‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 121 sur 138 · X, v : «Ora, ama · texte numérisé non relu

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C'est la vision des peintres modernes. Le sujet est emprunté aux spectacles de la vie quotidienne. L'’éclairage est d’un impressionniste. Ce qui appartient en propre à Hugo, c'est l'atmosphère de songe qui baigne le tout. Il semble que le poète, au terme d'une vie bien remplie, laisse s’affaiblir en lui la forme et la couleur des choses, et déjà à demi détaché d'elles, les évoque une dernière fois pour les envelopper de toute la sympathie de son âme, douce et confiante aux approches de la mort.

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Notre enquête sur le pittoresque de Hugo est terminée. Nous avons suivi pas à pas toutes les démarches du peintre. Nous avons tracé la courbe générale de son évolution. Il nous reste maintenant à rechercher dans quelle mesure cette œuvre pittoresque exprime le tempérament original de son auteur, et dans quelle mesure son évolution demeure spontanée ou se ressent au contraire de l’évolution générale de la littérature et de l’art contemporains.

La sensibilité de Hugo est essentiellement active, l'émotion, chez lui, setraduisant plus volontiers par l'action que par la réflexion sur elle-même. Nul n'est moins capable de se replier sur soi, sous l'impression de la joie ou de la douleur, comme le font un Leopardi, un Tennyson, une Christina Rossetti. Il est expansif plutôt que méditatif, et sa méditation prend naturellement l'allure d’un dialogue, d’une discussion, d’une polémique : dès qu'il pense, il songe à convaincre ; sa pensée elle-même est action. Il conçoit la fonction du poète comme un rôle actif : il reconnait à celuici une mission sociale, et cette mission, il la prend lui-même au sérieux, il l’exerce d'une manière effective. Il a naturellement le goût de l’action : il a consacré une partie de sa vie à la politique ; il s'est toujours intéressé aux événements de son temps, avec une évidente intention de polémique ou de propagande. La première des Odes est une affirmation du rôle qu'il entend assumer. Son attitude, dans la querelle littéraire du romantisme, comme vis-à-vis des problèmes politiques ou sociaux, est résolument militante. En dehors

même de ses discours et de ses proclamations !, une part considérable de son œuvre est constituée par des ouvrages d'actualité ou de polémique : les Chätiments, Napoléon le Petit, l'Année Terrible, l'Histoire d'un crime. Deux de ses romans, le Dernier jour d'un condamné et les Misérables portent la marque de préoccupations sociales évidentes ?. En outre un grand nombre de ses poèmes ou de ses préfaces ont le caractère de véritables plaidoyers. Il a plaidé pour la monarchie dans les Odes, pour la Grèce opprimée dans les Orientales, pour la conservation des vieux monuments dans la préface de Notre-Dame de Paris et dans ses récits de voyages ; il a réclamé le retour des cendres de Napoléon, il a demandé la grâce de Barbès, comme il a demandé pour la duchesse d'Abrantès un tombeau. À chaque instant, il s’indigne, il proteste ; il s'élève contre les démolisseurs, contre « Ja bande noire », contre les révolutionnaires, contre Buonaparte, contre ceux qui clouent les hiboux au seuil des masures, contre les misères, les vices, les abus ?. Il est un grand poète satirique comme il est un grand poète épique, parce que sa sphère naturelle est l’action.

Par contre, il rentre malaisément en lui-même. Il est peu psychologue, hors deux passages des Misérables, l'épisode de Petit Gervais et celui de l'affaire Champmathieu, où la sûreté de son analyse égale celle d'un Dostoïewski, mais où, précisément, son observation ne porte que sur des impulsions violentes, soudaines, instinclives, des conflits

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