‹ Le pirateChapitre 2 sur 15 · LE PIM'IE · texte numérisé non relu

LE PIM'IE

je survis à cette journée, ne serai-je pas considéré comme pirate?

— Non, non; vous pouvez prouver le contraire.

— J'en ai quelque cloute; au surplus, que la volonté de Dieu soit faite !

— Oui, que la volonté de Dieu soit faite! répéta Caïn douloureusement; je n'aurais pas osé en dire autant il y a un mois.

A ces mots, le capitaine remonta sur le pont, et Francisco le suivit.

Tout l'équipage du Vengeur fut assemblé sur l'arrière, et le capitaine lui laissa le soin de décider quelles mesures il convenait de prendre en ce moment de péril imminent. Tous furent d'avis qu'il fallait lever l'ancre et tâcher de gagner la baie, où ils pensaient qu'il leur serait beaucoup plus facile de défendre le schooner, (m'en restant dans l'endroit où ils étaient.

L'équipage du Vengeur leva donc l'ancre, et ce navire continua sa course précaire. La brise avait fraîchi, et l'eau bouillonnait de telle sorte, qu'on ne pouvait plus voir si elle ne couvrait pas quelque rocher. Pendant ce temps, YEn-

treprise et le Cornus continuaient à longer le récif.

A midi, le vent avait considérablement augmenté, et les vagues se brisaient de toutes parts sur les récifs de corail, qu'elles couvraient d'écume. On prit des ris à la voile que portait le Vengeur j dont la course rapide augmentait encore le danger.

On déploya le foc de tempête et l'on cargua l'autre. Mais, même sous cette seule petite voile, le schooner volait vent arrière.

Caïn était au beaupré, donnant à chaque instant ses ordres à l'homme qui tenait le gouvernail. Plus d'une fois le navire toucha les rochers, mais sans qu'il en résultât aucun accident. On attacha à la poupe, et l'on prit en toue des mâts de rechange et d'autres grosses pièces de bois; en un mot, on eut recours à tous les expédients possibles pour ralentir la marche du schooner. Le seul moyen qu'on eût pour se guider, était de consulter la manière dont les vagues se brisaient à droite età gauche.

— Et pourquoi ne ferions -nous pas venir Hawkhurst pour nous conduire, lui qui connaît si bien ce passage? dit le contre-maître à

LE PIRATE, il

ceux qui étaient avec lui sur le gaillard d'avant.

— Sans contredit. Il faut le faire monter ici, répondirent plusieurs d'eux. Et quelques-uns descendirent aussitôt sous le pont.

Une minute après, ils reparurent avec Hawkhurst, qu'ils conduisirent vers l'avant, et qui ne parut leur opposer aucune résistance.

— A présent, lui cria-t-on, prenez la conduite du navire.

— - Et supposé que je ne le veuille pas? répondit Hawklimiil Liiujw ■W.aucoup de sanç-

froid. f4&^*\ À *

— En ci cas,, vous ferez lestjlut de carpe, et voilà tout, repli qiifefJi^JjjB«fe-maître; n'est-il pas vrai, camarades?

— Oui, oui, s'écrièrent plusieurs voix; il faut qu'il conduise, ou — à la mer.

— Je m'inquiète peu des menaces, dit Hawkhurst, vous savez que je ne manque pas de courage. Mais vous devez savoir aussi que je vous ai toujours été fidèle, et il n'est pas probable que je vous abandonne dans un moment de péril. — Eh bien, puisque votre capitaine nest pas en état de vous sauver, je suppose qu'il faut

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que ce soit moi qui vous sauve. — Mais, continua-t-il après avoir regardé autour de lui, que veut dire ceci? — Sur ma foi, nous sommes déjà hors du passage, et je ne saurais dire si nous pourrons y rentrer.

— Nous ne sommes pas hors du passage, dit Gain, et vous le savez fort hien.

— Eh bien donc, répliqua Hawkhurst, puisque le capitainje en sait plus que moi, qu'il continue à vous conduire.

Mais l'équipage pensa différemment, et insista pour que Hawkhurst se chargeât de ce soin, puisque personne ne connaissait ce passage aussi bien que lui.

Le capitaine se retira sur l'arrière, et Hawkhurst s'avança sur le beaupré.

— Je ferai de mon mieux, mes camarades, dit celui-ci; mais souvenez-vous que si le schooner vient à toucher pendant que je tâcherai de le faire rentrer dans le bon passage, vous ne devrez pas m'en blâmer. — Tribord un peu! — Encore tribord! — Bien! — Voilà le vrai passage, ajouta-t-il en montrant un petit espace d'eau tranquille entre les brisants. — Bâbord un peu, à présent! — Ferme!

Mais Hawkhurst voulait se venger du capitaine, de Francisco, de tout l'équipage; il savait qu'on devait le mettre à terre à la première occasion qui s'en présenterait; et il avait résolu de faire échouer le schooner, dût-il lui en coûter la vie à lui-même, il n'y avait pas une minute qu'il avait pris la conduite du Vengeur, quand le navire toucha avec force sur un rocher; un second choc suivit le premier, et au troisième il prêta le flanc au vent, donna à la bande, une pointe de rocher de corail perça ses bois, et l'eau y entra avec rapidité.

Les pirates consternés gardèrent le silence.

— Vous pouvez me jeter par-dessus Je bord, si bon vous semble, camarades; ce n'est pas ma faute, c'est la sienne, dit Hawkhurst en montrant le capitaine.

— ; Peu importe de qui c'est la faute, monsieur Hawkhurst, dit Gain; c'est une question que nous déciderons en temps et lieu. Quant à présent, nous avons à nous occuper d'autre chose. — Les barques en mer, mes amis ; ne perdez pas de temps, et que chacun se munisse d'armes et de munitions. — Agissez avec sangfroid : le schooner est solidement fixé sur les

rochers; il n'y a pas de danger qu'il coule à fond, et avec le temps nous en retirerons tout ce qui s'y trouve.

Les pirates obéirent aux ordres du capitaine, et les trois barques du Vengeur furent mises en mer. On plaça sur la première tous les blessés et Clara d'Alfarez, que Francisco aida à y descendre. Dès que chacun fut pourvu d'armes et de munitions, Francisco demanda à y prendre place pour avoir soin de Clara et la protéger; et dès qu'il y fut assis, la barque s'éloigna du navire.

^Entreprise et le Cornus avaient vu le Vcn~ geur échouer sur les rochers, et les préparatifs faits par l'équipage pour mettre les barques en mer. Les deux navires anglais mirent en panne sur-le-champ, hissèrent leurs chaloupes, les mirent en mer, et placèrent un équipage sur chacune d'elles, dans l'espoir de couper le chemin aux pirates avant qu'ils pussent gagner la terre et se préparer à une vigoureuse résistance; car quoique les navires ne pussent traverser les récifs, il y avait assez d'eau en bien des endroits pour que les barques pussent passer pardessus.

Quelques minutes après que Francisco eut quitté le sehooner échoué sur la première barque, les chaloupes des deux autres navires passaient déjà à travers les brisants. Les pirates s'en aperçurent et accélérèrent leurs arrangements. Une seconde barque partit bientôt du Vengeur, et Hawkhurst y sauta à l'instant où l'on en détachait le cable. Caïn resta à bord , et visita avec soin tout le navire pour s'assurer qu'aucun blessé n'avait été oublié. Il partit alors avec le reste de l'équipage sur la dernière barque, et suivit les deux autres, étant environ à un quart de mille en arrière de la seconde, à bord de laquelle Hawkhurst avait pris place.

A l'instant où Caïn quitta le Vengeur, il aurait été difficile de dire si les chaloupes des deux bâtiments de guerre réussiraient à couper quelqu'une des barques des pirateSi Des deux côtés, on faisait les plus grands efforts pour prendre l'avance, et quand la barque sur laquelle étaient Francisco et Clara toucha le rivage, la première chaloupe de leurs ennemis n'en était guère qu'à un demi-mille, mais elle rencontra un endroit où l'eau était basse, ce

qui retarda sa marche et favorisa les deux autres barques des pirates. Hawkhurst débarqua à l'instant où la plus grande des chaloupes du Cornus, qui, tirant plus d'eau que les autres, n'avait pas encore pu trouver un passage dans les récifs, fit feu pour la première fois de sa caronade. La dernière barque des pirates , ayant Caïn à bord, n'était plus qu'à environ cent toises de la terre, quand la chaloupe du Cornus tira un second coup , et le boulet l'ayant frappé à l'éperon, elle se remplit d'eau et coula à fond au même instant.

— Il est perdu ! s'écria Francisco , qui avait conduit Clara dans une des cavernes qui étaient toujours à sec, et qui se tenait à l'entrée pour la protéger en cas de besoin; ils ont coulé à fond sa barque ! — Mais non ! le voilà qui nage vers le rivage, et il sera ici long-temps avant que les marins anglais puissent y arriver.

Tout cela était vrai. Caïn fendait vigoureusement les ondes, et se dirigeait vers une petite crique plus voisine de l'endroit où sa barque avait coulé à fond que celle où Francisco avait débarqué avec Clara et les blessés, et qui était séparée de l'autre par une chaîne de rochers

peu élevés qui s'étendait jusqu'au rivage, et qui avançait même jusqu'à une certaine distance dans la mer. Francisco distingua aisément le capitaine des hommes de l'équipage qui cherchaient aussi à gagner la terre à la nage , car il avait quelque avance sur eux ; mais lorsqu'il commença à s'approcher du rivage, les rochers le cachèrent aux yeux de Francisco, Celui-ci, qui ne pouvait s'empêcher de prendre intérêt à son sort, monta sur les rochers pour voir ce qu'il deviendrait. Caïn n'en était plus qu'à quelques toises quand Francisco entendit un coup de mousquet. Le corps du capitaine s'élança à demi hors de l'eau avec un mouvement convulsif; la mer autour de lui fut un instant teinte de sang, et il disparut sous les ondes.

Francisco tressaillit, regarda autour de lui, et vit sous les rochers Hawkhurst tenant en main un mousquet qu'il rechargeait avec le plus grand calme.

— Scélérat! s'écria Francisco, vous aurez à rendre compte de ce crime.

Hawkhurst avait amorcé son mousquet et en avait fermé le bassinet.

— Ce ne sera pas à vous, répliqua le pirate en le couchant en joue.

La balle frappa Francisco à la poitrine : il fit un pas en arrière, chancela; mais il eut assez de force pour regagner la caverne où il avait laissé Clara , et en y arrivant il tomba.

— Juste ciel ! s'écria la pauvre fille, qui avait entendu les deux coups de mousquet; ètesvous blessé ? — faut-il que je perde mon seul protecteur!

— Je ne sais trop qu'en dire, répondit Francisco d'une voix encore faible; j'ai été frappé à la poitrine par une balle, — mais ce que je souffre ne me semble pas l'effet d'une blessure, je ne perds pas de sang, et je sens que mes forces reviennent peu à peu.

11 ouvrit son gilet, entre lequel et sa chemise il avait placé le paquet de papiers que lui avait remis Caïn, et ce paquet en tomba. La balle s'y était aplatie, et la douleur qu'il éprouvait n'était que la suite du choc violent qu'il avait reçu. Il était pourtant encore très-faible, et Clara, s'asseyant à son côté, lui soutint la tète sur ses genoux et ramassa le paquet.

Mais il faut aussi parler des autres person-

nages qui figuraient dans celte scène. Edouard Templemore, placé sur la poupe de Y Entreprise, avait surveillé avec la plus vive attention tous les mouvements du Vengeur. Il l'avait vu échouer sur les rochers, et il avait suivi des yeux tous les préparatifs que faisaient les pirates pour le quitter. A l'aide de son télescope, il pouvait distinguer tout ce qui se passait à bord du schooner. Mais qui pourrait peindre les sentiments qui l'agitèrent quand il vit paraître un moment sur le plat-bord du navire échoué une femme dont la longue robe blanche flottait au gré du vent? — Un homme, placé dans une une barque , lui tendait les bras pour la recevoir, — elle ne montrait aucune répugnance à s'y jeter, et elle lui tendait les siens de son côté. — Etait-il possible que ce fut Clara? — Dans la situation où elle se trouvait, ne devait-elle pas avoir en horreur les infâmes pirates qui l'avaient enlevée? Bouleversé , et presque livré à une sorte de frénésie par des sentiments qu'il n'osaitanalyser, il jeta son télescope, saisit son sabre et sauta dans sa barque qui n'attendait que lui pour partir. Il ordonna aux deux autres de le suivre; et, pour la première

fois de sa vie, en approchant de l'ennemi, il sentit son cœur se serrer, et un frisson glacial agita tous ses membres, tandis que son imagination lui représentait les mœurs féroces et dissolues des pirates.

Lorsqu'il approcha du rivage, il était debout près des écoutes de poupe de, sa barque, et la violence de ses sentiments aurait été insupportable s'il n'eût été dévoré par une soif de vengeance encore plus violente. Pâle, les yeux égarés, les lèvres tremblantes, il saisit la poignée de son sabre, tandis que chaque palpitation de son cœur semblait faire entendre à ses oreilles les mots : « Du sang! du sang! du sang ! » En approchant de la petite crique , il vit une femme à l'entrée d'une caverne; et quand il en fut encore plus près, ii reconnut sa Clara. Son nom était sur ses lèvres quand il entendit les deux coups de mousquet tirés par Hawkhurst. — Il vit Francisco chanceler, et se retirer vers la caverne. Mais quelle agonie n'éprouva-t-il pas, quand il vit Clara s'avancer vers lui presque éperdue, appuyer une main sur son cœur, s'asseoir près de lui quand il tomba, et lui soutenir la tête sur ses genoux !

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Pouvait-il croire ce qu'il voyait ? — Était-il possible que ce fût Clara, — Clara qui lui avait fait tant de vœux d'amour et de fidélité? — Oui, c'était bien elle, — c'était elle qui prodiguait les plus tendres soins à un beau jeune homme, — et ce jeune homme était un pirate ! — Edouard ne put en supporter davantage, il se couvrit les yeux, et, rendu furieux par la jalousie, il s'écria : — Force de rames, mes amis, force de rames !

Une demi-douzaine de coups de rames devaient le conduire au rivage, quand Clara ramassa le paquet de papiers qui avait sauvé la vie de Francisco; et au même instant, on vit Hawkhurst descendre des rochers qui séparaient les deux petites criques. Francisco avait recouvré une partie de ses forces , et dès qu'il aperçut Hawkhurst, il se releva à la hâte et saisit son mousquet. Mais avant qu'il eût pu s'en servir, le pirate se précipita sur lui, et il s'ensuivit une lutte aussi violente qu'elle fut courte. Elle se serait bientôt terminée d'une manière fatale pour Francisco, car, doué d'une force bien supérieure , Hawkhurst le renversa presque sur-le-champ, lui appuya un genou sur

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l'estomac , et chercha à l'étrangler avec sa propre cravate, tandis que Clara poussait de grands cris, et faisait de vains efforts pour arracher au pirate sa victime.

Francisco ne pouvait plus respirer, et ses joues devenaient noires et livides; Clara sangloltait, pleurait, implorait la pitié du pirate, et continuait des efforts inutiles pour lui faire lâcher prise, quand la barque d'Edouard toucha à la terre. D'un bond semblable à celui d'un tigre irrité, il s'élança sur Hawkhurst, le renversa sur le dos, mais ce ne fut qu'en le blessant au poignet avec son sabre qu'il put lui faire lâcher prise.

— Saisissez-le ! cria Edouard à ses marins en leur montrant Hawkhurst. — Celui-ci est une victime qui m'appartient, ajouta-t-il en étendant son sabre du côté de Francisco. Mais quelles que pussent être ses intentions , il n'eut pas le temps de les exécuter. Clara le reconnut, s'écria : — Mon Edouard! se jeta dans ses bras, et tomba sans connaissance.

Les marins anglais, qui s'étaient déjà assurés de Hawkhurst, regardaient cette scène avec autant de surprise que de curiosité; et Edouard,

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en proie au doute et à la jalousie, attendait avec impatience que Clara revint à elle II désirait qu'elle pût le convaincre que ses soupçons étaient mal fondés, et il fixait ses regards tour à tour tantôt sur elle, tantôt sur Francisco. Pendant ces moments d'incertitude pénible, Hawkhursl fut garotté, et on le fit asseoir par terre.

— Edouard, cher Edouard! dit enfin Clara d'une voix faible en le serrant encore dans ses bras, est-ce donc vous qui venez mettre fin à ma captivité?

Le cœur de Templemore fut ému , mais la jalousie y vivait encore.

— Quel est ce jeune homme, Clara? dit-il d'un ton sévère en montrant Francisco.

— C'est Francisco! — Ce n'est point un pirate , Edouard ! — C'est mon protecteur.

Edouard le regarda comme s'il eût voulu lire au fond de son àme.

— Ha! ha! ha! s'écria Hawkhurst avec un sourire amer, car il avait deviné les sentiments qui animaient le lieutenant anglais.

Templemore le regarda d'un air qui semblait l'interroger.

— Ha! ha! ha! s'écria Hawkhurst. Ce n'est point un pirate ! — Sur ma foi! c'est le propre fils du capitaine ! — Que ne jurera pas une femme pour sauver celui dont elle est folle!

— Si c'est le fils du capitaine, dit Edouard , pourquoi vous battiez-vous ensemble?

— Parce que je viens de tuer son coquin de père d'un coup de mousquet.

— Edouard , dit Clara d'un ton solennel, ce n'est pas le moment d'entrer en explication; mais, comme j'espère en la merci du ciel, je vous ai dit la vérité.

— Croyez ce misérable, dit Francisco, qui, trop épuisé pour se lever, était assis par terre, quand il vous dit qu'il a tué le capitaine, car j'en suis témoin. Mais si vous faites quelque cas de votre propre bonheur, ne croyez rien qui soit au détriment de cette dame.

— Je sais à peine ce que je dois croire, murmura Templemore; mais, comme le dit la senora, ce n'est pas le moment d'entrer en explication. — Avec voire permission , madame, mon contre-maître va vous conduire à bord de mon schooner ou du sloop , comme vous le pré-

férerez; car mon devoir ne me permet pas de vous accompagner.

Clara jeta sur Edouard un regard de tendresse mêlée de reproches, et suivit le contremaître, les yeux humides, sur la barque qui avait amené Edouard Templemore. Les autres chaloupes des deux navires étaient arrivées, on conduisit Hawkhurst et Francisco sur une d'elles, et on les y laissa sous bonne garde; et Templemore, après avoir suivi des yeux celle qui portait Clara et qui se dirigeait vers YEntreprisej se mit à la tête de ses marins pour chercher les pirates dans toute l'île.

Pendant la scène que nous venons de décrire, et avant l'arrivée des autres barques, les pirates, privés de leurs chefs, s'étaient répandus de tous côtés, et un grand nombre furent tués en se défendant ou faits prisonniers. Le nombre de ceux-ci étant considérable, on calcula qu'il n'en devait plus rester dans l'île que fort peu. Templemore se décida à les envoyer sur les chaloupes à bord du Cornus , dont le capitaine avait le commandement de l'expédition, et à prendre les ordres de cet officier pour ce qui pourrait rester à faire.

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Les prisonniers, quand on les passa en revue sur le pont du Cornus , se trouvèrent au nombre de soixante. La moitié se composait des blessés qui avaient été envoyés à terre sur la même barque que Francisco, et qui s'étaient rendus sans résistance. Quinze pirates avaient été tués. On pouvait calculer qu'un pareil nombre avaient été noyés sur la barque qui avait été coulée à fond par la caronade de la chaloupe du Cornus. Mais, d'après le compte qu'avaient rendu quelques prisonniers de la force de l'équipage du Vengeur, il paraissait qu'il devait encore rester un certain nombre de pirates dans l'île, probablement cachés dans des cavernes.

Comme le capitaine du Cornus avait reçu ordre de l'amiral de retourner à Port-Royal le plus tôt possible, il résolut de mettre à la voile sur-le-champ avec les prisonniers, laissant Edouard Templemore avec YEntreprise pour s'assurer du reste des pirates, s'il pouvait les découvrir. Il le chargea aussi de tirer du Vengeur tous les effets précieux qui pouvaient s'y trouver, et de mettre ensuite le feu à ce navire.

L'ordre de mettre à la voile fut exécuté avec toute la célérité ordinaire du service de la ma-

rine. Les pirates, parmi lesquels Francisco fut» compris, furent mis aux fers; les barques furent hissées à leur place, et en moins d'une demi-heure le Cornus arbora son pavillon et déploya ses voiles à un vent favorable. Edouard Templemore resta avec Y Entreprise pour s'acquitter des devoirs dont il avait été chargé; et Clara, qui était à bord du schooner, attendit avec impatience le moment où elle pourrait bannir du cœur de son amant les soupçons jaloux qui s'y étaient élevés.

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