La Légende des siècles, n : « le Sacre de la femme
ment proprement pittoresque estsubordonné à l'effetpoétique, dramatique ou sublime. L'art du poète se spiritualise.
Il se spiritualise si bien que le poète finit par peindre sans dessin ni couleur.
Un peintre d'un esprit singulièrement lucide et profond, aussi versé dans l'art musical que dans la peinture, disait un jour devant moi que les grands artistes ne cessent de progresser et que leur art se spiritualiseau point d'anéantir en quelque manière l'élément sensible dont il use : ainsi les derniers tableaux de Rembrandt ne sont plus de la peinture, et la dernière œuvre de Wagner, Parsifal, n'est plus de la musique. Ce jugement est vrai partiellement pour Hugo. Sans doute Hugo n'appartient pas à la lignée des suprêmes génies, celle des Dante et des Shakespeare, des Rembrandt et des Michel-Ange, des Beethoven etdes Richard Wagner. Il n'a pas leur absolue sincérité ; et pour cette raison, dirait sans doute mon peintre, ila eu, malgré tout, sa décadence. Mais dans la mesure où il a été réellement artiste, on peut dire de lui que son art a été en se spiritualisant et qu'il a abouti à un genre de pittoresque où l'élément sensible s'évanouit.
Ce terme suprème de son art, il l'atteint dans les Chansons des rues et des bois.