Les Voix intérieures, xv : «la Vache
2. Les Rayons et les Ombres, xziv : & Sagesse ». « La troisième voix dit : & Aimer, haïr, qu'importe ? » etc.
lisme, hylozoïsme, panthéisme, sont appelés à se développer à des degrés divers dans l’œuvre ultérieure du poète, et
par ce développement même, vont transformer complètement sa vision.
CHAPTEREZLVS
Nous avons eu, plus d’une fois, l'occasion de noter des Orientales aux Voix intérieures le progrès de Victor Hugo vers un idéal classique. Quelque place que tienne, dans son théâtre, son roman ou sa poésie, la recherche de l'effet et du sublime, c'est au beau plus qu'au sublime que vise son pittoresque. L'apparence sensible y est, en effet, exactement adaptée à l'idée qu'elle révèle : elle exprime tout ce qu'elle doit dire ; elle ne tend pas à nous suggérer une réalité qui la dépasse infiniment, à nous élever, pour ainsi dire, audessus de nous-mêmes. Parfaitement approprié aux forces normales de l'homme, l'art y possède ces qualités de mesure, de proportion et de sobriété caractéristiques du classicisme. Le peintre use discrètement de la couleur, et accorde davantage au dessin, élément plus intellectuel et moins affectif ; il copie la nature sans la déformer ; il observe soigneusement le réel, mais en même temps, comme les classiques, il y choisit ce qui s’y présente de plus relevé ; et s'il donne à sa reproduction l'impression de la chose vue, il ne cherche pas, comme les naturalistes, à intensifier la sensation, ni à mettre en relief tous les détails, de manière à outrer le sentiment de réalité que nous donne son tableau. C'est, si l’on veut, un réaliste, mais un réaliste classique.
Ce classicisme, tout relatif en ce sens que la recherche du pittoresque en poésie est un des traits les pluscaractéristiques du romantisme, n'exclut point d’ailleurs entièrement un idéal romantique, le poétique. Dans les Châtiments et les Contemplations, le progrès vers le romantisme s’accentue.
a) Les Châtiments.
L'élément proprement pittoresque, la peinture transposée dans la poésie, tient peu de place dans les Chätiments : et il est naturel qu'il en soit ainsi, dans une œuvre, où la pensée satirique et la violence du sentiment doivent faire prédominer l'élan lyrique aux dépens de l'élément sensible, inutile en soi à l'expression de l'inspiration vengeresse. En fait cependant Hugo ne pouvait se dépouiller entièrement de son talent de peindre. Les rares tableaux que nous offrent Les Châtiments sont d'une perfection achevée. La couleur y tend sans doute à disparaître; mais, en revanche, la lumfère yest exquisement rendue dans ce qu'elle a de plus subtil, de plus doux et de plus pur. Et nous voyons le poète y manifester une sensibilité particulière aux sensations de flamboiement qui tiendront une si grande place dans la Légende des siècles.
Plus de délicatesse dans le dessin, quelque chose de plus gracieux encore que dans les Rayons et les Ombres, voilà ce que nous trouvons dans une peinture de l'aube.
C'est une nouvelle forme du réalisme classique qui semble ici s'orienter vers l’art du xvur° siècle, comme il le fera franchement dans la Fête chez Thérèse des Contemplations ou dans la Lettre des Chansons des rues et des bois :
Là-bas, la chute d'eau, de mille plis ridée, Brille, comme dans l’ombre un manteau de satin
Les moutons, hors de l’ombre, à travers les bourrées, Font bondir au soleil leurs toisons éclairées :
Et la jeune dormeuse, entr’ouvrant son œil noir, Fraîche, et les coudes blancs sortis hors du peignoir, Cherche de son pied nu sa pantoufle chinoise...
Le chaume dresse au vent sa plume de fumée.
Le rayon, flèche d’or, perce l'âpre forêt ‘.