de maïs
352 » de sarrasin.
(Calcul fait d’après les données de lAnnuaire Statistique
de la France de 1908, p. 112 et 116).
de la mise en forêts des Landes, car elle est excellen- Le, mais il fallait un siècle pour la résoudre et encore devait-on réserver dans chaque commune la part de l'élément agricole. La sagesse consistait, tout en poussant au boisement des Landes à ne le faire qu'autant et qu'à mesure des bras disponibles et au lieu de détruire l’agriculture en supprimant le pacage, on devait faire à celui-ci une large part. Il faut concilier les intérêts agricoles et forestiers et non favoriser toujours ces derniers qui ne prospéreraient pas sans l’agriculture, car celle ci peut conserver et attirer les bras sans lesquels les forêts n’ont aucune valeur. Il faut des métairies partout où il y a des exploitations forestières. Sans elles as de populatiors fixes. Il faut du gros bétail pour le transport des produits qui, en général, ont à parcourir des distances considérables, du petit bétail pour les engrais et par conséquent du pâturage. Aussi sans pâturage, pas de métairies, sans mélairies pas de bras, sans bras, pas de forêts. C’ést un
cercle dont on ne peut pas sortir.
Ces parcles sont intéressantes, mais M Dromart
s’exagère le mal qu’il redoute. Sans doute, les pâ-
turages ont perdu par suite de la disparition de la
lande; mais c’est une disparition profitable, et nous
verrons que personne ne s’en plaint. D'ailleurs les
prairies aujourd'hui suffisent, [l est vrai que les
prairies suffisent parce que le bétail à élever n’est
pas le même ; les troupeaux de moutons en grande
Re
partie ont été remplacés par la vache laitière; cela, d’ailleurs, non pas tant à cause de la disparition de la lande, mais pour un auire motif très particulier: près des terrains ensemencés, pendant deux ou trois ans, la garde de ces troupeaux était devenue très difficile; la brebis est friande des jeunes pousses de pins, et une cinquantaine de ces animaux avait tôt fait de ravager une surface de plusieurs hec- {ares nouvellement ensemencés. De là un retard, et une nouvelle dépense pour le propriétaire, avec le risque d’une nouvelle dévasiation. |
Et, lorsque c'était chez le propriétaire voisin que le troupeau s’introduisait, le règlement du dommage ne se faisait que devant le juge de paix. C'était une source de continuelles discordes et d’une inimitié constante entre les propriétaires; pour une futilité quelconque, c'élaient des procès interminabies; et, chaque semaine, les audiences à la Justice de Paix étaient au chef-lieu de canton, des jours de réunion ut comimc les jours de fête ou de marché. Aujourd'hui cinq ou six vaches laitières ont remplacé cinquante brebis: 11 leur faut des pâturages moins élendus et la garde bien plus facile est confiée aux femmes ou aux enfants. (1) et (2).
Ce changement était donc nécessaire, et c’est, sans
(1) Aujourd'hui, seuls, de très gros propriétaires ont con: ervé des troupeaux de moutons qu'ils divisent entre plusieurs métairies, et pour lesquels ils peuvent faire des pacages spéciaux.
(2) Aujourd hui le juge de paix est appelé à juger deux ou trois
iitiges par mois.
AS
doule ce que ses adversaires déploraient: l’engrais de la vache ne vaut pas l’engrais de la brebis; et les champs donnent certainement un peu moins de seigle qu'autrefois. Mais le métayer ne s’en plaint pas, parce que d’abord, il leur consacre moins de temps pour s'occuper davantage du pin, et que, ensuite avec l'argent que lui procure la forêt, il s'adresse maintenant au boulanger au lieu de faire lui-même son pain; il mange du bon pain de froment au lieu de manger du pain de seigle.
Cela évidemment n’est pas général; mais lorsqu'il fait encore son pain, le métayer fail mélanger par son meunier, à son seigle, une égale quantité de blé que lui permettent de s’acheler ses revenus forestiers ; et le pain ainsi chtenu, d’une légère teinte grise, a un goût délicieux. Les meuniers, devant l'exigence de lhabitant des campagnes, ont (ous transformé leurs moulins en petites minoteries, ont installé des blutoirs auto-hvdrauliques pour purifier d'une façon parfaite la farine que le pauvre landais d'autrefois acceptait, à peine séparée grossièrement du son.
Quant à la «cruchade» farine cuite de maïs, de millet ou de sarrasin, qui entrail dans la consommalion du métaver, en aussi grande quantité que le pain de seigle, on n’en fait presque plus nulle part.
La question du pâturage ’s’efface donc devant le bien-être apporté par la forêt; mais même au point de vue spécial de l'élevage Ie remplacement des troupeaux de brebis par les. vaches laitières a élé une
des sources de l’aisance acquise par le mélayer des
landes. C’est que celui-ci ne relirait pas un grand profit du troupeau, il n'avait même droit à aucun revenu quant à cet objet; seul, le berger, généralement membre de sa famille, était payé, mais payé en nature, par prélèvement sur la récolte des céréales; Et le propriétaire lui-même obtenait peu de choses de ses moutons; un peu de laine abîmée par les brandes et les ajoncs à travers lesquels ils passaient et quelques agneaux mâies qui se vendaient mal; quant aux femelles, elles suffisaient à peine au remplacement des brebis décimées chaque année, empoisonnées par les eaux jaunâtres des lagunes.
avec la vache, le métayer a pour lui, la vente du lait, et la moitié du prix du veau qu'il vend à l’âge de trois mois.
N’emplovant plus le maïs, le. millet el le sarrasin, pour sa nourriture, il élève de la volaille qu'il écoule facilement et avantageusement sur le marché.
Quant à la paire de bœufs, qui sert à lexploitalion agricole, et que le métayer a en cheptel avec le propriétaire, il ne devait espérer autrefois aucun bénéfice sur leur renouvellement; par suite de la mauvaise qualité de l’eau qu'its buvaient, ces animaux ne profilaient guère, et au bout d’un an, il fallait les vendre souvent avec perte, si on ne voulait pas les voir dépérir et devenir malades.
Aujourd'hui, par suite des nombreux transports de bois qu'ils font loin de la méltairie, ces bœufs sont mieux nourris, ils s’éloignent des lagunes et boivent
de l’eau potable dans les localités où il portent les
marchandises; ils se portent bien, s’améliorent même dans leur embonpoint, et sont revendus souvent avec bénéfice, et à la place de la petite race landaise malingre, On voit dans chaque mélairie, une paire de beaux bœufs bazadais, ou « de race landaise améliorée ».
Le développement de Ia forêt a donc été bienfaisant non seulement à un point de vue économique élroil, mais au point de vue agricole.
D'ailleurs les prairies situées sur le bord des ruisseaux sont de bonne composition botanique; elles sont bien entretenues, bien fumées, dennent un bon foin et une seconde coupe (regain), fort goûtée du grand et du petit bétail; l'hiver, elles sont d’un bon pacage pour ces mêmes animaux; el ces prairies, ainsi que les champs de céréales conservés, sont d’une assez grande étendue totale et fort heureusement (rès divisées et éparses dans la lande pour assurer précisément de nombreuses métairies malgré la crainte de M. Dromart (1).
Disons cependant que dans une partie de la Grande Lande et du Marensin, où la propriété n’est pas très divisée, le métayer ne peut suffire à la tâche de résinicr, et là, les résiniers sont de réritables ouvriers; mais comme leur nombre n’a jamais été insuffisant, c'est une autre brèche ouverte au cercle que fer-
mail trop facilement M. Dromart.
(1) Dans la commune de Saint-Symphorien dont l'exemple est intéressant, parce qu'elle {st à cheval sur la Grande et la Petite Lande et qui à une superficie de 10.640 hectares, il y à 88 métairies.
L'agriculture de ce pays ne doit pas avoir d'autre but que celui de nourrir le colon. Le seigle et le millet n'ont pas la valeur du froment, et les plaines de froment — rappelons-nous la phrase de M. Marcel Prévost — ne rapportent pas ce que rapporte un pignada. Nous en prouverons plus loin la véracité. D'ailleurs l'expérience des siècles n’avait-elle pas prouvé aux Landais que leurs champs de céréales ne pouvaient pas s'étendre au delà de ce qu’ils contenaient. La lande n’était bonne à rien, seul le pin devait y prespérer. Et déjà, avant que l’ancienne forêt landaise aït été détruite, le pin était le seul revenu de ce pays. Parmi les documents que nous a communiqués M. le D' Dubourg, nous avons trouvé le compte rendu de J’« Assemblée des habitants de la paroisse de Moustey, du 2 mars 1710, nommant
Jean Cazaux leur syndic, pour présenter requête
à Monseigneur l'Intendant portant leur état miséra- » ble par suite de la perte de leurs pignadas détruits > par l'hiver de 1709, pignadas qui constituaient le
plus clair de leurs biens et revenus, pour obtenir » une décharge sur les tailles et impositions de la pré-
sente année 1710 et les années suivantes. »
Au cours de ce compte-rendu nous relevons la phrase suivante : « lesquels (habitants) ont dit que les
neiges et froids viollans qui ont été faits l’année
dernière (1709), ont enlevé et fait périr presque tous leurs biens et bestiaux, et notamment les pignadas qui sont entièrement morts, et qui composent
la majeure et principale partie de leurs revenus.
» soit pour 1e payement des tailles et autres charges
cu Soit pour leur nourriture et entrelien; ne leur » ayant resté que les terres labourées qui consis- » tent en peu de choses et recueillissent si peu de » grains qu'ils ne sont pas suffisants pour la nourri- » ture de ses habitants et de leurs familles.
Et en effet c’est quand la forêt n’a plus existé que Ie pays est devènu pauvre. Sans doute, il ne faut pas détruire ces terres arables; elles permettent la vie de l’homme au milieu de la forêt; c’est-àdire du résinier à proximité de son travail; mais elles sont suffisantes telles qu’elles sont, et il ne faut pas les étendre parce qu’elles sont d’un revenu insignifiant à côté de la richesse apportée par le pin. Et devant les progrès accomplis depuis 1872, M. Dromart, düt sans doute changer d'opinion.
Il ne faut cependant pas condamner complètement l’idée de M. Dromart, car lorsqu'il dit que l’enthousiasme fut loin d’être général après 1857, son affirmation est confirmée par l'exemple des communes ellesmêmes. Celles-ci en effet, pour échapper à la loi de 1857, qui les chligeait à ensemencer, vendirent en grande partie leurs domaines, et c’est pour cela que très peu de communes à j’heure actuelle possèdent dans la lande.
Dans la Gironde, la commune de Saint-Symphorien (dent la superficie est de 10.640 hectares), ne possède pas une parcelle de terre, tandis qu’en 1857, elle avait 1566 hectares, elle les vendit en 1863.
Dans les Landes, la commune de Labouheyre qui
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possédait 1.514 hectares en 1857, en aliéna 1.106 et en garda par conséquent 408.
Les communes du département de la Gironde possèdaient un total de 107.802 hectares; il ne leur en, reste plus que 23.716; les communes du département des Landes, possèdaient un total de 183.114 hectares il ne leur. en reste-plus-que60.955(0);
Presque partout ce furent de petits propriétaires, des paysans travaillant eux-mêmes leurs terres, qui achetèrent la lande rase aux communes, et cela, non pas dans 1e but de tout reboiser, mais conformément à l'idée de M. Dromart, de faire des pâturages. Seulement, ils comprirent eux-mêmes quel autre intérêt allait leur donner la forêt, et de leur propre initiative, ils reboisèrent.
Aussi ces biens vendus par les communes, — et à une époque où l’évolution se dessinait à peine — quadruplèrent de valeur dans l’espace de quatorze ans. Les 1566 hectares que la commune de St-Symphorien aliéna en 1863 pour 98.160 frs., valaient déjà en 1877: 476.400 frs. Les 1.106 hectares que Labouheyre vendit 65.819 frs., valaient en 1877: 381.900 fr.
Pour le département de la Gironde, la progression passe, de 5.523.101 frs, à 23.716.700 frs. Pour les Communaux des Landes, de 7.908.941 frs., à 34.630.300 SU RE
(1) Archives communales et Tableaux annexes de Chambrelent,