‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 95 sur 138 · ST · texte numérisé non relu

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L'affreuse immensité n'était plus qu'une bouche Noire, et soufflant la pluie avec un bruit farouche. La nuée et le vent passaient en se tordant.

On eût dit qu'au milieu de ce gouffre grondant On entendait les cris de l'horreur éternelle 1.

Enfin le contraste de l'ombre et de la lumière servent à l'expression du sentiment du mystère, de l'infini, de l'audelà, dans ce passage où la forme s'abolit dans la vision de l'espace, où la distance donne seule le relief, et où l'artiste n'a plus d'autre idéal esthétique que le poétique et le sublime:

Les trois soleils, de loin, ainsi que trois prunelles, Le regardaient, et lui ne les regardait pas.

L'espace ressemblait aux plaines d'ici-bas

Le soir, quand l'horizon qui s'enfonce et recule Noircit sous les yeux blanes du spectre crépuscule. De longs rayons rampaient au pied du grand banni.

Derrière lui, son ombre emplissait l'infini.

Les cimes du chaos se confondaient entre elles ?.

Hugo retrouvera plus tard une couleur plus vive, un dessin plus net, un relief plus accentué, en écrivant la Légende des siècles. C'est que le sujet mème qu'il aura choisi le forçant à concentrer sa vision sur des événements particuliers, favorisera l'expansion de sa tendance vers l'absolu. Dans la Lin de Satan, tout au contraire, le sujet choisi porte l'imagination du poèle vers des régions mystérieuses. La tendance vers l'infini domine. Et pour cette raison, cette première partie du poème, écrite vers 1854, unit la recherche du surnaturel à l'impression du clair-obscur. L'élément spirituel prête ici le concours le plus actif à l'élément pittoresque : l'horreur, le mystère, le sentiment de l'au-delà, la présence latente d’une puissance formidable aident à la couleur de l'ensemble Le pittoresque est renforcé parle sublime. Le passage de l’art classique à l’art romantique est accompli.

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