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arrondi autour de l’opulent Bourgeot se rétrécit, et, un jour, il ge trouva aussi isolé que le plus chétif étudiant en droit de sa ville natale.
C’est alors qu'il lia connaissance avec Angèle. Un incident assez vulgaire amena cette liaison. Certain soir d'hiver, la jeune fille, revenant de l'atelier de couture où elle était employée, fut attaquée au coin de la rue Montcalm par un soldativre. La nuit était noire, le quartier silencieux. Le militaire crut que l'heure et le lieu étaient propices pour accomplir un détestable projet, mais la victime se débattit vigoureusement en appelant au secours.
Jacques, qui rôdait aux environs, accourut à ses cris, et l'agresseur, en apercevant un témoin de sa brutalité, prit, sur le champ, la fuite. Le résultat de cette délivrance est facile à comprendre, Jacques sollicita et obtint la faveur d’escorter, jusqu’à domicile, sa belle protégée. En la quittant, il sollicita et obtint encore la faveur de rendre quelques visites, et, à peine un mois g'était-il écoulé depuis cet événement, qu’il jurait à Angèle de l’aimer toute sa vie.
La jeune fille avait prévu la déclaration, car une femme n’ignore jamais les sentiments qu’elle inspire. Mais, quoique la fortune de Jacques eùt pu la séduire, elle ne lui fit aucune promesse. Toutefois, imprudente, comme on l’est à son âge, et g'imaginant que la gratitude lui imposait des obligations envers l'homme qui l'avait arrachée aux violences d’un ivrogne, Angèle ge plut à attiser la flamme qu’elle avait allumée. Aussi, timide à son origine, l’amour de Bourgeot, s’irritant de la retenue de celle qui en était l’objet, et s’alimentant des lueurs d’espérance que parfois elle lui laissait entrevoir, devint-il, promptement, une passion impérieuse et tyrannique. Certes, cette passion n'avait pas le caractère pur et sacré des grandes affections, c'était un instinct ardent, irrésistible, capable d'opérer des prodiges pour être payé de retour, et capable, en même temps, des plus noirs forfaits pour arriver à la possession de ce qu’il convoitait. Angèle ne se doutait guères des dangers de sa position, dont elle aggravait sans cesse les périls. En sa présence, Jacques
se montrait souple, respectueux, humble, plein d'égards et d’obsequiosités et l’imprévoyante enfant jouait avec lui, commeune colombe sur les filets de l’oiseleur. Mais, si elle eût observé son amant, lorsque, par hasard, elle adressaït la parole à un autre homme, si elle l’eût suivi dans sa chambre, après une de ces bouderies qui lui étaient familières, Angèleaurait été épouvantée de l’exaspération dans laquelle entrait, tout-à-coup, le cavalier qui lui paraissait si doux et si bonasse,” comme elle le qualifiait,
Les principaux traits de Jacques Bourgeot, sont, ce nous semble, suffisamment accentués à présent, pour que nous le ramenions sur le théâtre de l’action.
— Mademoiselle Angèle est bien pressée, ce matin, dit Jacques, tandis que la mère Morlaix achevait de parer le déieüner sur la table.
— Dame, mon garçon, quand on a d'louvrage! Angèle n’a pas l’loësir de faire la paresseuse, c’te chère p’tit'fille du bon Dieu !
— Il ne tiendrait qu’à elle pourtant, si elle voulait, reprit le jeune homme.
— Ah! ben oui; crès-tu ?
— Tiens, voilà ben Pierre qui s'en va aussi! s’écria, Jacques, en distinguant par la fenêtre le charretier qui passait avec sa calèche.
— Oui, on l’a engagé hier soir, à la place Jacques Cartier.
— À la place Jacques Cartier! mais il prend le chemin de la barrière.
— P’têt’ben son bourgeois l'aura envoyé de ce côté, répondit la vieille un peu déconcertée.
— Sa voiture est vide!
— Que veux-tu que jte dise! Mais d’quoi est-ce que tu tinquiètes, mc. zarçon ?
— Vous avez raison, reprit Jacques ; mais je pensais que Pierre pourrait me conduire à la Pointe-aux-Trembles. C'est pourquoi j'étais venu,
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— Ça me contrarie, dit Jacques, en ouvrant la porte, je vais être obligé de faire la route à pied.
Et il sortit aussitôt. Mais, au lieu de suivre la rue Ste-Marie, il tourna à gauche, et machinalement se dirigea vers La maison qu'habitait Angèle,
Une voiture stationnait devant l'allée. Bourgeot reconnut les chevaux de Pierre Morlaix. Cette découverte, si naturelle en apparence, fit jaillir un soupçon dans son cœur. Se postant derrière une pile de bois de construction, de façon à voir sans être vu, l'amant d'Angèle se mit à observer.
Il u’attendit pas longtemps.
Pierre déboucha de l’allée, portant sur ses épaules un paquet enveloppé dans une couverture. Angèlele suivait par derrière, Elle monta dans la calèche, aida le charretier à déposer le fardeau sur les coussins ; ensuite, Pierre s’élança sur son siége et l'équipage partit au grand trot.
Les soupçons de Jacques Bourgeot grandirent, il courut à la poursuite de la calèche, et la rejoignit à l’instant où elle disparaissait sous un hangar attenant à la demeure de Pierre Morlaix,
— Que signifie cela ? pensa l'amant d'Angèle. Se moqueraiton de moi? Ah, bien, je saurai dévoiler ce mystère!