V, xx : « Pasteurs et troupeaux
Sont assises au seuil du jardin, et surelles,
Un bouquet d'œillets blancs aux longues tiges frêles, Dans une urne de marbre agité par le vent,
Se penche et les regarde, immobile et vivant,
Et frissonne dans l'ombre, et semble au bord du vase Un vol de papillons arrêté dans l’extase !.
En même temps que s'affirme ici le goût nouveau de Victor Hugo pour le clair-obscur et les oppositions de blancheurs et d'ombre, nous pouvons noter une tendance marquée à faire prédominer l'élément poétique sur l'élément pittoresque, ce qui constitue un nouveau progrès vers le romantisme. Le poète se laisse si bien emporter par le rythme et par le rêve qu'il nous représente les œillets à la fois agités et immobiles, frissonnants et arrêtés dans l’extase. Or cette négligence est d'autant plus significative que l'intention de faire un tableau est ici très manifeste.
Le même vague et le même goût du clair-obscur apparaissent souvent dans le même ouvrage. Le poète néglige visiblement le dessin auquel il prêtera plus tard des contours si arrêtés dans la Légende des siècles. En même temps il attache plus d'importance à l'impression poétique qu'à la représentation pittoresque.
L'étang mystérieux, suaire aux blanches moires, Frissonne ; au fond des bois la clairière apparaît. Les arbres sont profonds et les branches sont noires.
Les sentiers bruns sont pleins de blanches mousselines.
La forme d'un toit noir dessine une chaumière. On entend dans les prés le pas lourd du faucheur. L'étoile aux cieux, ainsi qu'une fleur de Jumière, Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur ?.
La première strophe de Joies du soir * offre une juxtapo-
1. I, ur: & Mes deux filles ». La pièce est datée de juin 1842. 2. IT, xxvr : Q Crépuscule ».