‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 25 sur 138 · XXI: CN ŒU · texte numérisé non relu

XXI: CN ŒU

Æ UN mi

« La Première Page » ; 1: «la Sortie de l'ombre ».

Et comme les louves marines

Jettent l’onde de leurs narines, Voici vos longues couleuvrines

Qui soufflent du feu sur mes eaux !.

Il faut encore noter — et cette fois, c’est un germe qui par la suite se développera puissamment — la vie qui anime toutes ces peintures. Ce n'est pas seulement dans les Djinns ou dans Mazeppa, sujets mouvants par eux-mêmes, que chaque détail pittoresque se présente en action. La description est animée ; les objets représentés ont un rôle, et souvent même une individualité. Cette tendance, par exemple, est visible dans le portrait de Babel, dont le poète fait presque un être vivant, tant il est dans la nature de son génie de communiquer la vie à tout ce qu’il touche?, Il ira même jusqu'à nous montrer la tour regardant par-dessus les monts de l'horizon, comparaison qu’il reprendra d’ailleurs plus tard avec le vieux mont Corcova regardant par-dessus l'épaule des collines ?. Cette tendance à mettre la vie dans les choses, à individualiser les objets, à leur conférer une véritable personnalité, tendance qui est à la racine de son imagination mythique, se manifestera plus tard d'une manière éclatante. C’est qu'en effet le romantisme de Hugo ne s’est point encore assez approfondi : il demeure trop attaché à l'apparence extérieure: il attribue trop à la couleur qui demeure l'élément le plus superficiel des choses visibles. Ce n’est pas la couleur du pelage d'un lion, indifférente en soi, mais sa forme, sa stature et son port qui me révèlent en lui l'existence d'une force tranquille et sûre d'elle-même. Quand la vision de Hugo s’approfondira, il sacrifiera la couleur au relief, et par lui pénétrera plus avant

dans l’âme des choses.

Page 1