‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 116 sur 138 · IL, 1, 3 : « Saisons des semailles ». « Le soir · texte numérisé non relu

IL, 1, 3 : « Saisons des semailles ». « Le soir

des Voix intérieures. Quand Hugo nous présentait ses «gnômes accroupis », ses Çnains à la longue échine », il ne s’attachait qu’au dessin, à la forme, à la posture. Dans les Rayons et les Ombres, « les sorciers de Rembrandt, les gnômes de Goya, — les diables variés vrais cauchemars de moine » sont déjà plus spiritualisés. Le poète glisse légèrement sur leur difformité, insiste davantage sur l'éclair rapide de leur regard et le « feu qui de leur face anime tous les plis ». Mais la peinture dans son ensemble reste pure= ment pittoresque. Ici, au contraire, tout concourt à l'effet poétique, parce que l'effet poétique est l'essentiel ?.

Les follets sont des drôles

Pétris d'ombre et d’azur,

Qui font aux creux des saules

Un flamboiement obscur.

Le soir un lutin cogne Aux plafonds des manoirs ; Les étangs de Sologne Sont de pâles miroirs.

Les nénuphars des berges

Me regardent la nuit;

Les fleurs semblent des vierges ; L'âme des choses luit ?

On remarquera que le poète finit par animer les choses, et s'arrête sur une impression purement spirituelle. C'est un effet de cette tendance, souvent constatée, à faire prédominer l'élément spirituel de l’art sur son élément sensible, même dans les parties proprement pittoresques de son œuvre. Cette tendance devait presque fatalement un jour ou l’autre s'épanouir entièrement. Elle aboutit ici à la fusion du pittoresque dans le poétique.

1. Nous avons cité précédemment un passage tiré des Æloiles filantes (I, 1, 7.) C'est exactement la même forme de pittoresque, et la même préoccupation dominante du poétique.

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