‹ Le pin maritime et l'évolution économique des Landes de GascogneChapitre 8 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La région Landaise

Nous avons déjà dit la situation, les dimensions, la forme de la région landaise. Ajoutons qu’on y distingue généralement trois parties.

Au nord, fa Petite Lande, qui est la contrée boisée du département de la Gironde, comprenant une partie des arrondissements de Bazas, de Bordeaux et de Lesparre. Elle termine la grande région landaise, en une pointe qu’effilent jusqu'au Verdon les vignobles du Sauternais et du Médoc et où on rencontre aussi des peupliers et des chênes.

Au Sud, le Marensin, avec Dax, pour principale ville, où poussent, outre le pin, le chêne-liège, le chêne

tauzin et d’autres essences. Le sol n’y est pas entière-

ment siliceux, on sent la Groximité de la plaine fertile de la Chalosse et des coteaux des Pyrénées.

Au centre, enfin, la Grande Lande, la vraie lande d'autrefois, aujourd'hui forêt immense et uniforme, exclusivement plantée de pins.

Cette division n'offre pas pour nous un très grand intérêt économique. L’essor de la Lande, nous l’étudions dans sa généralité et nous n’aurons pas dans un pareil sujet de grandes différences à signaler entre telle et telle partie de notre région. L’exploitaion du pin s’y fait presque partout de la même façon, sauf des procédés de détail, des applications dans les débouchés que nous mentionnerons quand cela sera utile.

Sans doute, la Petite Lande et le Marensin ont un sol plus fertile que la Grande Lande et la propriété y a généralement un peu plus de valeur; mais la dune qui longe les trois régions offre un sable encore plus profond et plus propice à la croissance du pin. Ce sont là des différences qui s’effacent dans le progrès d'ensemble que nous étudions.

Cependant, la Petite Lande et le Marensin confinant à des contrées de tout temps plus populeuses à cause de leur ancienne fertilité, sont également plus peuplées que la Grande Lande; la propriété y est plus morcelée; les voies de communication y sont plus nombreuses, les moyens plus rapides.

La Grande Lande, en effet, n’a pas de rivière. Elle confine à peine au nord, au cours supérieur de la

Levyre laquelle va se jeter dans le bassin d'Arcachon,

après avoir offert à la Petite Lande un moyen de transport des plus appréciables. La Petite Lande est également traversée par le Ciron qui n’est que flottable, mais qui apporte à la Garonne, avec Bordeaux pour-objectif, une grande quantité de poteaux de mine expédiés en radeaux. Quant au Marensin, il est assis sur le bassin de l’Adour, qui va alimenter le port de Bayonne de ses produits.

Les routes sont également rares dans la Grande Lande, ou mal entretenues, ne se distinguant souvent des petits chemins sablonneux que par leur largeur. Mais en revanche — et cela est le signe d’un essor économique, d’une étonnante rapidité — les lignes de chemins de fer y sont déjà très nombreuses.

Parce que le pays a eu besoin d’écouler des produits, on a laissé les routes ce qu’elles étaient, pour mulhplier un moyen beaucoup plus commode pour l’activité commerciale, la voie ferrée. Et à ce point de vue la Grande Lande s’est presque aussi bien développée que le nord et le sud, car à l’heure actuelle toute la région est une des plus richement pourvues de chemins de fer.

La grande ligne de Bordeaux-Bayonne, où passe le Sud-Express Paris-Madrid, traverse la Lande dans toute sa longueur et à cette ligne viennent affluer de nombreuses lignes d’embranchement qui desservent des deux côtés, la forêt de pin.

Du côté de la mer, ce sont:

Dans la Petite Lande :

Les lignes de Facture à Lesparre.

De Lamothe à Arcachon et à Cazaux.

Dans la Grande Lande:

D’Ichoux à Parentis-en-Born.

De Labouheyre à Mimizan.

De Morcenx à Mézos et à Uza.

Dans le Marensin:

De Laluque à Linze.

De Saint-Vincent à Léon.

Vers l’intérieur:

De Facture à Hostens et Saint-Symphorien.

D'Ichoux à Pissos.

De Labouheyre à Sabre.

De Laluque à l'artas.

Notre région est également reliée aux deux autres grandes voies de la compagnie du Midi: celle de Bordeaux-Cette et celle de Bayonne-l'oulouse.

A celle de Bordeaux-Cette, par les lignes:

De Saint-Symphorien à Beautiran.

De Bazas à Langon.

De Mont-de-Marsan à Marmande.

De Mont-de-Marsan à Port-Sainte-Marie.

A celle de Bayonne-loulouse:

Par la ligne de Dax-Puyoo.

Et la ligne de Morcenx-Tarbes qui passe par Montde-Marsan.

EL ces différentes lignes sont également reliées les unes aux autres de la façon la plus heureuse et la plus profitable pour le pays.

C’est ainsi que la ligne Langon-Bazas a été pro-

longée jusqu’à Bourriot-Bergonce sur la ligne de Mont-

Came

de-Marsan-Marmande. Cette même ligne Langon-Bazas est rejointe à Nizan par la ligne Luxey-Nizan qui passe par Saint-Symphorien et correspond ainsi avec la ligne Saint-Symphorien-Beautiran. Celle-ci croise également à Hostens, la ligne Facture-Hostens. Enfin tout dernièrement la ligne Nizan-Luxey a été prolongée jusqu’à Mont-de-Marsan.

Mont-de-Marsan, chef-lieu du département des Landes, commande ainsi tout un réseau de lignes. Toutes les parties des Landes, dunes et intérieur, Marensin, Grande Lande et Petite Lande sont reliées entre elles: tout le pays est sillonné de voies ferrées et ces voies sont encadrées de grandes lignes qui font communiquer cette contrée avec les grands centres de Bordeaux e! Bayonne, sur l'Atlantique, Cette et Marseille sur la Méditerranée, ouvrant ainsi au pays Landais les portes de lexportation.

On conçoit aisément combien tous ces nouveaux chemins de fer ont influé sur le développement économique des Landes; mais il y a là une influence réciproque; et les pouvoirs publics et les compagnies n’ont risqué leur responsabilité et leurs capitaux que parce qu'ils étaient assurés d’un chiffre d’affaires que leur garantissait la prospérité nouvelle de celte

région.

CHAPPDREETI

Les cultures

La région landaise produit en effet, le pin. Elle produit aussi cependant les céréales. Disséminés dans la forêt, des champs de seigle, des prairies, des jardins potagers entourent les métairies. C’est en effel par le métayage qu'est exploité presque généralement le pin dans les Landes. Le métayer, logé gratuitement dans une maison isolée dans la campagne, la métairie, est payé pour ses travaux par une partie du revenu, qui est presque à peu près partout la moitié.

Autrefois, du temps de la lande rase, le métayer n'avait même à s'occuper que de champs très réduits nous le savons et d’un revenu si maigre que les Landes étaient le pays le plus pauvre de France. Aujourd'hui le métayer s'occupe aussi de la forêt et surtout de Pextraction de la résine.

Aujourd'hui les Landes sont un pays riche. Et il est certain que ce ne sont pas les quelques hectares de terre labourable qui entourent la métairie, qui font

la richesse du pays, ce sont les pins et la résine qu'ils

donnent, puisqu’en effet cette richesse commence à apparaître avec la plantation du pin et surtout seulement depuis 1857.

La loi du 19 juin 1857, que nous avons déjà signalée, obligeait en effet, les communes à assainir et ensemencer dans le délai de 12 ans et c’est surtout depuis cette époque que la lande s’est transformée en pignada.

Cependant certaines personnes semblent regretter que la mesure qui à été prise relativement à la vente des landes et à leur mise en forêt ait été trop précipitée. M. Dromart, ingénieur civil, présenta en 1872 à la Société des Agriculteurs de France un rapport dans lequel nous relevons ces phrases intéressantes:

« Quoiqu'il semble absurde de perdre son temps » et son argent à faire produire à une terre ingrate » des céréales qui rapportent fort peu relativement » au travail qu’on y met, il n’en est pas moins vrai, » pour tous ceux qui examinent la question, non au » point de vue économique généralement adopté, mais » en tenant compte de la physionomie toute particu- » lière du pays, que, non seulement il n’y a pas possi- » bilité de détruire les terres arables, mais encore » qu'il est du plus grand intérêt d’en augmenter le » nombre. »

Jl va une contradiction dans l’opinion de M. Dromart; pourquoi augmenter le nombre de champs de céréales qui « rapportent fort peu » sur cette terre que M. Dromart lui-même reconnaît « ingrate ». Il va tâcher de nous l'expliquer plus loin; mais surtout,

il écrivait cela en 1872 et les résultats économiques de

Er af

la forêt n'avaient pas encore pu être appréciés comme ils le sont aujourd’hui. De plus, quoiqu'en pense M. Dromart, on n’a rien voulu détruire. La généralisation des plantations forestières n’a presque pas touché aux 200.000 hectares de terres labourables. Les champs de seigle et de millet, autrefois points isolés dans la lande, aujourd'hui entourés de forêts, existent toujours avec de vertes prairies et de riants jardins (1).

« En décrétant — ajoute M. Dromart — la mise en » valeur des Landes dans un délai aussi court et » en détruisant le pâturage, on avait prononcé la con- » damnation de l’agriculture, condamnation qui n'a » pas été ratifiée par la majeure partie de la popula- » tion, car si celle-ci avait été consultée, elle n'aurait » certainement pas approuvé une mesure aussi préci-

» pitée et aussi radicale. Je ne veux pas critiquer Pidée

(1) Le chiffre de 200.000 hectares est cependant exagéré si l’on veut seulement tenir comps de la vrai région landaise. Pour obtenir ce chiffre, il faut y comprendre les champs de froment, d'avoine et de maïs qui sont évidemment dans la Gironde et dans les Landes, mais en dehors de la zone forestière, c’eat-à-dire au nord dans le Bordelais, au sud, dans Ja Chalosse.

Dans la vraie région landaise, il faut compte:.

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