‹ Le pirateChapitre 6 sur 59 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

YYES , ŒRNOC , PIRATES.

(Au fond, les pirates forment des groupes, semblent causer entre eux ; quelques-uns se couchent au pied du rocher. Yves et Kernoc restent seuls en scène. )

YVES

Par saint Yves deBrelagne> moil glorieux patron! voilà une triste journée^ maître Keraoc.

KKRNOC.

Lieutenant^ il n'y a pas do noire faute. Le maître luiinÔMie, s'il eût élé avec nous, — comme c'était son devoir,— ne s'en serait pas mieux tire.

YVES

Chassé par ces chiens d'Anglais, et jeté par la tempête dans la terrible passe du Raz-des-Sainls —

KERNOC.

Raz-des-Diables , plutôt! la passe la plus dangereuse des cotes de la Brelague. Débrouillez-vous donc au milieu de ces rochers si traîtreusement cachés sous les eaux!

YVES (avec ironie.)- S'il eût été là, peut-être...,

KERNOC.

Qui ? ton capitaine ? nous en eût-il mieux tiré que mon saint patron, à qui j'ai promis un pèlerinage.'... et pouvions-nous lutter contre ces Anglais maudits? YVES (toujours avec une amère ironie. ) Oui, s'il eût été parmi nous...

KERNOC.

Que pouvait notre pauvre navire contre le plus gros vaisseau qui jamais ait donné la chasse à un forban?

YVES

Paix donc, imbécile! ne vas-lu pas crier tout haut qui nous sommes? On ne le sait pas encore, Dieu merci! Notre navire est au fond de la mer, et devine qui pourra s'il s'appelait la Vengeance ^ et s'il était monté par une trentaine de braves, commandés par le redoutable Pirate

rouge.

KERNOC.

Le diable emporte ta langue ! A quoi bon me fermer la bouche, situ te mets à ton tour à brailler comme une oie sauvage le nom du maîlrc ?... r)Cau nom de saint à invoquer, ma foi, si lu fais des v(ïmix pour cire pendu.

YVES, Kl vcux-tu (|iic je le le dise, Kcrnoc, il y aurail folie à exposer des braves comme nous...

KEUNOG.

Pour un homme qui a l'air de Icnir forl peu à l'honneur de nous conmiandcr.

YVES

Dis plulôt qui semble rougir d'être parmi nous.

KERNOC.

C'csl ce que lu ne peux pas savoir; car aucun de nous ne se flattera , je pense , d'avoir vu son visage

YVES

Ni d'avoir entendu sa voix, si ce n'est quand il nous commande , au moment du combat

KERNOC.

El, à vrai dire , il commande bien et se bal mieux encore .

YVES

Sans cela serail-il à notre tête? — un étranger, un inconnu , que nous avons recueilli comme il fuyait d'Angleterre où il était prisonnier. Notre navire, qui longeait la côte pour guetter la sortie de quelque convoi, aperçoit une petite barque que gouvernait péniblement un seul homme ; nous lui envoyons un canot. A peine est-il monté sur le pont que notre commandant nous signale un vaisseau qui cingle vers nous à pleines voiles. « Ce sont des Anglais, ce sont des ennemis ! s'écrie l'éiranger , qui n'a pas encore levé la visière de son casque -, courons à eux! vengeance ! » Vejigeance est aussitôt répété par tout l'équipage ; bientôt on accoste l'ennemi; les grappins sont lancés, le carnage est affreux; nous sommes vainqueurs! Mais nous avons perdu notre brave chef, il faut le remplacer , et le choix tombe sur l'étranger qui venait de se battre comme un lion.

KERNOC.

Oui, jcic vois encore, avec sa redoutable masse d'armes,

la visière toujours baissée ! Mort de ma vie , quel carnage! Ah! c'était beau! et vraiment il méritait bien l'iionneur qu'on hii a fait.

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