‹ Le Pityriasis Rosé de GibertChapitre 26 sur 69 · I. —- THÉORIE MICROSPORIQUE · texte numérisé non relu

I. —- THÉORIE MICROSPORIQUE

Quelques années après, Vinar, dans une communication à la Société de Biologie (1879) décrit un champignon causant le « pseudo-exanthème », décrit par GiBerrT et Bazin, sous le

nom de Pitvriasis rosé. Cette affection, dit l’auteur, peut être aussi parasitaire. En effet, dans trois cas il a observé : « à la périphérie des squames les plus superficielles, des spores très petites de 1 à 3 millième de millimètres, réunies en petits groupes arrondis et qu'il distingue du Microsporon furfur et du Trichophyton. Ce parasite siège dans les couches moyennes de l’épiderme et dans les parties profondes de la couche cornée. »

Il en donne les principaux caractères suivants :

1° L’extrême petitesse des spores et une irrégularité de volume très particulière, qui lui a fait donner à ce parasite le nom de Microsporon anomoeon ou dispar.

La disposition en cercle autour d’une cellule épithéliale. On voit aussi des groupes, des amas de spores inégalement répartis sur des cellules ou entre des cellules qu’ils semblent écarter ou refouler, en détruisant leur coalescence.

3° La rareté des chaînes de spores.

Dans quelques préparations microscopiques on trouve des chapelets de 5 ou 6 sporules, ayant moins d’un millimètre de diamètre et présentant l'aspect de petils points noirs rangés en lignes.

4° L'absence, ou tout au moins la rareté extrême d'un mycélium.

Vipaz n'est d’ailleurs pas sûr d’avoir vu un mycélium. U à constaté la présence du parasite, non seulement dans l'épiderme, mais aussi dans l’orifice des poils. Ce parasite aurait, dit-il, une vague ressemblance avec un Microsporon découvert par Meaux (teignes chez les animaux domestiques et leur analogie ou leur identité avec celles de l'homme) sur les plumes d’un perroquet.

Quelques années plus tard, en 1882, Vinar donne le nom

DU

de : Microsporon anamoeon (Microsporon dispar) à son parasite, et le signale comme agent pathogène responsable du Pityriasis circiné et marginé; les noms proposés « avouos, dispar » s'appliquant à la faible dimension et à la taille irrégulière des spores. I! signalait en outre, dans sa description, que ces spores se rencontrent disposées en cercle autour de cellules épithéliales. Très rarement on rencontre 5 à 6 sporules en chapelets; celles-ci peuvent entourer le poil sans jamais l'altérer.

Il y a lieu de mentionner également les observations de Tannzer (304). Ce dernier, au cours d’un examen précis de squames colorées, a remarqué un petit amas de spores à côté de staphylocoques: pourtant lui aussi n’a accordé aucun crédit à celte constatation.

OPPenneim (245) de son côté, en faisant séjourner pendant 24 à 48 heures en « chambre humide » des squames de Pityriasis rosé, parvint à y découvrir des formes à double contour avant le caractère de l’oidium ou de champignon, ensuite il a trouvé des sarcines, prenant le Gram dont la culture réussit el avec lesquelles, après de nombreux essais d’innoculation,

il réussit une seule fois à provoquer une éruption typique de Pilyriasis.

BLAsHKO (37), examinant au microscope les squames de trois individus atteints de Pitvriasis, a remarqué quelques spores ressemblant, disait-il, à des levures analogues au bacille « bouteille » de Una.

Hi. — THÉORIE CRYPTOCOCCIQUE

Du Bois (de Genève), confirme en 1912 cette orientation my\cosique. Examinant les squames de {rois malades chez lesquels il avait porté respectivement les diagnostics de : Pityriasis rosé de GIBERT {ypique, Pityriasis circiné el marginé de \.-

DAL, Parakératose psoriasiforme disséminée de BrocQ à type de Pityriasis rosé de GIBERT, trouva à l'examen un champignon qu'il assimile au Microsporon anomæon ou dispar, décrit par Vipaz en 1882.

Ce champignon se présente, dit l’auteur, sous forme de spores rondes dont les plus grandes atteignent 5 u de diamètre. Elles se voient dans la gaine folliculaire rassemblées en amas. Il n'a pas constaté la présence de mycélium. Les cultures n'ont pas poussé et les tentatives d'inoculation par scarification furent infructueuses. Il illustrait sa communication de planches montrant l'aspect de mycoderme tel qu'il se présenlait au microscope.

Du Bors insistait déjà sur la technique particulière nécescire au prélèvement des squames.

Il condamne le procédé consistant à râcler à l’aide d’une lame de verre ou d’un bistouri, les plaques de l’éruption pitvriasique et à examiner ces produits entre lame et lamelle. Procédé grossier détruisant en grande partie les rapports des matériaux les uns par rapport aux autres. il est très important de respecter ce rapport :

« Il faut, disait-il, pour obtenir des résultats, soulever très délicatement, sans l’écraser, la surface cornée épaissie des éléments éruptifs jeunes. Cette opération se fait avec un scarificateur ou la lame d’un fin bistouri et l’on est étonné de voir avec quelle facilité on peut y arriver, même avant que les plissements ou la desquamation se soil faite au centre des éléments. »

Divers auteurs orientèrent leurs travaux dans ce sens el confirmèrent l'hypothèse de Du Bois.

Mais les détracteurs furent nombreux.

En effet, la thèse était fragile, elle ne s'’appuvait que sur quelques observations, aussi les travaux de MM. Joyeux,

Burner et Duck, étavèrent-ils d’une facon plus probante la théorie mycosique.

Ces auteurs présentèrent, en 1929, à la Société de Dermatologie, un malade atteint de Pityriasis rosé chez lequel ils avaient prélevé des squames el examiné celles-ci au microscope. Ils trouvèrent une levure analogue à celles décrites par Du Bois. Poursuivant leurs travaux, ils publièrent leurs résultats l’année suivante.

Ils examinèrent systématiquement tous les malades atteints de Pityriasis rosé ou de maladies connexes qui se sont présentés dans le service de M. le Professeur H. GouGERoT, de novembre 1929 à la fin de juillet 1930, leur statistique poursuivie est ainsi constituée :

Sur 32 cas de Pilyriasis rosé (ypiques, 30 examens microscopiques furent positifs. Les deux derniers Cas étaient des Pityriasis à leur déclin et pourtant les auteurs pratiquèrent jusqu'à 15 examens microscopiques.

Ils rapportaient d'autre part, 4 cas d’éruptions Pityriasiformes séborrhéiques ou toxico-alimentaires, dont l’examen fut négatif.

Mais ces auteurs s'élevèrent contre Ja terminologie de VipaL et l’assimilation proposée du Du Bots. Faisant rentrer le champignon qu'ils ont examiné dans le groupe des Blastosporés, ils rejettent la terminologie de Vinaz si le champignon examiné par ce dernier est le même que le leur, car disent-ils, le genre Microsporum (de GruBy, 1843) et non Microsporon comme dit Vinar, fait partie des Arthrosporés différents des Blastosporés. D'autre part, contrairement aux règles de la nomenclature, Vipar a donné deux noms à son espèce. Les auteurs estimèrent qu'il convient de prendre le premier terme cité anomæon, le second terme dispar n'ayant été ajouté qu'à titre explicatif. [ls proposent donc de faire rentrer ce champignon dans le genre provisoire Cryptococcus

ne

(selon KUTzING), puisqu'on ne connaît jusqu’à présent que sa multiplication par bourgeonnement.

Ils lui donnèrent le nom de « Crytococcus anomœus ».

Le Professeur GOUGEROT, reprenant la question l’année suivante, au Congrès de Dermatologie, proposa d’honorer la mémoire de Du Bois, qui avait le premier décrit le cryptogame de l'affection qui nous occupe, en le désignant désormais sous le nom de « Cryplococcus Duboisit ».

En 1934, Paorinos, partageant entièrement cette manière de voir, publiait quatre observations de Pilyriasis rosé, dans les squames desquels il avait trouvé un cryplogame analogue à celui décrit par Du Bois.

Depuis la publication de Du Bois, la littérature médicale ne renferme guère qu'une quarantaine de cas où se trouve signalée la présence de levures dans les squames de l’éruption. Celà suffit-il pour conclure d’une façon certaine à l’oricine mycosique de cette affection ? Il nous paraîl téméraire de l’affirmer. Notre seul souci est d'apporter ici le résultat de nos observations personnelles à l’appui d’une théorie nous paraissant la plus vraisemblable.

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