‹ Le pirate du St. Laurent [microforme]Chapitre 10 sur 30 · INT · texte numérisé non relu

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Aussitôt, la vocation du digne jeune homme fut changée. Il fallait du pain à sa famille : il résolut de lui en donver, dût cette détermination briser à jamais le magnifique avenir auquel lui donnaient droit de prétendre ses talents etses brillantes qualités. Dans son enfance, aux heures de récréation, il avait appris en

jouant, à manier la coignée et la bésaiguë ; il n’hésita point à se consacrer à un métier qui procurerait la subsistance à sa pauvre mère. Un ancien ami de M. Maigret lui enseigna le {our du métier, et, au bout d'un mois d'apprentissage, Alphonse employé, sur le port de Québec, à la construction des navires, gagnait six chelins par jour. Le premier et le dernier à l'ouvrage, notre charpentier, trouvait encore, pendant la nuit, le temps d'approfondir Ferrière, Cujas, Poitier, etc, et de s'initier à l’art de la mécanique.

Souvent, Alphonse Maigret avait gémi sur la révoltante inégalité des classes. La vue de la richesse crevant d'apoplexie à côté de la misère s’étiolant dans le marasme et la phthisie,navrait son cœur d’une indicible tristesse. Il était trop grand pour envelopper l'humanité dans une orgueilleuse malédiction, mais trop courageux aussi pour ne pas chercher un remède aux maux dont l'aspect affligeaitson âme. La politique coloniale anglaise, cauteleuse et oppressive alors, lui parut détestable ; tous les efforts d'Alphonse tendirent à combattre son influence. Mais à mesure qu’il avança dans ses recherches sur le droit naturel des gens et sur les rapports des membres d’une communauté entre eux, Alphonse comprit immense action des formes gouvernementales et se créa un système organisateur que n'aurait pas désapprouvé les réformateurs modernes. Ce système peut être résumé par quelques aphorisines :

La terre est le principe de toutes choses ; tous les hommes doivent avoir part à ses bienfaits ; donc la terre ne doit point être le partage exclusif de quelques-uns, donc la terre doit être affranchie, donc, enfin, la tenure seigneuriale doit être abolie.

Tous les hommes sont égaux devant la nature, donc ils doivent être égaux devant la loi. Le peuple est souverain ; il dispose de tout, parce qu’il peut tout ; donc il a le droit de nommer et de révoquer ses législateurs, donc la royauté héréditaire doit être supprimée.

Toutes les fractions d’un état social quelconque doivent travailler à équilibrer l’entier, et tous les états sociaux à équilibrer

pe

l'humanité ; done chacun de nous doit travailler, dans sa sphère, à l'égalité des conditions, au nivellement des castes.

Pour instrument de ce travail, nous avons le progrès.

Le progrès, c'est la manne donnée aux peuples,

Le désir du progrès révèle un esprit magnanime, car le progrès est le fils aîné de la vertu.

Le progrès, c’est l'acheminement vers la perfection.

La perfection, c'est Dieu.

Le progrès, c’est la réflexion de la lumière spirituelle sur tous les actes physiques ou moraux.

Vouloir le progrès, c'est vouloir la radiation du mot ÉGOÏSME, puisque c’est vouloir une commune participation aux bénéfices de l'intelligence.

Vouloir le progres, c’est vouloir la radiation du vieux Pri- MO MIHI, puisque c’est vouloir une commune participation aux bénéfices de la vie matérielle.

Le progrès, c’est l'égalité, la fraternité.

C’est la mise en pratique de la plus belle des vertus théologales.

Point de progrès, si les masses ne prennent part à ce sacrement qu’on nomme science, ici, dans ce palais ; nourriture animale, là-bas, dans cette mansarde.

Le progrès appartient à tout le monde, c’est un lot commun, chacun a donc droit de venir s'asseoir à sa sainte table.

A cette table, il n’y a pas d’'Amphitryon, pas de parasite, mais il y a des frères commensaux.

Le progrès compose l’air hygiénique que nous respirons ; il nous pénètre par tous les pores, dans une atmosphère vraiment répu- . blicaine : On Le sent dans le mot REPUBLIQUE.

Le simoun de l’absolutisme dessèche son fluide prophylactique . et vivificateur.

Le progrès fleurit au sein de le démocratie, il s'étiole et s’allanguit sous le souffle pestilentiel de la tyrannie.

L'homme doit sans cesse aspirer à la liberté absolue, ou ar

pouvoir d'exercer à son gré toutes ses facultés avec les droits

d'autrui pour bornes et la conscience pour règle.

La LIBRETE ARSOLUR c’est:

La liberté religieuse ;

La liberté d'enseignement ;

La liberté de conscience ;

La liberté de la parole;

La liberté de la presse ;

La liberté d'industrie ;

La liberté individuelle ;

Il viendra un temps où l’homme ne relèrera que de l'opinion de ses semblables,

Alors, il n’y aura plus de lois prohibitives,

C’est ainsi que j'interprète la parole de Jésus : ‘ Mon royaume n’est pas de ce monde.”

Ses idées philosophiques étaient au niveau de ses théories politiques. Par exemple, it disait, en parlant des destinées de l’humanité :

{ L'homme est né pour être libre, intelligent et bon.

{ Par son intelligence, l’homme marche à la vérité.

‘ Par sa liberté, l’homme aspire au bonheur.

( Par sa bonté, l’homme veut la justice.

(4 Vérité, bonheur, justice, voilà les éléments de fa destinée humaine.

‘4 La vérité et la justice sont la route ; le bonheur est ic L 45,

‘Mais pourquoi tant de souffrances, d'injustices et d'erreurs dans le monde, si l'homme veut la vérité, la justice, le bonheur ?

& C'est que primitivement l'ignorance était la condition de l'homme et de la société, et c'est de cette ignorance que sant sortis les fléaux qui nous accablent :

‘ L'égoïsm.

& La misère,

‘ Les fausses doctrines,

‘ Les lois injustes, etc., ete.

‘ Et ce sont ces fléaux qui ont perverti l’homme et l’ont con damné à d’horrihles souffrances !...

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