Le Feu du Ciel
Le poète disperse les différents traits de son paysage sans chercher à les situer exactement les uns par rapport aux autres. Il recherche plutôt la richesse que la précision de l’ensemble, touten observant d’ailleurs une grande précision dans le détail. Ce caractère, aussi important pour la définition du pittoresque des Orientales que l'intensité de la lumière et la vivacité de la couleur, se manifeste dans la succession rapide des tableaux, l'accumulation des images et l’abondance des comparaisons pittoresques.
Victor Hugo passe, en effet, avec une extrême facilité d’un tableau à un autre, et ce procédé qu'il applique quelquefois à l’ensemble d’une pièce, comme dans le Feu du Ciel, se reproduit aussi, souvent, à l’intérieur même d’une strophe.
2 J'aime une lune ardente et rouge comme l'or Se levant dans la brume épaisse, ou bien encor Blanche au bord d’un nuage sombre, J'aime ces chariots lourds et noirs qui, la nuit, Passant devant le seuil des fermes avec bruit, Font aboyer les chiens dans l'ombre !.
Il décrit volontiers par énumération :
Si la lame roulait turbans, sabres courbés,
Voiles, tentes, croissants des mâts rompus tombés,
Etc
Certes le vieil Omar, pacha de Nègrepont,
Pour elle eût tout donné, vaisseaux à triple pont, Foudroyantes artilleries,
Harnais de ses chevaux, toisons de ses brebis,
Et son rouge turban de soie, et ses habits Tout ruisselants de pierreries ?.
La prodigalité des images, la rapidité avec laquelle elles se succèdent, la variété et l'éclat des couleurs qui défilent tour à tour, avec l'espèce d'éblouissement que nous cause leur