LE POÈTE
Les courbures que les fées Font aux brins d'herbe en passant ?.
Comparez ce fantastique à celui des Voix intérieures où le dessin est tout, et vous serez frappés de voir ce que le poète y ajoute de poésie ?. Mais la fraicheur poétique des Chansons des rues et des bois, du point de vue qui est le nôtre actueljement, a moins d'importance elle-même que l'action qu'elle exerce sur le pittoresque. Ces fugitives apparitions si joliment esquissées par le poète ne sont là que pour servir à l'expression du sentiment poétique. Elles sont commandées par l'impression d'ensemble. Le détail pittoresque naît ici du poétique. Dans les Voix intérieures, c'est lui qui le Crée.
La tendance de l’élément poétique à primer l'élément pittoresque est d’ailleurs si forte que souvent le détail pittoresque se fond dans l'impression poétique.
L'éther luisait plus beau dans les cieux plus sublimes ; Les souffles abondaient plus profonds sur les cimes ; Les feuillages avaient de plus doux mouvements ;
Et les rayons tombaient, caressants et charmants,
Sur un frais vallon vert où débordant d’extase, Adorant ce grand ciel que la lumière embrase, Heureux d’être, Joyeux d'aimer, ivres de voir,
Dans l'ombre, au bord d’un lac, vertigineux miroir,
Etaient assis, les pieds effleurés par la lame, Le premier homme auprès de la première femme *.
Ces préoccupations esthétiques nouvelles répondent à la transformation qui s’estopérée dansl’âmeet dans la pensée du poète. Comme les formeset les couleurs ont maintenant moins de valeur à ses yeux que la réalité dont elles sont la manifestation ou le symbole, comme la vie intérieure du monde l'intéresse plus désormais que ses aspects extérieurs, l'élé-
1. Les Chansons des rues et des bois miAaRGles Etoiles filantes D.
9. Les Voix intérieures, xx : A des oiseaux envolés ». Cité infra, première parts, Ch. 11, $ 1.