Ibid., 1v : « Regard jeté dans une mansarde
5. Ibid., xix : & Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813 ».
ginalité, conserve de grandes analogies avec le pittoresque des Voix intérieures, mais avec une couleur plus terne, une plus grande ampleur de vision, un horizon plus large, où se fait sentir une conception panthéistique de la nature qui deviendra par la suite plus visible encore :
La végétation, vivante, aveugle et sombre
En couvre-t-elle moins de feuillages sans nombre, D'arbres et de lichens, d'herbe et de goëmons,
Les prés, les champs, les eaux, les rochers et les monts ? L'onde est-elle moins bleue et le bois moins sonore ? L'air promène-t-il moins dans l'ombre et dans l'aurore, Sur les clairs horizons, sur les flots décevants,
Ces nuages heureux qui vont aux quatre vents ! ?
Il emploie souvent, comme daris les Orientales, le pittoresque par énumération dont il avait trouvé peut-être le premier modèle chez Lamartine. Mais dans les Orientales l’accumulation des images résultait d’une griserie de J’imagination, d'un instinct qui poussait le poète à dépenser sans mesure, effet naturel mais en somme assez extérieur de cet excès de force qui est le fond du tempérament poétique de Hugo et qui s'est manifesté dans la richesse de son vocabulaire, de ses images et de ses métaphores, comme dans son extraordinaire fécondité, dans son immense puissance de travail, dans son goût du colossal et du grandiose, dans son exubérance naturelle, dans sa tendance à l’enflure et à l’emphase. Ici, au contraire, nous nous trouvons en présence d’un sentiment plus profond. Les différentes images ne se succèdent point au hasard : un lien intime les unit qui est la pensée de l'univers envisagé dans son unité même. C’est ce qui apparaît notamment dans le poème intitulé le Monde et le Siècle dont nous nous contenterons de citer ces quelques vers :
À quoi bon chaque soir, quand luit l'été vermeil, Comme un charbon ardent déposant le soleil