‹ Le pirate du St. Laurent [microforme]Chapitre 7 sur 30 · ONE SN UT JE UN · texte numérisé non relu

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— Pour le sûr, elle ne manquera pas de butin ; seigneur Dieu! yenaty du batin cheux vous !

— Vous l’avez dit, ma/ame Morlaix, et quand mam’zelle Angèle voudra....

— Au revoir, monsieur Jacques! dit cette dernière en se dirigeant vers la porte.

— Est-ce que ma proposition ?....

Je vais à mon magasin.

-—- À votre magasin ! déjà ! mais, il n’est pa même six heures!

= Oh! j'ai de l'ouvrage très pressé.

-- Permettez-moi de vous accompagner.

-—- Non, non, merci de votre obligeance; au revoir!

Et la jeune fille sortit aussitôt, laissant son amoureux tout stupéfait de cette brusque retraite.

Jacques Bourgeot était un gros garçon de vingt-quatre ans, joufflu, imberbe et fortement enclin à l’'embonpoint. Il avait les cheveux d’un blond ardent, le front bas, inexpressif, les yeux petits, d'un gris terne, le nez gros, le visage rond, le col épais, les épaules larges, les membres courts et charnus. Rien, dans sa physionomie, n’indiquait l'intelligence: tout, au contraire, annonçait un esprit lourd, comme la carapace qui l’enveloppait et dont les fonctions devaient se borner à des actes corporels. A la vue de cet homme, un disciple de Swedenborg n'aurait pas manqué de dire : Voilà une création humaine incomplète ! jamais l'être intérieur n’a réussi et ne réussira à triompher de l'être extérieur. L'ange qui est en nous ne saurait vivre derrière cette forteresse d'animalité. Toutes les énergies de l'individu doivent être employées au jeu des sens externes, au lieu &e sustenter les fluides intellectuels, et le dualisme, principe de notre infinie perfectibilité, doit être paralysé par la matérialisation de toutes les essences spirituelles.”

Un partisan de Gall eut trouvé, sur son crâne, la bosse de la sécrétivité, et un apôtre de Lavater eut distingué, sur son visage, des signes non équivoques d'égoïsme,

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Disons-le à l'honneur de la science, physiognomoniste, phrénologiste et spiritualiste ne se seraient pas trompés.

Jacques Bourgeot possédait malheureusement, à un haut degré, toutes les imperfections diagnostiquées par son aspect physique. Incapable d’une pensée originale, dissimulé, vaniteux, ne recevant d'impression que par l’épiderme, il était complètement étranger aux jouissances des nobles sentiments.

Son beau-père, ancien commerçant, retiré des affaires depuis quelques années, avait essayé de lui donner une instruction en rapport avec sa fortune ; mais Jacques résista à toutes les tentatives des professeurs pour lui enseigner les premiers éléments des langues française, anglaise et latine. Il sortit du collége, comme il y était entré, sachant lire et écrire.

Cependantilavait complété son ‘cours d’études,” sa famille n’en demandait pas davantage. L'orgueil maternel se ‘rouva pleinement satisfait, quand le jeune crétin demanda la permission de voyager en Europe, pour ‘achever de se former.” Cette demande fut considérée comme une preuve d'esprit si extraordinaire, que l’ex-négociant, quoiqu'il fût avare et aimât peu le fils de sa femme, accorda à celui-ci un crédit chez un banquier de Londres, et Jacques partit immédiatement.

Après une absence de dix-huit mois, et après avoir gaspillé douze cents louis, notre touriste revint, rapportant de ses rérégrinations, une plantureuse cargaison de suffisance, des pantalons à la dernière mode de Paris, des gilets et des faux cols suivant le plus mauvais goût de Hyde-Park, mais pas une bribe de connaissance. A ceux qui l’interrogèrent sur la Grande-Bretagne, il répondit que c'était un ‘“ pays ennuyeux.” Par contre, la France lui avait semblé (‘fort amusante” et, à une personne qui lui vantait les monuments de Rome, il répliqua: “Oui: c’est bien beau, quand on sait l'italien.”

Néanmoins, les toilettes de Jacques obtinrent quelques succès. Lancé dans le monde sous le patronage de grandes espérances pécuniaires, notre jeune homme se vit courtisé par les mamans qui avaient des filles à marier. Mais à mesure

ju’on découvrit l'inanité de son cerveau, le cercle qui s'était ; 1

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