‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 53 sur 138 · Les Voix intérieures, xvi : « Passé · texte numérisé non relu

Les Voix intérieures, xvi : « Passé

Et l'immense océan où la voile s'incline, Où le soleil descend,

L’océan qui respire ainsi qu’une poitrine S’enflant et s’abaissant !.

Jules, votre château, tour vieille et maison neuve Se mire dans la Loire à l'endroit où le fleuve

Sous Blois élargissant son splendide bassin, Comme une mère presse un enfant sur son sein, Serre une île charmante en ses bras qu'il replie ?.

11 importe ici de dissiper une équivoque possible. Faire vivre les choses est de l'essence même de la poésie, et l'on ne serait pas embarrassé pour trouver dans les œuvres antérieures de Hugo des comparaisons et des métaphores qui donnent aux choses la vie et l'âme. Mais ce qu'il y a de nouveau dans les Voix intérieures et les Riyons et les Ombres, c'est d'abord une liaison plus intime de Ja forme et de la vie; c'est, en outre, que cette liaison semble envelopper de plus en plus une croyance réelle à la vie des choses. Quand Hugo dit dans les Odes que « la ville étend ses bras en croix et s’allonge en épée * »,quand il écrit dans les Orientales :

A quoi pensent ces flots qui baisent sans murmure Les flanes de.ce rocher luisant comme une armure { ?

Ja vie qu'il prête aux choses n'est qu'une expression poétique, et cette expression, le poète ne donne nullement l'impression qu'il la prend au sérieux. Au contraire, nous trouvons déjà dans Les Voix intérieures une tendance à attribuer aux choses une vie réelle, et à saisir cette vie cachée à travers les apparences qui la manifestent : c'est ce qui apparaît avec netteté dans la pièce À Albert Durer,où «la broussaille horrible et les ronces grimpantes, — contractent lentement leurs pieds noueux et noirs », et où le poète nous

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