Ibid., xxxvt : Q Rêverie
* 6. Feuilles d'aulomne, xxx, 1, 5.
plus de passion les couleurs vives. Jamaïs il ne s’est plu à les grouper et à les opposer avec plus de volupté. Les Orientales nous offrent à cet égard une véritable -débauche de couleur. C'est la nuée au flanc noir, tantôt pâle, tantôt rouge, les poissons aux nageoires d'argent, les golfes aux vertes collines, le sphinx de granit rose, le dieu de marbre vert, les cailloux blancs, les obélisques gris, le Nil jaune tacheté d'îles !. En même temps, les couleurs sont groupées de manière à produire des effets de contraste : le lait jaillit blanc sous les doigts noirs des vierges au sein d’ébène, le roi penche sa tunique blanche sur le soufre bleu ?, un fruit vert apparaît dans un arbre d'or ?, les éléphants blancs sont chargés de femmes brunes #. Jamais Victor Hugo n’a fait un plus large usage desa djectifs de couleur.
Mais en même temps, il se révèle artiste consommé dans l’art de composer et de présenter son tableau.
Un sphinx de granit rose, un dieu de marbre vert Les gardaient, sans qu’il fût vent de flamme au désert Qui leur fit baisser la paupière.
Des vaisseaux au flanc large entraient dans un grand port. Une ville géante, assise sur le bord, Baignait dans l’eau ses pieds de pierre.
On entendait gémir le simoun meurtrier, Et sur les cailloux blancs, les écailles crier Sous le ventre des crocodiles.
Les obélisques gris s’élançaient d’un seul jet. Comme une peau de tigre au couchant s’aliongeait Le Nil jaune tacheté d'îles ?.
Quel que soit l’art de la composition, il faut toutefois observer la liberté qui règne dans l’ensemble de la peinture,