Ibid., xvn : & la Confiance du marquis Fabrice
nouvelle d'inspiration, celle qui nous vaut la poésie astronomique de Magnitudo Parvi et d'Abime !. Auparavant Victor Hugo se contentait de jouir du charme des nuits étoilées ?. Maintenant, il se lance dans l’espace. I évoque les mondes dans l’immensité du ciel. Il s enivre de l'infini. Son désir d’embrasser les grands spectacles de la nature aboutit à une vue d'ensemble de l'univers.
Sous l'influence de ce mouvement d'expansion par lequel le poète, ivre d'espace et d'immensité, essaye d'embrasser la nature entière, les formes et les couleurs se dissolvent dans le sentiment de la vie universelle. À la description précise qui forme tableau se substitue aisément la description vague où les objets particuliers sont dispersés, parce que l'impression d'ensemble, enveloppant le sentiment de l'unité de la nature, prend désormais plus d'importance aux yeux du poète que l'exactitude du détail.
Quelqu'un a mis le feu partout ; l’'embrasement
Va de l'arbre au nuage et du ciel à la terre ;
La prairie a l'éclat glorieux du cratère.
Partout des fleurs de pourpre. et tout flambe, et tout luit, Et la création, bouillonnant à grand bruit,
Bout tout entière ainsi qu'une eau dans la chaudière, Et tout rit, le soleil étant l’incendiaire *.
Ce genre de description est nouveau dans l'œuvre de Hugo. Jamais, dans les œuvres de la première manière, vous ne trouverez un pareil éparpillement du détail dans
1. Les Contemplations, HI, xxx. La Légende des siècles, 1xr. 2. Feuilles d'automne, xx1 :
Souvent, lorsque tout dort, je m’assieds plein de joie Sous le dôme étoilé qui sur nos fronts flamboie. Le sentiment exprimé dans les derniers vers fait encore mieux ressortir le changement qui s'est produit depuis dans l'âme du poète : Souvent alors j'ai cru.
Que le ciel pour moi seul s’était illuminé !
3. La Légende des siècles, xxxix : (l'Amour ». Il faut boire et frapper la terre d’un pied libre.
une semblable concentration de l'ensemble, jamais un tel morcellement de l'élément sensible dans une telle unité de l'élément spirituel. Or cet exemple n’est pas unique. Il est au contraire représentatif d'une foule de descriptions du même genre. Nous citerons encore, comme très caractérisüque, une peinture de l'Eden où l'élément spirituel tend également à dissoudre l'élément sensible. Nous y pouvons déjà noter que le poète, comme dans le passage précédent, préfère à la couleur forcément limitée aux objets particuliers, la lumière qui remplit l’espace.
L'aurore apparaissait. Quelle aurore ? Un abîme D'éblouissement vaste, insondable et sublime ;
Une ardente lueur de paix et de bonté.
C'était aux premiers jours du globe, et la clarté
Brillait, sereine, au front du ciel inaccessible,
Etant tout ce que Dieu peut avoir de visible.
Tout s’illaminait, l'ombre et le brouillard obscur ;
Des avalanches d’or s’écroulaient dans l’azur.
Le jour en flamme au fond de la terre ravie
Embrasait les lointains splendides de la vie ;
Les horizons, pleins d'ombre et de rocs chevelus,
Et d’arbres effrayants que l’homme ne voit plus,
Luisaient comme le songe et comme le vertige Dans une profondeur d’éclair et de prodige {.
L'intention de peindre est ici manifeste, et cependant l'ensemble ne forme pas un tableau. C'est là ce qu'on pourrait appeler la dissolution du pittoresque. Or ce genre de description est fréquent dans les dernières œuvres de Hugo. Il trahit d’ailleurs des préoccupations esthétiques nouvelles. L'idée déborde infiniment cette fois l'apparence sensible qui la révèle. Le poète tend à suggérer plus qu'il n’exprime. Les traits qu'il accumule ne constituent pas un ensemble fermé, complet, se suffisant à lui-même : ils expriment tous un effort pour étreindre une réalité qui les dépasse. L'idéal