‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 28 sur 138 · Orientales, 11: « Canaris · texte numérisé non relu

Orientales, 11: « Canaris

C'est par l'accumulation des images, par la richesse de la couleur, par la multiplicité des points de vue pris sur le même objet, que le poète tend au sublime. Il y atteindra plus simplement et mieux par la suite, en nous faisant sentir dans le spectacle qu'il nous découvre la présence d'une réalité infinie. Un exemple nous en est donné par cette brève esquisse des Quatre vents de l'Esprit :

Le vent du soir soufflait, et d'une aile éperdue

Faisait fuir à travers les écueils de granit Quelques voiles au port, quelques oiseaux au nid ‘.

Ce n’est, si l'on veut, qu’une différence de ton ; mais cette différence de ton modifie l'aspect du tableau ; elle renouvelle le génie du peintre. Elle communique à tout une allure sublime, dont les moindres objets restent en quelque manière imprégnés. Elle n’est souvent qu’une nuance subtile, inperceptible probablement à ceux qui ne sont pas très sensibles au charme proprement poétique de la poésie. Mais subtileou non, elle transforme la vision. Même dans la Légende des siècles où le poète retraçant des événements précis et déterminés, se trouve par son sujet même obligé de particulariser sa vision, cette différence de ton reste sensible. Telle description de bataille dans le Petit Roi de Galice, quoique procédant d'une idée particulière

Le mont regarde un choc hideux de javelines.… etc.

prend une ampleur universelle qui fait défaut à celle de Canaris, dont l’idée reste générale. La sensation de l’espace illimité, la perception de l'universel dans l'individuel, le sentiment de l'infini dansle fini qui domineront plus tard toute la poétique de Hugo n'existent point dans ses premières œuvres, ou n y existent qu'à un état très inférieur de développement.

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