Ibid., xx1 : (Masferrer
préoccupe avant tout de nous faire apercevoir dans les yeux de l'être vivant des abimes de joie ou de douleur, d'innocence ou de méchanceté, de férocité ou de vertu. Il atteint à travers les apparences sensibles une âme qui en modifie complètement la physionomie.
Tu n’égaleras pas ces reptiles étranges Dont l'œil aux soupiraux de l'enfer est pareil *.
… C'était, sous un sourcil charmant Le regard de la foudre avec l'œil de l'aurore ?.
La rondeur de sa rouge et luisante prunelle Semblait dans la terreur de ces lieux inouïis, Une goutte de flamme au fond du puits des nuits ?.
Et l’obseur tigre noir dont le masque d’ébène A deux trous effrayants par où l’on voit l'enfer :
Cette transfiguration des choses et des êtres trahit des préoccupations esthétiques nouvelles : la recherche de l'effet et du sublime au lieu de lexacte reproduction du réel.
$3. — L'élan vers l'infini.
Une autretendance mystique très puissante est l'élan du poète vers l'infini. C'est, à vrai dire, une aspiration qui se manifeste déjà dans ses conceptions et son pittoresque panthéistiques, comme aussi dans sa recherche du sublime. Nous n’aurons donc pas ici à y insister longuement.
Le fond de la pensée philosophico-poétique de Hugo, dans la période qui nous occupe, c'est la conception et le sentiment de forces cosmiques partout présentes, partout à l'œuvre, embrassées elles-mêmes par une force supérieure à tout ce que peut concevoir la pensée humaine ÿ. Ainsi le sen-
1. Les Quatre Vents de l'Esprit : & Livre satirique »; x : € Anima vilis ».
9. La Fin de Satan : « Hors la terre » ; n : «la Plume de Satan ». 3. Ibid. : « l'Ange Liberté », 2.
4. L'art d'être grand-pére, IV, 1v:4« A Georges ». 5. Dieu ; la Légende des siècles : « le Titan, Suprématie, Abîme ».
ND
timent des forces cosmiques est aisément dilaté jusqu'à l'infini !, et nous avons déjà vu que, par l'effet de ce mouvement d'expansion, les formes et les couieurs se fondent dans l’activité dela vie universelle :
Quelqu'un a mis le feu partout ; l'embrasement Va de l’arbre an nuage et du ciel à la terre, etc. ?.
Mais dans le passage que nous venons de citer, la pensée du poète ne quitte pas la terre. Or il lui arrive également de se perdre dans l’espace, d'embrasser comme dans la vision de Phtos
Tant de réalité que tout devient fantôme :
Plus d’astres qu'il n’éclôt de fleurs sur la ravine ! Plus de soleils qu'il n’est de fourmis ! Plus de cieux Et de mondes à voir que les hommes n’ont d'yeux * !
Or cet effort pour saisir et représenter à la fois toutes les formes rend impossible la création d’un tableau complet. De là cet entassement prodigieux d'images où l'œil se perd, cette vision chaotique dont le prélude de la Légendedes siècles nous offre un si curieux exemple :
C'était de la chair vive avec du granit brut, Une immobilité faite d'inquiétude,
Un édifice ayant un bruit de multitude,
Des trous noirs étoilés par de farouches yeux... Ce bloc flottait ainsi qu’un nuage qui roule ; C'était une muraille et c'était une foule, etc...
Ce n’est plus seulement un élargissement de la vision : c'est la confusion des lignes, le mélange des. formes. Les Orientales nous avaient offert déjà des accumulations d'images, les Rayons et les Ombres de longues énumérations
pittoresques. Mais les traits successifs rentraient alors dans
2. Id., xxxix : (Amour ». Il faut boire et frapper la terre d’un pied libre.