‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 101 sur 138 · À Canaris · texte numérisé non relu

À Canaris

2. VII, 1v : « l'Egout de Rome ». Il en va de même pour les comparai-

sons et les métaphores :

Casques brisés roulant comme des cruches vides...

Il dit (même pièce) :

Laveuses, qui dès l'heure où lorient se dore Chantez, battant du linge aux fontaines d'Andorre.…. :

(Légende, xv : {le Petit roi de Galice », 9.)

Auparavant, Hugo évitait des termes semblables. Il lui est même arrivé d'écrire « les étoiles des chars » pour les lanternes des fiacres.

ments, se servir de termes et d'images qui ne se rencontraient pas auparavant sous sa plume. Il y tendait d’ailleurs par le côté vulgaire de sa forte nature.

Cependant la tendance au réalisme — à la copie exacte et

fidèle de la réalité aussi bien qu'à la recherche de la réalité vulgaire — tendance favorisée, d’un côté, par sa vision de peintre etde sculpteur, et d’un autre côté, par ce qu'il y a de vulgaire en lui, rencontrait au plus profond de lui-même une résistance invincible. Elle était en effet contrariée par son tempérament poétique fait d'une surabondance de force qui le poussait à grossir les choses, à les enfler au delà de toute proportion imaginable, à dilater sa vision jusqu'à l'infini. Elle était en outre en antagonisme avec ses tendances mystiques, avec son profond sentiment du mystère qui l’empêchait de s’en tenir à la pure apparence sensible et rêvait toujours l'au-delà, avec son ardent idéalisme qui l'entrainait à transfigurer les choses. Elle était opposée enfin à la pente naturelle de son génie, à son idéal esthétique qui était celui-même du romantisme, le poétique et le sublime. Aussi le réalisme de Hugo sous ces deux formes n'apparaîtil, à l’état pur, que par intervalles, et se trouve-t-il le plus souvent modifié par d’autres tendances.

Ces tendances sont celles-là mêmes que nous avons étudiées plus haut. Elles ne sont donc point particulières à la Légende. Mais elles revêtent souvent ici une allure épique, qui leur est propre. Le sublime devient un sublime épique. L'agrandissement héroïque de la vision en est un des aspects. Le duel de Roland dans le Petit roi de Galice peut être pris comme exemple. La vie des choses prend également une allure épique : les objets se mêlent à l’action et y participent au moins par les sentiments qu'ils expriment, sinon, comme l'aigle du casque, d'une manière effective : ainsi quand les infants tiennent en leur pouvoir le petit roi :

Le sentier a l'air traître et l’arbre a l'air méchant.

LA LÉGENDE DES SIÈCLES 169 et lc poète nous fait voir non loin de là :

Un précipice obscur, sans pitié, sans merci.

Au contraire, lorsqu'il est délivré et rentre dans ses OTRÈS

Les bons clochers sortaient des brumes indécises !.

La description du donjon de Corbus où la vision se déforme par l'effet de la vie que le poète met dans les choses, est animée du même souffle. C’est la transfiguration épique du réel.

Le vieux burg est resté triomphal et superbe; Il est comme un pontife au cœur du bois profond,

Sa tour lui met trois rangs de créneaux sur le front. Il a pour trône un roc ?...

Par là même, le poète tend à s'éloigner de la vision purement objective des choses qui est l'idéal du réalisme. Et en effet, c'est très souvent le sentiment épique qui porte Victor Hugo a préférer à l'exactitude du détail plastique l'impression poétique que crée en lui la vision des choses :

Le mur était solide et droit comme un héros *.

Le roi brille, entouré d’une splendeur d'épées “.

ll lui arrive ainsi de faire vivre les choses d’une vie idéale qui nous révèle, pour ainsi dire, leur signification interne. De là cette forme de transfiguration épique qui tend à sacrifier l'exactitude de la reproduction à une impression d'ensemble instructive, en ce sens qu’elle nous renseigne sur le rôle que les objets doivent jouer. Ce type de pittoresque est admirablement représenté par les vers suivants :

La neige et l’ombre font au creux des entonnoirs Des pans de linceuls blancs et des plis de draps noirs ;

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