Ruy-Blas, I
2. La Fin de Satan, xu : « Jésus-Christ ». Il le rappelle encore par certains contrastes d'ombre et de lumière, avec une exagération de l'effet lumineux qui le rapproche des impressionnistes :
Toute la salle semble un grand linéament D'abîime modelé dans l'ombre vaguement.
Au fond la table éclate avec la brusquerie De la clarté heurtant les blocs d’orfèvrerie.
(Lég., xv : « Eviradnus », 7.)
Ce nain romantique fait penser à Dévéria plus qu'aux peintres du xvin® siècle. Mais la discordance est légère.
Perché, jambe pendante, au sommet du portail, Carlino se penchait, écoutant les aubades, Et son pied ébauchait de rêveuses gambades.
Le soleil tenait lieu de lustre ; la saison Avait brodé de fleurs un immense gazon, Vert tapis déroulé sous maint groupe folâtre.
La nuit vint ; tout se tut ; les flambeaux s'éteignirent.… Dans les bois assombris, les sources se plaignirent. Le rossignol caché dans son lit ténébreux
Chanta comme un poète et comme un amoureux.
Chacun se dispersa sous les profonds feuillages ; Les folles en riant entraînèrent les sages ;
L'amante s’en alla dans l ombre avec l'amant ;
Et troublés comme on l’est en songe, vaguement,
Ils sentaient par degrés se mêler à leur âme,
A leurs discours secrets, à leurs regards de flamme, A leur cœur, à leurs sens, à leur molle raison,
Le clair de lune bleu qui baignait l'horizon !.
C'est encore le xvini° siècle qui revit dans ce pastel aux teintes effacées, d’un goût si sûr et si délicat, et qui semble annoncer les Fêtes galantes de Verlaine :
Le paysage est plein d’amantes, Et du vieux sourire effacé
De toutes les femmes charmantes Et cruelles du temps passé.
Sans les étreindre. les années Ont couvert de molles pâleurs Les robes vaguement traînées Dans de la lumière et des fleurs.
Un bateau passe. Il porte un groupe Où chante un abbé violet ;
L'ombre des branches se découpe Sur le plafond du tendelet.
À terre, un pâtre aimé des muses Qui n'a que la peau sur les os