L'ART D'ÊTRE GRAND-PÈRE
Dans l'Art d'être grand-père, le pittoresque tient peu de place ; il y est en revanche d’une rare originalité. Cette originalité résulte d’une forme de rêverie poétique dont la littérature francaise nous offre peu d'exemples, et qui tient à ce sentiment indéfinissable par lequel nous nous sentons en quelque sorte transportés dans un univers féerique. Shakespeare nous en donne deux exemples dans le Songe d'une nuit d'été et dans la Tempête, et Corneille en approche à certains égards dans son /lÎlusion comique trop peu appréciée. Ce que Shakespeare réalise par l’art dramatique, Victor Hugo le réalise par le pittoresque. [l baigne tous les objets dans une atmosphère de rêve. On dirait que par moments les formes flottent et se vaporisent. Les aspects les plus familiers et les plus naturels prennent dans l'ensemble de la vision une allure presque irréelle. Un mystère plane sur toute la peinture comme un charme étrange et doux.
Ce n'est pas que le poète ait moins d'aptitude qu'autrefois à décrire exactement le réel, et lorsque l’occasion s’en présente, il sait le montrer, comme dans cette esquisse d’un oiseau que la vie semble abandonner sous le coup de la terreur :
Il était dans mes doigts inerte, l’œil fermé,
Le bec ouvert, laissant pendre son cou débile, L’aile morte !.…
Mais le poète se meut volontairement dans des contrées fantastiques, toutes baignées par une atmosphère de songe :