‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 68 sur 138 · Ibid., 1x : « la Trompette du jugement dernier · texte numérisé non relu

Ibid., 1x : « la Trompette du jugement dernier

et dans les Contemplations. © Tout est lumière, tout est joie » dans la peinture des Orientales : les plaines blondes d'épis, les sables dorés, le sphinx de granit rose, le dieu de marbre vert, les obélisques gris qui s’élancent, les cailloux blines qui crient sous le ventre des crocodiles, le Nil jaune tacheté d'iles semblable à une peau de tigre, le globe d'or du soleil, le ciel rougeätre, les flots vermeils. Et le rythme élargi prend une allure triomphale.

L'Egypte ! — Elle étalait, toute blonde d’épis, Ses champs bariolés comme un riche tapis, Plaines que des plaines prolongent ; L'eau vaste et froide au nord, au sud le sable ardent Se disputent l'Egypte ; elle rit cependant Entre ces deux mers qui la rongent.

Trois monts bâtis par l'homme au loin percaient les cieux D'un triple angle de marbre, et dérobaient aux yeux Leurs bases de cendre inondées ; Et de leur faîte aigu jusqu'aux sables dorés Allaient s’élargissant leurs monstrueux degrés Faits pour des pas de six coudées !.

Tout devient sombre au contraire dans le tableau des Contemplations.

.… L'antique Egypte et ses plaines sans ombre,

Et tout ce qu’on y voit de sinistre et de sombre, Lieux effrayants ! Tout meurt. Le bruit humain finit. Tous ces démons taillés dans les blocs de granit, Olympes monstrueux des époques obscures,

Les sphinx, les anubis, les ammons, les mercures, Sont assis au désert depuis quatre mille ans. Autour d'eux. le vent souffle et les sables brûlants Montent comme une mer d où sort leur tête énorme. La pierre mutilée a gardé quelque forme

De statue et de spectre et rappelle d’abord

Les plis que fait un drap sur la face d’un mort.

On y distingue encor le front, le nez, la bouche, Les yeux, je ne sais quoi d’horrible et de farouche Qui regarde et qui vit, masque vague et hideux.

Le voyageur de nuit qui passe à côté d'eux

Page 1