Feuilles d'automne, xxxv : « Soleils couchants
lon ! ». Il décrit « un scarabée splendide et agile, vert, pourpre, flamme et or »?. Pour rendre les nuances, les différences d'éclat ou de poli, les sensations de toucher qu’évoquent naturellement certaines couleurs, il a recours à des comparaisons tirées des étoffes et des minéraux. « Les grandes plantes gaufrées aux larges feuilles de drap vert pâle à », « un pauvre bourdon mouillé en velours jaune et noir » et « l'aile de crêpe » de la guêpe n’échappent pas à sa vue perçante #. Il revêt les collines de « casaques de velours vert déchiré çà et là » 5. Il voit « grâce à la pluie... tous les velours, tous les satins, tous les vernis, tous les ors qui sortent de terre sous forme de fleurs » 6. Pour son œil, singulièrement sensible aux tons des étoffes, le soir « tend le ciel de ses moires ardentes » 7. Ilparle ailleurs de « la moire magnifique que font sur les prairies et les rivières les déplacements de l'ombre et de la clarté » $ ; des « oiseaux de cuivre rouge » « moirés par l'ombre et le soleil » ?, montre l’araignée attachant « aux tulipes de soie ses rondes dentelles d'argent » !°. Pour rendre l'aspect poli que prennent quelquefois les nuages noirs frangés et veinés de gris, il les compare à des marbres !1.
Il est également attentif aux variations de la lumière. « Rien n'échappe à son attention, remarque très justement M. Huguet, dans les nuances successives que donnent au
. Feuilles d'automne, xvi.
. Post-scriptum de ma vie : &« Promontorium somnii ». . Les Misérables, IV, ur, 2.
. Le Rhin, xxxv : (Zurich ». Contemplations, t. I, 1. II, 9. . Alpes et Pyrénées, 1843, vi : &« De Bayonne à Saint-Sébastien ». . Les Misérables, V, 1, 16.
. Voix intérieures, xIx.
. Quatre-vingt-treize, WI," 7.
. Voix intérieures, 1v : « A l'arc de triomphe », 6. 10. Les Rayons et les Ombres, xvn : ( Spectacle rassurant ». 11. Contemplations, IV, xn : «A quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt ».
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ciel du matin les progrès de la lumière !. » Il observe les différents jeux de l'ombre et du soleil, l'ombre des branches errant sur la gorge blanche des actrices ?, les rayons du soleil et les ombres des arbres se succédant tour à tour sur les vases de marbre des allées #, leseffets singuliers du crépuscule, les divers effets du clair-obscur. Il note à plusieurs reprises l'aspect que prennent les pièces d’eau aux différentes heures du jour.
Le soleil grandissait les ombres des passants Et faisant briller l’eau des lointains frémissants Allumait des miroirs sous les rameaux des saules ‘.
La nuit de l'eau, dans l'ombre, argente la surface 5.
Il est extrêmement sensible à l'éclat. Il s’enchante de la «joaillerie des coquillages », des « pierreries de la mer » dont est « brodé et incrusté » «le merveilleux palais de l’abime », de leur « amoncellement étincelant » qui fait « d’ineffables radiations à travers lesquelles on entrevoit un fouillis d'azurs et de nacres, et des ors de toutes les nuances de l’eau » 6. On pourrait dire de lui, comme on l'a dit si joliment de Gustave Moreau, qu'il broyait des pierres précieuses dans ses couleurs.
Les giroflées qui s’étalent sur les murs font une « bijouterie » 7.
Dans les écrins verts de la mousse Luit le scarabée, or vivant 8.
1. La Couleur, la Lumière et l'Ombre dans les métaphores de Victor Hugo. Conclusion, p.203. Voyez la description de l’aube dans les Misérables (IV, 11, 8).
. Contemplations, I, xxu : (la Fête chez Thérèse ».
. Voix intérieures, xxI.
. Toute la Lyre, Il, xx1.
. Feuilles d'automne, xxxvn : (la Prière pour tous ». . Travailleurs de la Mer, X, 1, 13, et IL, 1v, 4.
. Les Misérables, IV, 11, 3.
. Rayons et Ombres, xvn : « Spectacle rassurant ».
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L'insecte vert qui rôde Luit, vivante émeraude Sous les brins d'herbe verts !.
La robe de la Esméralda, « semée de paillettes, scintille, bleue et piquée de mille étincelles » 2. Les hallebardiers suisses « ont deux frocs de guerre, un jaune et l’autre blanc ».
Sur le jaune l'or brille et largement éclate:
Quand ils portent le blanc sur la veste écarlate...
On leur voit sur le corps ruisseler tant d'argent
Que ces fils des glaciers semblent couverts de givre 3.
Cette dernière citation nous montre, outre la sensibilité très vive de l’œil du poète à l'éclat, son habileté à harmoniser les couleurs. Il dispose en effet des couleurs comme un peintre. Souvent il fait ressortir l'une par l’autre : il se plaît, par exemple, à évoquer « un fruit vert sur un arbre d’or#», ou « des éléphants blancs chargés de femmes brunes » 5, à faire jaillir le lait blanc sous les doigts noirs des négresses 5,
Les monts gris sont bordés d’un long fil écarlate 7.
Un coin du ciel est brun, l’autre lutte avec l’ombre, Et déjà succédant au couchant riche et sombre, Le crépuscule gris meurt sur les coteaux noirs #.
Sa description va même jusqu’à donner l'impression d’un ciel brossé par un peintre, l'illusion de la pâte étalée par le pinceau :
« Quelques nuages paraissaient brûlés par les autres, et