‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 57 sur 138 · x : Q A propos d’Horace · texte numérisé non relu

x : Q A propos d’Horace

84 L'ESTHÉTIQUE DE VICTOR HUGO Tantôt, à la manière du xvur* siècle,

L'ancien zéphyr fabuleux Souffle avec sa joue enflée Au fond des nuages bleus t.

Le poète revient encore à l’antiquité classique lorsqu'il

nous montre

Un pâtre sur sa flûte abaissant sa paupière ?.

Mais le pittoresque mythologique, sans sortir de l'antiquité, fait la part plus large au romantisme, dans un poème des plus originaux, qui commence comme un tableau pour finir comme un bas-relief, et dont les derniers vers trahissent déjà le goût du monstrueux qui s’affirmera

dans les œuvres ultérieures *.

Il est dans l’atrium, le beau rouet d'ivoire.

La roue agile est blanche et la quenouille est noire. La quenouille est d’ébène incrusté de Japis.

Il est dans l’atrium sur un riche tapis.

Un ouvrier d'Egine a sculpté sur la plinthe, Europe dont un dieu n'écoute pas la plainte.

Le blanc taureau l'emporte. Europe sans espoir Crie, et baissant les yeux, s’épouvante de voir L'océan monstrueux qui baise ses pieds roses.

Des aiguilles, du fil, des boîtes demi-closes, Les laines de Milet peintes de pourpre et d’or, Emplissent un panier près du rouet qui dort.

Cependant, odieux, effroyables, énormes,

Dans le fond du palais, vingt fantômes difformes,

Vingt monstres tout sanglants qu'on ne voit qu’à demi, Rôdent en foule autour du rouet endormi...

De la massue au front tous ont l’empreinte horrible, Et tous, sans approcher rôdant d’un air terrible,

Sur le rouet où pend un fil souple et lié,

Fixent de loin dans l'ombre un œil humilié #.

Page 1