Légende des siècles, xv : « le Petit Roi de Galice
Un autre trait caractéristique du pittoresque des Orienlales, c'est que la vision y demeure particulière, et que les tableaux s'y préséntent comme des ensembles complets. Plus tard, la vision de Victor Hugo acquiert un caractère plus général : au delà de ce que le poète nous montre, il nous laisse entrevoir l’espace, l'indéfini, l'au-delà ; au lieu de s’enfermer dans sa vision, il la dépasse. Ici au contraire, il est entièrement absorbé par le spectacle qu'il évoque :
Médine avec ses tours, d’aiguilles hérissée, Avec ses flèches d or, ses kiosques brillants, Est comme un bataillon arrêté dans les plaines
Qui parmi ses tentes hautaines Elève une forêt de dards étincelants {.
De même, dans Navarin :
Adieu, la goëlette
Dont la vague reflète
Le flamboyant squelette
Noir dans les feux sanglants ?.
Comparez avec la Chanson des Doreurs de proue, dans la Légende des siècles :
Les vents tournant comme des roues Sur la verte rondeur des eaux, Mélent les lueurs et les ombres...
Les bruits s'ajoutent aux vertiges, Et c'est nous qui dans ces prodiges Faisons rôder des spectres d’or ?.
Cette atmosphère indéfinie qui baigne tous les objets, cette sensation d'espace illimité qui se retrouvent dans toutes les œuvres de Hugo, à dater des Contemplations, témoignent, comme nous le verrons plus tard, d'un per-