‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 86 sur 138 · La Fin de Satan : (Jésus-Christ », in : «le Crucifix · texte numérisé non relu

La Fin de Satan : (Jésus-Christ », in : «le Crucifix

5. Ibid. : «la Première Page », n : « la Sortie de l'ombre », 1.

$ 2. — La transfiguration.

Toute poésie est une transfiguration, mais cette transfiguration qui ne porte pas nécessairement d’ailleurs sur le seul élément pittoresque, ne le modifie pas toujours aussi profondément ni de la même manière. Nous verrons plus tard qu'il y a chez Victor Hugo une transfiguration épique, comme il en est une proprement poétique. Il en estune aussi où le mysticisme est particulièrement apparent.

Une telle transfiguration n’est pas absolument nouvelle pour nous. L'hylozoïsme, par exemple, a souvent pour effet de transfigurer les choses. Car il arrive souvent que diverses tendances du génie de Hugo se manifestent à la fois.

« Un faitest une superposition de lois », disait Taine. Les courants que nous essayons de distinguer dans l'œuvre du poète se mêlent, s'entrecroisent et se séparent d’étranges manières. Tantôt, c'est la recherche de l’étrange et du monstrueux qui s’unit au sentiment de la vie des choses, tantôt la vigueur du relief prête son concours à la recherche de l'effet, tantôt la hantise de l'infini s'allie au sentiment du mystère. Nous ne pouvons suivre ces tendances multiples dans leurs innombrables combinaisons. Il nous suffit de mettre en relief les forces élémentaires, puissances de transformation du pittoresque.

Au nombre de ces forces est une tendance nettement mystique à chercher dans l'apparence sensible l'expression d’une réalité spirituelle. Or il arrive que, sous l'effet de cette recherche, l'apparence sensible se modifie, et que le monde extérieur se transfigure. Le pittoresque prend ainsi des aspects nouveaux.

La réalité spirituelle dont il s’agit est quelquefois formidable et mystérieuse.

Ces robes de combat ont des plis de suaires ; Ces pieds pétrifiés siéraient aux ossuaires ;

Ces piques ont des bois lourds et vertigineux Où des têtes de mort s'ébauchent dans les nœuds ".

Quelquefois elle est simplement un fait, mais un fait concu dans l’ensemble de ses conséquences, et par conséquent dans sa signification morale la plus profonde. Telle est, par exemple, la victoire des dieux sur les Titans, par laquelle toute la nature est plongée dans le deuilet dans la tristesse :

Les lacs sont indignés des monts qu'ils réfléchissent, Car les monts ont trahi...

L'étang clair, sous l’amas des branchages, imite L'œil tragique et brillant du fiévreux qui mourra ?.

Précisément parce qu’elle vise à dégager des objets et des paysages leur signification secrète, elle aboutit souvent à une représentation symbolique : par exemple, le poète veutil nous représenter un repaire de bandits, la lueur du feu qui l’éclaire devient sanglante, et le brasier lui-même semble frémir d'horreur :

Cette salle, où pétille un brasier frémissant, Ecarlate de flamme, à l’air rouge de sang ?.

L'expression générale du tableau devient ainsi l'élément important de la représentation pittoresque. Elle impose à celui-ci sa couleur, sa forme, son aspect particulier. L'élément sensible se subordonne à l'élément spirituel.

Appliquée aux êtres vivants, la même tendance aboutit à une transfiguration du même genre, d'où résulte une transformation radicale du portrait. Au lieu de s'attacher à reproduire les traits du modèle, le poète, hanté par la vision de l'au-delà, entrevoyant ou soupconnant partout des forces occultes d'une incommensurable puissance, se

1. La Légende des siècles. xv : « Eviradnus », 8. 2. Ibid., iv : «les Temps paniques ».

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