoire des Landes. Les Landes étaient une forêt, et elles sont devenues landes parce qu’on a détruit la forêt; l’homme ne peut sauver ce pays perdu qu’en replantant les arbres qu'il a détruits.
« Les ruisseaux — écrit M. Marcel Prévost — que » les racines ne divisent plus, ne ralentissent plus » aux pentes des coteaux, se changent soudain en » torrents, forcent les rivières à des débordements im- » pétueux. Les pluies, que ne scllicite plus Pattrait » magique des cimes d'arbres. s’amoncellent dans les » nuages puis crèvent tout d’un coup en déluges. » Pour avoir failli aux lois essentielles de la nature, » l’homme devient la proie d’une nature sortie de ses » lois. ».
Oui, c’est par le déboisement que la lande était devenue malsaine, marécageuse, c’est par le reboisement seul qu'on pouvait la sauver.
Le style poétique de M. Marcel Prévost est d’une
grande réalité scientifique. Le reboisement, en effet,
empêche le ruissellement, lequel provoque les inondations qui ravagent les cultures; et il régularise le régime des sources en empêchant le ruissellement. De plus, il régularise le régime des pluies: cet « attrait magique », c’est l'humidité produite par le dégagement d'oxygène et d'hydrogène; ce sont les vapeurs d'eau qui se forment au-dessus des arbres et qui se changent en pluie. Enfin le reboisement a d’importantes conséquences bactériologiques, car les sources venant des forêts sont indemnes de pollution.
Pour donc sauver la Lande de sa pauvreté et de sa mauvaise situation climatérique, il fallait songer à la reboiser.
Or, la merveilleuse réussite des pins sur les dunes. devait évidemment faire penser à cet arbre providentiel pour régénérer le pays landais.
Mais le travail devait être moins facile que sur les côtes; là, nous avons dit combien le sable légèrement humide se prêlait à une prospère végétation; tandis que dans la terre de lintérieur, la couche d’allios qui se trouve — nous l'avons vu — à une profondeur de 0 m. 30 à 1 m., allait gêner le développement des racines de pins qui ne peuvent pas le traverser; et à l'heure actuelle encore le pin de dune a plus de raleur que le pin des landes. Certains pins des dunes de La Teste, produisent de la résine à 14 ans, tandis que l’exploitation résineuse ne commence guère dans la Lande qu'à 25 ans; et les pins sont d'autant plus gros que l’allios est à une profondeur plus grande
parce que là les racines peuvent être droites el ver-
licales, tandis qu’elles s’allongent parallèlement au sol quand la couche de sable est mince et elles ont moins de force.
A cette difficulté, s’ajoutait celle de l’état du sol, marécageux et broussailleux. Mais, grâce à l'énergie de deux hommes dont les noms doivent être ajoutés à la suite de celui de Brémontier dans la liste des bienfaiteurs des Landes, le baron d'Haussez, et Chambrelent, l’œuvre fut attaquée avec courage el couronnée du plus éclatant succès.
Le baron d'Haussez fut préfet du département des Landes dès les premiers jours de la Restauration et il entreprit d'améliorer son sol misérable par la plantation des pins, c’est-à-dire d'employer dans la lande intérieure, le procédé réalisé par Brémontier sur la côte.
Nommé plus tard préfet de la Gironde, il retrouva dans certaines régions de ce département un sol pareil à celui des Landes et l’améliora par le même moyen.
Dans son intéressant ouvrage: Etudes administratives sur les Landes, nous relevons ces paroles: « J’ai per- » suadé aux habitants que la terre qui les porte » vaut mieux qu'ils ne le pensent, que ses produits » seront abondants dès qu’ils seront demandés avec » opportunité et que si elle ne rend pas davantage, » c’est à des méthodes sérieuses, invariablement em- » ployées, c’est à une routine irréfléchie constam- » ment consultée, c’est enfin aux hommes et non » aux choses qu'il faut s’en prendre. »
Jules Chambrelent, ingénieur en chef des ponts et chaussées, fut envoyé en mission dans les Landes en 1837, c’est lui qui a fait le plus pour leur assainissement en donnant l'écoulement des eaux vers la mer. Il a fallu en effet assainir ces terrains vagues, avant de les mettre en culture; pour cela, on a d’abord creusé des rigoles convenablement espacées, destinées à empêcher les eaux de pluie de séjourner à la surface du sol; on a construit ensuite des canaux collecteurs ayant plus de trois mètres de largeur; l'ensemble des rigoles a été relié à ces canaux; enfin un grand canal qui a plus de 12 mètres de largeur et longe la ligne des dunes complète ce système de drainage; ainsi les eaux sont de proche en proche amenées auprès du rivage et finalement jetées à la mer.
L'œuvre d'assainissement a été achevée par la construction de puits filtrants: Peau ne manquait pas dans les Landes; mais elle contenait toute une série de résidus nocifs; il a fallu pour l'alimentation assurer aux habitants des eaux indemnes et c’est par le moyen des puits filtrants que l’on y est parvenu.
Le pays ainsi assaini, Chambrelent s’occupa de le mettre en valeur. Et il y arriva par le développement méthodique des plantations forestières.
Une loi du 19 juin 1857 obligea les communes à assainir et à ensemencer.
Quand Chambrelent mourut à Paris, en 1899, sa vie active et si bien remplie avait été récompensée par
le titre d'inspecteur général des Ponts et Chaussées.
Il avait en effet, reboisé plus de 500.000 hectares de landes.
Aussi, aujourd'hui, les parties sablonneuses les plus infertiles ont déjà pris une valeur considérable. Il n'est plus que peu de régions dans la contrée où l’on puisse voir la lande rase, telle qu’elle se montrait aux générations passées, c’est-à-dire immense comme Océan avec la rondeur du ciel pour paysage. Mais déjà, là où elle a gardé son ancien aspect, l’œil se repose, aujourd’hui et même très agréablement à l'extrême horizon, sur la lisière vaporeuse de la forêt. Et celle-ci rend de plus en‘plus rares ces espaces vides en les resserrant de plus en ‘plus. Les grandes bruyères, les hautes fougères, les ajoncs, les touffes de joncs et de carex, toute cette végétation spontanée cède peu à peu devant les plantations de pins.
Aussi ce pays, autrefois deshérité et laid, offre aujourd'hui un aspect plutôt grandiose. Les pins sont bauts, droits, toujours verts et si le parallélisme de leurs tiges a quelque chose d’un peu monotone, il règne dans l’ensemble de cette colonnade majestueuse, une harmonie qui plaît à voir. Et là où la forêt de pins se confond avec la forêt de chênes, là où une rivière se creuse parmi les rochers insoupçonnés, c’est un site exquis que les touristes visitent avec plaisir et curiosité. Et cela n’est pas indifférent à Péconomie du pays. C’est ainsi que la vallée du Ciron, dans la Petite Lande, le long des vieux châteaux de la Trave, d'Ilon, de Villandraut, cachant son eau
rapide sous la haute ramure des pins, des ormeaux et
age
des chênes, jouit, dans le sud-ouest, de la réputation d'un des plus remarquables paysages.
Dans la partie méridionale des Landes, connue sous le nom de Marensin, on cultive aussi le chêne-liège et chaque village de la contrée possède des avenues de grands chênes, plus belles que les promenades célèbres des cités populeuses de la France.
Mais cette région n’est pas seulement devenue belle, elle est devenue riche et'une des plus riches de notre pays. Et maintenant que nous avons vu comment elle s'était transformée dans son aspect général, nous allons étudier ce qu’elle rapporte.
Aussi, pour terminer cette première partie de notre ouvrage et la rattacher aux chapitres suivants qui vont traiter du revenu, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de citer la phrase suivante empruntée encore à l’article déjà mentionné de M. Marcel Prévost:
« Dans une partie de la Gascogne, on s’est avisé un » beau jour de semer des pins dans des marécages où » fermentaient toutes les fièvres. Les pins sont grands » aujourd'hui, les marécages ont disparu avec la pesti- » lence; la race des habitants se restaure, la beauté » des bois attire l'étranger qui apporte maintenant > l'or des villes dans nos stations des Landes et cette » contrée qui, jadis, était désignée comm la « mau- » vaise terre », rapporte plus à celui qui la possède » que des coteaux de vignoble et des plaines de fro- » ment.»