Ibid. : « Eviradnus
4. La Fin de Satan. Livre premier : «le Glaive », 1, 1. Cf. Ballade, v : «le Géant ».
Ces deux sortes de sublime, l’intérieur et l'extérieur, dont l'un est le sublime poétique, et l’autre le sublime proprement pittoresque, peuvent d'ailleurs s’unir et se pénétrer,
= GE 19 = dans une changeante et monstrueuse vision. C'est ce qui se produit, par exemple, dans la métamorphose du satyre : &
Tout en parlant ainsi le Satyre devint
Démesuré ; plus grand d’abord que Polyphème,
Puis plus grand que Typhon qui hurle et qui blasphème
Et qui heurte ses poings ainsi que deux marteaux,
Puis plus grand que Titan, puis plus grand que l’Athos.
L'espace immense entra dans cette forme noire ;
Et comme le marin voit croître un promontoire,
Les dieux dressés voyaient grandir l'être effrayant.
Sur son front blémissait un étrange orient ;
Sa chevelure était une forêt ; des ondes,
Fleuves, lacs, ruisselaient de ses hanches profondes ;
Ses deux cornes semblaient le Caucase et l'Atlas ;
Les foudres l’entouraient avec de sourds éclats;
Sur ses flanes palpitaient des prés et des campagnes Et ses difformités s'étaient faites montagnes 1...
Le sublime ne demeure pas ici purement extérieur, parce que le poète ne se borne pas à grossir les formes de l’objet qu'il imagine. Il se place à l’intérieur même de cet objet, et nous y plaçant avec lui, nous fait assister à la transformation progressive du satyre, qui grandit et se développe sous l’influence du sentiment qui l'inspire. Mais ici les formes et les couleurs se mêlent et se confondent. Les détails du tableau se perdent dans la vision de l’ensemble. La peinture devient confuse parce que formidable. La recherche du sublime aboutit à la désagrégation du pittoresque.
Ce que le poète désire avant tout, en effet, ce n’est pas l'exacte reproduction du spectacle qu'il voit ou qu'il imagine : c'est la restitution de l’état d'âme sublime auquel il s'élève lorsqu'il le contemple ou lorsqu'il le crée :
Tu verrais ! — Un soleil, autour de lui des mondes, Centres eux-mêmes, ayant des lunes autour d’eux ;
Là des fourmillements de sphères vagabondes ;
Là des globes jumeaux qui tournent deux à deux ; Au milieu, cette étoile effrayante, agrandie,
D’un coin de l'infini formidable incendie, Rayonnement sublime ou flamboiement hideux.…
.… C'est elle ! Eclair ! Voilà sa livide surface
Avec tous les frissons de ses océans verts !
Elle apparaît, s’en va, décroît, pâlit, s’efface,
Et rentre, atome obscur, aux cieux d'ombre couverts. Et tout s’évanouit, vaste aspect, bruit sublime...
Quel est ce projectile inouï de l’abime ?
O boulets monstrueux qui sont des univers ! !