‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 69 sur 138 · Le Feu du ciel · texte numérisé non relu

Le Feu du ciel

S'épouvante et croit voir aux lueurs des étoiles, Des géants enchaînés et muets sous des voiles !.

La couleur est totalement absente. En parlant des plaines sans ombre, le poète conçoit sans doute un pays inondé de soleil, mais les termes dont il se sert ne l'évoquent point, et la manière dont il s'exprime tend même à nous donner l'impression contraire. Le relief en revanche est extraordinairement accusé. En même temps on commence à sentir des préoccupations esthétiques nouvelles, la recherche de l'effet, etla subordination du pittoresque à l'émotion qui se dégage des choses, avec un effort visible pour apercevoir la vie dans la matière, et pour la faire jaillir en quelque sorte de la forme considérée. Une telle attitude implique le désir de faire prédominer l'élément spirituel sur l'élément sensible de l’art. C’est ce qui apparaît d’ailleurs encore dans cette autre vision de l'Egypte qui peut être rapprochée de celle des Contemplations, et où l'élément proprement spirituel, la signification de l’ensemble détermine l'emploi des couleurs sombres.

Je songeais à l'Egypte aux plis infranchissables, A la grande isolée éternelle des sables,

Noire tente des rois, ce tas d'ombres qui dort Dans le camp immobile et sombre de la mort ?.

Il semble donc que deux ordres de causes aient déterminé ce changement de coloris. Tout d'abord, à mesure que l’esprit du poète s’éprenait davantage de l’universel, il devait attacher moins d'importance à la couleur qui particularise les objets, et leur préférer l'ombre et la lumière, formes générales des impressions visuelles. La preuve en est qu'il revient partiellement à la couleur'dans la Légende où il est obligé d'entrer dans le détail d'événements particuliers. En second lieu, à mesure qu'il se préoccupait davantage de retrouver

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