ANGÈLE ET ALPHONSE
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Alphonse Maigret naquit à Québec, dans une honnête famille d'artisans. De bonne heure il manifesta un goût prononcé pour l’étude et une rectitude d'esprit qui faisait l'admiration de ceux qui le connaissaient, Alphonse avait à peine atteint sa sixième année, quand il trouva, par hasard, un portefeuille contenant des valeurs en effets de banque, pour une somme considérable. Le nom du propriétaire du portefeuille était gravé sur la couverture. Sans rentrer à la maison paternelle et sans consulter personne, le jeune enfant se rendit au domicile de celui qui avait perdu le précieux objet, etle luiremitentreles mains. C'’était M. Huot, un des principaux notaires de la ville.
— Cher petit, dit-il à Alphonse en l’embrassant ; tu me sauves la vie. Ce portefeuille renferme des papiers de la plus haute importance ; je te dois une reconnaissance éternelle ; demandemoi ce que tu voudras et tu l’obtiendras.
—Merci, monsieur, répondit-il simplement ; j'ai fait mon devoir, je ne mérite rien.
Surpris de cette réplique, qui annonçait à la fois une intelligence précoce et une probité rare, le notaire questionna l’enfant sur ses parents et le congédia après une heure de conversation en lui promettant de s'occuper de son sort.
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M. Huot était un homme bon et vertueux, il aimait à obliger ges semblables ; aussi tint-il parole, S'étant assuré que le père d'Alphonse jouissait de l'estime publique; ii prit ce dernier à sa
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Grâce à ses dispositions naturelles, Alphonse s'était donc concilié l'amour de tout le monde lorsque le notaire vint à décéder.
À cette époque le jeune homme avait dix-huitans. Il travaillait à se faire avocat. La mort soudaine de celui qui l'avait poussé dans la carrière de la science, l’affecta douloureusement ; cette mort lui arrachait un guide sùr et un ami éclairé ; cependant, quoique sans ressources pécuniaires, ii poursuivit vaillant ment ses études. Afin de subvenir à ses besoins, il fit des traductions pour les marchands, copia des dossiers pour les jurisconsultes et donna des leçons de français et d'anglais, car il possédait également ces deux langues. Maïs un nouveau malheur ne tarda pas à l’assaillir. Son père, charpentier de profession, se tua en tombant du faîte d’un échafaud. Alphonse restait seul pour soutenir une vieille mère infirme et plusieurs frères et sœurs en bas âge.