‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 54 sur 138 · Le Château-Fort · texte numérisé non relu

Le Château-Fort

affirme qu'il a senti « palpiter et vivre avec une âme — les chênes monstrueux qui remplissent les bois ».

III. — Ce même. instinct du contemplateur, qui lui fait apercevoir la vie sous les formes et les couleurs, l'élève peu à peu jusqu'au sentiment de la vie universelle. Le panthéisme de Hugo, fait très significatif, apparait dans deux textes décisifs. Le premier appartient aux Voix interieures :

Ainsi, nature ! abri de toute créature |

O mère universelle ! indulgente nature !

Ainsi tous à la fois, mystiques et charnels, Cherchant l’ombre et le lait sous tes flancs éternels, Nous sommes là, savants, poètes, pêle-méêle, Pendus de toutes parts à ta forte mamelle !

Et tandis qu’affamés, avec des cris vainqueurs,

À tes sources sans fin désaltérant nos cœurs,

Pour en faire plus tard notre sang et notre âme, Nous aspirons à flots ta lumière et ta flamme,

Les feuillages, les monts, les prés verts, le ciel bleu, Toi, sans te déranger, tu songes à ton Dieu !.

Le second se trouve à la fin des Rayons et Ombres ? :

Unique Dieu ! vrai Dieu ! seul mystère ! seule âme !.. Toi qui laissant tomber ce que la mort réclame,

Fis les cieux infinis pour les temps éternels !

Toi qui mis dans l’éther plein de bruits solennels, Tente dont ton haleine émeut les sombres toiles,

Des millions d’oiseaux, des millions d'étoiles !

Que te font, Ô Très-Haut ! les hommes insensés,

Vers la nuit au hasard l’un vers l’autre poussés, Fantômes dont jamais tes yeux ne se souviénnent, Devant ta face immense ombres qui vont et viennent !

Nous avons vu d’ailleurs que le panthéisme des Rayons et Ombres n'est pas seulement l'expression de la pensée philosophique de Hugo, mais une disposition profonde de son âme qui se révèle dans la nature de son pittoresque. Réa-

Page 1