xx1 : & Lazzara
accumulation prodigieuse se retrouvent dans un très grand nombre de pièces, Canaris, Enthousiasme, la Douleur du Pacha, le Derviche, Clair de lune, la Sultane favorite, la Captive, la Bataille perdue, l'Enfant, l'azzara, Lui, Novembre, où les mêmes procédés sont employés sous forme d’interrogations successives ou d'énumérations continues. Peutêtre est-ili ntéressant de signaler que ce pittoresque successif, déjà visible dans les Odes et dans les Ballades! sera fréquemment encore employé, quoique avec plus de modération déjà, dans les deux ou trois recueils ultérieurs.
On ne voit plus dans l’air que splendides ruines,
Entassements confus, amas étincelants
De cuivres et d'airains l’un sur l'autre croulants,
Cuirasses, boucliers, armures dénouées, Et caparaçons d’or aux croupes des nuées ?.
L'accumulation des comparaisons pittoresques est particulière aux Orientales. Sans doute, les comparaisons abondent dans toute l’œuvre poétique de Hugo, mais celles du recueil qui nous occupe ont leurs caractères distinctifs. Comme dans la poésie orientale, et plus précisément encore, comme dans les poèmes orientaux cités par Hugo à la fin de son livre, elles sont fréquentes, très diverses, généralement explicites, et n’ont parfois qu'un seul point de contact avec l'objet auquel elles se rapportent, de sorte que le pittoresque qui leur est propre garde une valeur indépendante Ailleurs, les comparaisons ont pour rôle exclusif de préciser une image, de la rendre plus saillante, plus impressionnante ou plus significative. Ici, au contraire, la comparaison constitue une image additionnelle, destinée à accroître la richesse du trésor de formes et de couleurs que le poète étale devant nous. C’est ce qui a lieu, par exemple, lorsque Rechid com-
1. Odes, en particulier « Mon Enfance, et « Rêves ». Ballades, « la Fiancée du Timbalier », « la Péri et la Fée ». 2. Chants du Crépuscule, xxvu.
pare ses soldats jonchant le champ de bataille à l'or d'un prodigue épars sur le pavé. La comparaison, au point de vue de l’idée, est singulièrement heureuse, puisque le vaincu, qui est précisément en train d’énumérer ses richesses perdues, se trouve dans la situation du prodigue ruiné. Mais au point de vue de l'apparence sensible, la comparaison ne tient que par un lien assez lâche au spectacle auquel elle s'applique. Elle a sa valeur en elle-même, comme une image indépendante. Dans des vers comme ceux-ci :
Sa croupe est ferme et ronde ainsi qu'un rocher noir, Que polit une onde rapide !,
la rapidité de l’onde est une image additionnelle. Nécessaire au sens, elle n’en est pas moins explétive au point de vue du pittoresque. Assez extérieures encore, quoique déjà plus heureuses, celles des chevaux «qui volaient dans les blés comme des sauterelles ? » ou de la feuille qui semble « une perruche au pied leste » *. Ces sortes de comparaisons sont d’ailleurs rares ; elles nese reproduiront pas dans les œuvres ultérieures ; elles sont contraires au progrès du génie de Hugo qui est de faire entrer intimement l'un dans l’autre les deux termes de ses comparaisons. Quand le poète dans le Feu du Ciel compare le Nil jaune tacheté d'îles à une peau de tigre, ou quand il écrit dans la Fin de Satan :
Les monts sortaient de l’eau comme une épaule nue ‘.
la pénétration des termes est complète, parce que leur ressemblance est assez parfaite pour permettre à l'esprit de les identifier. Or, dans les Orientales, au contraire, le poète ne
recule pas toujours devant des rapprochements imprévus et peu heureux :
- XXIV : (€ Adieux de l’hôtesse arabe ».
. XVI : & la Bataille perdue ».