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LE JUGEMENT

Après huit jours de navigation le Cornus arriva à Port-Royal , et le capitaine Manly alla rendre compte à l'amiral des heureux résultats de l'expédition.

— Dieu soit loué! dit l'amiral, nous avons enfin détruit ce guêpier, — Ils ne figureront pas mal au bout d'une corde. — Ne m'avezvous pas dit que le capitaine a été noyé?

— C'est du moins le rapport qui m'a été fait, répondit le capitaine Manly. Il était sur la dernière barque qui a quitté le schooner des pirates, et un boulet de ma grande barque l'a coulée à fond.

— J'en suis fâché, il aurait mérité une autre mort. Quoi qu'il en soit, il faut faire un exemple des autres. Cette affaire est du ressort de la cour de l'Amirauté; elle a la juridiction sur les hautes mers. — Envoyez-les à terre, Manly, et nous nous laverons les mains du reste.

— Fort bien, monsieur. Il en reste encore quelques-uns sur l'île, et Y 'Entreprise est à leur recherche.

— Et, à propos, Templemore a-t-il retrouvé la fille du gouverneur de Porto-Rico?

— Oh ! oui, monsieur, et.... et tout va bien, à ce que je crois; mais je n'ai pas eu le temps d'entrer en conversation avec lui sur ce sujet.

— Hum! je suis charmé de l'apprendre. — Comme je vous le disais, Manly, envoyez-les à

terre, et livrez-les aux autorités compétentes. Si Templemore nous en amène d'autres, ce sera une seconde fournée pour la potence. Je suis plus charmé d'avoir purgé la mer de ces scélérats, que je ne le serais si nous avions pris une frégate française.

Environ trois semaines après cette conversation, le secrétaire de l'amiral vint un matin lui faire rapport que Y Entreprise était dans la rade, et qu'elle avait fait le signal d'arrivée; mais qu'elle était arrêtée par un calme, et ne pourrait probablement entrer dans le port que dans la soirée.

— C'est dommage, dit l'amiral, car les pirates doivent être mis en jugement ce matin, et il peut en avoir quelques-uns à bord.

— Cela est vrai, monsieur; mais je doute que l'affaire se termine aujourd'hui. La séance de la cour ne doit s'ouvrir qu'à une heure après midi.

— Cela est certainement peu important, car ces coquins sont en si grand nombre qu'il faudra les pendre par pelotons. Quoi qu'il en soit, puisque Templemore est à distance de voir les signaux, faites-lui annoncer par le télégraphe :

Les pirates sont en jugement en ce moment. Il pourra venir sur sa chaloupe, s'il le juge à propos.

Le même jour, vers midi, les pirates, parmi lesquels se trouvait Francisco, furent conduits à la cour de l'Amirauté, escortés par une forte garde. Il y avait dans la salle d'audience autant de monde qu'elle en pouvait contenir, car cette affaire avait excité la curiosité générale.

Plusieurs des pirates qui avaient été blessés à l'attaque de la maison de don Cumanos, et qui avaient été faits prisonniers^ étaient morts par suite de leurs blessures depuis leur arrivée à Port-Royal; mais il en restait encore quarantecinq, qui furent placés sur les bancs des accusés. Leur costume pittoresque, mais sale et en haillons, leurs longues barbes, leur figure féroce, les atrocités qu'ils avaient commises, excitaient dans tout l'auditoire un sentiment général d'horreur et d'indignation.

Comme on ne pouvait les condamner sans avoir des dépositions contre eux, on avait admis deux des plus jeunes de la bande comme témoins du Roi, c'est-à-dire témoins nécessaires. Us n'avaient passé que quelques mois à

bord du Vengeur, mais comme ils avaient été témoins du massacre des équipages de trois bâtiments frétés pour les Indes-Occidentales, et de l'attaque de la maison de don Cumanos, c'en était bien assez pour condamner les autres.

On passa beaucoup de temps à remplir toutes les formes ordinaires, à appeler les pirates tour à tour par leur nom et à recevoir leur réponse, et enfin à mettre par écrit la déposition des deux témoins. Il était déjà tard quand la lecture en fut faite aux pirates, et le greffier de la cour leur demanda s'ils avaient quelque chose à dire pour leur défense. Le président répéta la même question, et Hawkhurst se leva. Il pouvait à peine espérer d'éviter le châtiment dû à ses crimes; mais son principal but était d'empêcher Francisco de plaider sa cause avec succès, et d'échapper à une mort ignominieuse.

Hawkhurst déclara qu'il avait passé quelque temps à bord du Vengeur, mais contre son gré; qu'il était à bord d'un bâtiment marchand dont tout l'équipage avait été massacré, et qu'on ne l'avait épargné qu'à condition qu'il s'enrôlerait parmi les pirates, ce qui pouvait être prouvé par le fils du capitaine, qui était

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