‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 66 sur 138 · La Légende des siècles, 11 : « le Sacre de la femme · texte numérisé non relu

La Légende des siècles, 11 : « le Sacre de la femme

artistique n'est plus le beau, mais le sublime. Le pittoresque

se fait romantique !.

S2.— La lumière et l'ombre.

Au moment où la vision de Hugo prend plus d’ampleur et s'élargit jusqu’à l'infini, son coloris se transforme. Le relief etle dessin tendent à l'emporter sur la couleur. La couleur elle-même devient moins riche, moins variée, et prend des teintes plus sombres. L'ombre acquiert une valeur considérable, et avec elle la lumière, sous toutes ses formes, lueur, éclair, flamboiement, clarté. Cette transformation dans la manière de peindre de Hugo devient sensible dans les Contemplations. Le noir, le bleu sombre, l'étoilé, le clairobscur, les oppositions d'ombre et de lumière y dominent. Ces teintes sombres sont d’ailleurs le plus souvent indépendantes de tout dessin, Victor Hugo négligeant complètement ici l'élément proprement pittoresque. Dans ses autres recueils, le dessin reparaît, et dans une certaine mesure la couleur, mais le poète y garde une prédilection constante pour l'ombre, l'obscur, la pénombre, les pâles lueurs, et, par contraste, pour les flamboiïiements, les rougeurs de la flamme, les éclairs, les scintillations des astres. Or c'est une nouveauté. Sans doute dans les Orientales, le poète s'est plu à faire jaillir du lait blanc sous des doigts noirs ?, de même que dans les Ballades, il suspendait « la cigogne argentée au faîte aigu du noir clocher » #, mais cette opposition n’est qu'un contraste de couleurs tranchées, toutes deux également vives et propres à se faire ressortir l'une l’autre, semblable par conséquent aux oppositions des autres couleurs que nous avons relevées dans le même recueil. Au contraire,. dans les œuvres de la deuxième

1. On peut encore citer comme caractéristique de cette manière la description des armures dans Eviradnus. (La Légende des siècles, xv.) 2. Les Orientales, 1: «le Feu du ciel ».

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