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aussi à faire une aulre liypotlièse, à savoir si ces lamelles labyrinlliiques ne seraient pas des formations fœtales, vascularisées par des vaisseaux maternels. Personne n'a émis cette idée. Nous croyons avoir démontré que c'est cependant la seule qui l'éponde à la réalité.
Dans son mémoire de 1870 ', Ercolani consacre au placenta de la chatte un long chapitre, qui est une véritable monographie. Il se félicite (p. 21) d'avoir pu réunir une série d'utérus des 10% 15% 17'' jours, et d'avoir pu ainsi suivre pas à pas les premières phases du développement. Nous allons voir combien il se faisait illusion sur les âges attribués à ces gestations, et dans quelles singulières erreurs il est tombé par ce fait.
Pour la chatte dite au 10- jour de la gestation, cette date nous paraît rigoureusement exacte. Le diamètre Iransverse de la cavité du renflement de gestation était, dit-il (p. 23), de cinq millimèti'es ; et en effet le renflement de gestation qui nous a donné la ligure 88 (et les détails de la figure 90) était du 11" jour, et le diamètre transverse de sa cavité mesurait de 5 à 6 millimètres; il est donc bien probable que cette première chatte étudiée par Ercolani était réellement au lO'' jour, et en effet les descriptions qu'il en donne concordent entièrement avec ce que nous avons figuré pour le 11'= jour. Ce n'est pas un jour de distance qui peut amener ici de bien grandes différences. » La muqueuse utérine du renflement où s'est arrêté l'œuf, dit-il (p. 26), au 10" jour, n'a plus une surface lisse, comme dans l'utérus non gravide, mais se montre, à l'examen microscopique, toute couverte de follicules longs de 15 à 20 centièmes de millimètre (fig. 1, pl. 3, fig. XXXIV ci-contre).
1. G. B. Ercolani, Sul processo formativo délia porzione glaniMare o materna délia placenta. Bologna, 1870. — Dans l'analyse que nous allons donner de ce travail nous laissons de côté les nombreuses pages où Ercolani traite, d'une part, de l'ulcrus des poissons plagiostomes, d'après les recherches de Bruch, utérus dont les prolongements lamelliformes l'ont amené à sa conception du placenta de la chatte, et d'autre part de l'épaisseur comparée de la muqueuse utérine de la chatte au niveau des renflements de gestation et au niveau des rétrécissements interposés; dans ces rétrécissements, il aurait vu la lumière du canal s'oblitérer au début de la gestation, pour se reconstituer ultérieurement; et il s'appuie sur toutes ces dispositions pour conclure que le placenta est une néoforniation glandulaire. Toutes ces parties de son mémoire sont pour nous des hors-d'œuvre. Mais par contre, nous croyons devoir donner avec détail la partie de sou mémoire qui nous intéresse directement, parce que nous y trouverons l'occasion de montrer comment nous comprenons que doit être laite la critique d'une opinion émise à propos delà structure d'un placenta; il faut faire le déterminisme des conditions dans lesquelles ont été conduites les observations, et, dans le cas présent, insister particulièrement sur la valeur réelle de l'âge attribué à ces pièces.
C'est à riiyperplasie et à l'hypertrophie des éléments du tissu conjonctif qu'est due la formation de ces follicules. » En comparant cette figure d'Èrcolani (fig. XXXIV ci-contre) avec nos figures 88 et 90, on voit qu'il a constaté et bien représenté les cryptes ou glandes courtes qui se développent alors à la surface de la muqueuse. C'est l'existence de ces cryptes (follicules d'après sa nomenclature) qui va être le point dé départ de toutes ses interprétations sur la formation du placenta. Pour notre part, ayant suivi l'évolution de ces cryptes aux 11% 12% 14^ jours (fig. 90, 92, 93), puis aux 19" et 24" jours (figures 97 et 108), nous les avons vus devenir graduellement semblables aux longues glandes préexis-
Fig. XX.XIV. — Ercolani, 1870. pl. III, fig. 1. — Coupe (le la muqueuse utérine de la chatte environ au 10' jour, dans la région où s'est arrêté l'œuf: — A, A, couche de petits follicules; — B, B, glandes utriculaires ; — C,C, tissu conjonctif hypertrophié.
tantes, subir les mêmes dilatations qu'elles, ne prendre aucune part à la formation du placenta proprement dit, mais former seulement la couche glandulaire sous-jacente.
Le second renflement utérin étudié par Ercolani étant dit du lo" jour, nous nous attendions à le voir décrire des dispositions analogues à celles que nous avons représentées dans nos figures 93 (14" jour) ou même 94, 97, 99 (19'' jour); or, ses descriptions et ses figures nous mettent en présence de formations semblables à cellesde nos figures 114 (26^ jour) ou 118 (âge plus avancé encore). 11 fallait donc essayer de contrôler cet âge de quinze jours attribué à sa seconde pièce, car nous savons combien sont trompeuses les indications de ce genre, et qu'il faut les compléter et les corriger par la mise en série des pièces d'après leurs dimensions et l'état de développement de l'embryon. Or Ercolani nous offre lui-même tous les éléments de ce contrôle, éléments dont il n'a pas pensé à
se servir, parce que ne disposant pas de pièces très nombreuses, il n'a pu être frappé des discordances qui se seraient aioi^s manifestées entre la mise en série d'après l'âge supposé et la mise en série d'après les dimensions. D'abord Ercolani note que du 10'' au 15' jour l'augmentation de volume du renilement de gestation est extrêmement prononcé, premier fait qui nous met en suspicion l'âge de quinze jours, car nous avons observé que dans ces premiers temps l'accroissement de volume est au contraire très lent. Puis Ercolani dit que le diamètre transverse de la cavité du renilement était de 11 millimètres. Or les renflements qui nous ont donné les figures sus-indiquées mesuraient comme diamètre transverse de leur cavité intérieure, bien moins de 10 millimètres; ce n'est qu'avec notre figure 106 fpl. IX) que nous arrivons à un diamètre transverse intérieur de près de 10 millimètres, et cette figure est d'un renflement âgé de vingt-quatre jours; il faut arriver jusqu'à la figure 12ïi (pl. XI) qui est du âB*^ jour, pour trouver nettement un diamètre transverse intérieur de 11 millimètres. Nous pensons donc rester largement dans les limites de la vérité en concluant que ce prétendu renflement de quinze jours était en réalité arrivé déjà au 27«, ou au moins au 26e jour.
Or, au 26'^ jour (voir la fig. 114, pl. X) la formation ectoplacentaire est apparue et elle est même déjà assez avancée dans son remaniement; sa surface est creusée des nombreuses dépressions où pénètrent les prolongements mésodermiques. En présence de ces dispositions, Ercolani a cru retrouver les cryptes (follicules) constatés au 10 ■ jour, mais dont la cavité serait devenue plus profonde et recevait dans son intérieur les villosités choriales. Sa description et ses figures, que nous allons reproduire, ne laisseront aucun doute à cet égard, et on concevra alors l'origine naturelle de ses erreurs, facilitées par une extrême tendance à demander à de pures hypothèses le complément de ce que n'a pu donner l'observation directe.
« Au quinzième jour, dit Ercolani (p. 28), des changements remarquables se sont produits dans la muqueuse des régions où commence la formation placentaire. La muqueuse est fortement épaissie, et l'examen microscopique montre que cet épaississement est dû surtout à ce que les bords des follicules précédemment décrits, se sont considérablement élevés (planche 3, fig. 2 en B; fig. XXXV, en A, ci-contre) et que de fines lamelles, provenant de la surface de
la meml)rono exierno de l'œuf (en D, llg. XXXV, A) se monlrenl nettement interposées entre les lames droites et verticales, repi'ésenlées par les parois des follicules. Avec un peu d'attention, on reconnaît facilement que du tissu conjoncîif sous-épitliélial a proliféré une couche délicate de cellules arrondies, extrêmement abondantes, qui constituent les lamelles utérines verticales sus-indiquées (en A; fig. XXXV, A), et à mesure que ces cellules se développent, il semble que les éléments épithéliaux, formant primitivement le revêtement interne des follicules, se ramollissent et se détruisent,
Fifr. XXXV. — En A. — Eroolaiii, 1870, pl. 111. lif;. 0. — « Coupe du placeula de la rhalte aux premiers débuts de son développement. Le tissu conneclif sous-épithélial hypertrophié (A, A, A), qui entoure les glandes utriculaives (E,E), s'est déjà transformé en cellules de la sérotine, qui s'élèvent en formant une série de lames (B.Bj; vers la surface fœtale du placenta, quelques-unes de ces lames se réunissent entre elles (C,C). Les espaces entre ces lames sont occupés par des prolongements du chorion (D,D), dans lesquels il n'y a pas encore trace de vaisseaux. » — 11 sera facile de reconnaître que cette figure d'Ercolani répond à la Qg. 114 de notre pl. X.
En B. — Ercolani, 1870, pl. III, fig. 'i. — Gomme la figure précédente; seulement les lames de cellules sérotines, beaucoup plus développées, se replient sur elles-mêmes.
car en portant son attention sur les bords des lamelles les plus jeunes et les plus courtes, on y voit comme une couche molle dans laquelle apparaît par places quelque rare cellule épithéliale. Los éléments de nouvelle formation qui constituent les lamelles en question forment encore une couche mince (en A; llg. XXXV, A) qui a pris la place de l'ancienne couche connective sous-épilhéliale de la muqueuse utérine, et qui se prolonge plus profondément autour des glandes utriculaires, déjà très dilatées à ce stade de développement.
« Très rapide et très remarquable est l'accroissement en hauteur de ces lames utérines qui sont obligées de se replier sur elles-mêmes
(planche 3, fig. 4; (ig. XXXV, B, ci-contre), et deviennent finalement très sinueuses, comme on le voit clans la fig. 4 de la pl. 3. (fig. XXXV, B, ci-contre). Pendant ce temps les lamelles choriales ont de leur côté augmenté de volume, et, toujours interposées aux lamelles formées uniquement de cellules sérotines, elles en suivent les plis multiples. Ces lamelles choriales (en d, lig- XXXV, B, et XXXVI, A) augmentent de volume, d'épaisseur, ce qui n'a pas lieu pour les lamelles utérines formées de cellules sérotines (en d, mêmes figures).... C'est seulement à la quatrième semaine de la gestation qu'il m'a été possible d'observer la vascularisation indiquée sur les
ri,!,'. X.WVI. — Kn A, Ei-colani, \>\. III, fig. 5. — Etal Irès sinueux des lames de la
séroUne {B.B)^ à une période plus avancée du développement. Il faut remarquer spécialement les nombreuses ouvertures (0,0), placées dans les lames B,Bi ouvertures qui ne sont autre cliose que les sections transversales des vaisseaux maternels plongés dans les lames en question. A ce stade, quoique la portion maternelle du placenta soit bien vascularisée, il n'y a pas encore de trace de vaisseaux dans les lames choriales (D,D.). — En B, Ercolani, 1S70, pl. IV, fig. 3 : Schéma résumant les phases successives du développement du placenta de la chatte. — A, 'parois utérines; — B, glandes utriculaires dilatées et déformées ; — C, tissu eonjonctif utérin ; — D, corpuscules de tissu conjonctif transformés en cellules de la sérotine ; — E, une lame de cellules de la sérotine à l'état représenté dans la figure XXXV (.A) ; — F, une autre lame à l'état représenté dans la figure .XX.KVI (A) ; — G, G, chorion : — H, H, lames choriales non encore vascularisées ; — I, lame sérotine dont les éléments centraux se transforment en cellules conjonctives; — L, lame choriale vascularisée; — M, vaisseaux ombilicaux ; — N, vaisseaux des viUosités; — 0,0, P,P, follicules glandulaires du placenta (O, leurs ouvertures ; P, leurs extrémités en cul-de-sac); — Q,Q, courts tubes de communication entre les follicules voisins.
coupes par la présence d'orifices circulaires qui représentent les sections transversales de vaisseaux utérins (pl. 3, fig. 5; flg. XXXVI, A, ci-contre). Ces lumières vasculaires sont relativement larges dès le début, et d'un calibre régulier, dispositions qui me font penser que chez la chatte, comme je l'ai observé dans la formation des follicules glandulaires de la biche, la portion maternelle du placenta se vascularise par la transformation en vaisseaux des corpuscules con-
jonctifs. J'ai constaté ce mode de vasciilarisation plus nettement encore dans la lame inlerne du chorion de la chatte. Mais, laissant pour le moment cette question, qu'il me suffise de faire remarquer que, chez la chatte, à la quatrième semaine de la gestation, la vascularisation est complète dans les lames de nouvelle formation de la portion maternelle du placenta, et qu'il n'y en a pas encore trace dans les lamelles choriales, qui cependant ont considérablement augmenté de volume. » (Nous avons précédemment insisté sur cette tardive vascularisation allantoïdienne.) «Entre la quatrième et la cinquième semaine, continue Ercolani ^■(p. 29), une modification importante se produit dans les lames maternelles ; la vascularisation en est moins visible, et, chose essentielle, la partie moyenne de ces lames n'est plus formée par les cellules arrondies dites sérotines, mais par des éléments de tissu conjonctif provenant de la transformation de ces cellules. Alors les changements qui se produisent pour compléter le développement du placenta sont singulièrement importants, et leur interprétation m'a présenté les plus grandes difficultés, parce que les lames utérines, et par leur forme et parleurs dispositions (en B ; fig. XXXVI, A), sont facilement confondues avec les tubes glandulaires alors en voie de formation. Mais une observation attentive fait reconnaître entre ces deux formations une difïércnce capitale, à savoir que, depuis le début de l'apparition des lames maternelles (fig. XXXY, A), jusqu'à leur complet développement, les lames choriales sont toujours interposées à ces lames utérines, tandis que dès que des vaisseaux appai-aissent dans les lames choriales, ces vaisseaux fd'taux sont contenus dans les lames maternelles, là où précisément, dans une période antérieure, on constatait la section des vaisseaux maternels (fig. XXXVI, A; en C). Les doutes qu'on éprouve d'abord pour interpréter ces faits disparaissent bientôt en considérant que par suite de la ti'asformation en tissu conjonctif des éléments de la couche moyenne de chaque lame maternelle celles ci se dédoublent, une de leurs moitiés latérales va se souder avec la moitié correspondante de la lame voisine semblablement dédoublée, et ces deux moitiés accolées embrassent entre elles les vaisseaux fœtaux
d. Il va sans dire (iirErcoIani n'a coiiainemiMit rien vu de semblable; c'est une pure liypoUièsc, pour raeUre les faits d'accord avec la singulière confusion qu'il a faite, entre les vaisseaux fœtauv et les vaisseaux maternels, faute de les avoir injectés; confusion dont il a fait plus tard l'aveu complet (Voir l'Iiistoriiiue du placenta de la cliienne).
développés dans les anciennes lames choriales interposées, et ainsi se forment les tubes glandulaires sinueux tels que je les ai décrits dans le placenta de la chienne (fig. 1 et 2 de la planche 8 de mon précédent mémoire)*, et tels que je les représente aujourd'hui, dans la flg. 2 de la planche 4 pour le placenta complètement développé de la chatte. Pour donner plus de clarté à l'étude de ces faits compliqués, j'en donne dans la flg. 3 de la pl. 4 (flg. XXXVI, B, cicontre) un dessin schématique qui représente une coupe verticale complète de l'utérus et du placenta pour montrer les permutations successives par lesquelles passent les lame^ utérines de la sérotine. En A, sont les parois utérines, en B les glandes utriculaires dilatées et déformées, en G le tissu connectif utérin sous-épithélial qui enveloppe encore les glandes utriculaires, en D la formation des cellules de la sérotine, résultant de l'hypertrophie des corpuscules du tissu conjonctif, en E la formation des lamelles utérines par ces cellules de la sérotine. La série juxtaposée de ces lamelles montre toutes les transformations que j'en ai décrites ci-dessus; en effet, on voit la vascularisation de ces lamelles, entre lesquelles sont interposées les lamelles choriales provenant du chorion G et encore non vasculaires; puis en I on assiste à la première indication du dédoublement des lames de la sérotine, par le fait que les cellules de la couche moyenne de ces lames se transforment en tissu conjonctif; en même temps on voit, en L, se produire la vascularisation d'une lamelle choriale (voir en M une branche des vaisseaux ombilicaux, et en N les vaisseaux de la portion fœtale du placenta) ; puis, stade plus avancé, on voit la réunion de deux parties latérales de deux lames voisines pour former un tube glandulaire dont l'ouverture, à la surface fœtale du placenta, est indiquée en 0, tandis que en P est marquée son extrémité profonde, terminée en cul-de-sac, du côté de la surface maternelle; enfln en Q sont représentés, soit en coupe transversale, soit en coupe longitudinale, les courts canaux qui mettent en communication directe ces tubes glandulaires. Dans la flg. XXXVI, A, sont représentées, avec leurs dispositions réelles, les diverses parties désignées sur ce schéma par les lettres 0, P, Q. » {Op. cit., p. 30 et 41.)
« Par la comparaison de ce schéma avec les flgures qui représentent les dispositions réelles des choses j'espère qu'il sera facile de se
i. Voir, ci-dessus (placenta du Chien), les fig. XVIII et XIX, dans le texte.
former une idée claire des faits principaux qui se déroulent pendant l'évolution du placenta de la chatte, depuis le premier moment où les cellules sérotines apparaissent, puis s'élèvent en nombreuses lames maternelles, jusqu'à la formation des tubes glandulaires complets. La transformation en tissu conjonctif de la partie centrale des lames utérines de la sérotine est le moment le plus important pour l'intelligence de la formation des tubes glandulaires, lorsque le placenta arrive à son développement complet. — Les éléments cellulaires de nouvelle formation qui se développent dans les couches superficielles de la muqueuse utérine de la chatte, là où se formera le ^ placenta (pl. 4, fig. 5 ; fig. XXX VH, ci-contre), et qui s'étendent dans
Fig. XXXVII. — Ercolani, 1870, pl. IV, fig. 5. — Cellules de la sérotine de la châtie à un grossissement de 500 diamètres; la préparation est prise dans la couche qui est en contiguïté avec l'utérus et de laquelle s'élèvent les lames de cellules sérotines.
la profondeur pour envelopper les glandes utriculaires, en même temps qu'ils s'élèvent vers la surface pour former les lames utérines, et ultérieurement les tubes glandulaires qui sont la portion maternelle du placenta, ces éléments, disons-nous, ne sauraient à aucun égard être confondus avec les cellules épithéliales qui existaient primitivement sur la muqueuse utérine. La logique des faits et une observation continue forcent de considérer ces nouveaux éléments cellulaires comme représentant les cellules de la sérotine humaine, quoique, sur le placenta achevé, ces éléments perdent les caractères des cellules de la sérotine pour affecter la disposition d'un organe glandulaire parfait. »
Dans son mémoire de 1877, Ercolani ne revient pas d'une manière spéciale sur le placenta de la chatte; il parle en bloc de la chatte et de la chienne, rectifiant la singulière erreur qu'il avait commise pour la chienne dans son mémoire de 1869, et pour la chatte dans celui de 1870. Nous avons vu précédemment (voir l'analyse de son travail à propos de notre fig. XX, dans le texte) comment il avoue
que toutes ses erreurs provenaient de ce qu'il avait négligé d'injecter les vaisseaux.
De même dans son mémoire de 1880, il reproduit ses anciennes descriptions, c'est-à-dire insiste sur les cryptes qui apparaissent au dixième jour, et dont les parois deviendront les lames maternelles du placenta ; seulement dans les éléments de ces lames (1880, p. 75) il voit désormais des cellules périvasculaires; nous avons, dans l'historique du placenta de la chienne, assez insisté sur ces théories pour pouvoir nous dispenser d'y revenir ici.
Turner a publié un assez grand nombre de détails sur le placenta de la chatte. En s'en tenant aux nombreuses analyses et abrégés de ses descriptions telles qu'on les trouve reproduites dans divers de ses ouvrages, ses résultats paraissent simples et nets. Ainsi, dans un article déjà cité {Revue des sciences médicales, tome VIII, p. 458), Farabeuf résumait ainsi les résultats de Turner : Les villosités clioriales de la chatte sont foliacées, sinueuses, frangées à leur extrémité libre; elles s'engrènent avec des lames et lamelles qui forment les cloisons des cryptes utérins, de sorte qu'il est impossible de décoller le placenta du chat, une fois la gestation à moitié accomplie, sans emporter en même temps une couche qui n'est autre chose qu'une caduque utérine. Ces cryptes, qui reçoivent les villosilés choriales, sont de nouvelle formation, selon la conception d'Ercolani ; en effet, bien qu'il y ait des glandes dans la zone placentaire de la muqueuse, celles-ci sont bien moins nombreuses que les cryptes les plus profonds, et rien n'autorise à croire que ceux-ci résultent de la dilatation des orifices de celles-là, car jamais Turner n'a pu constater de continuité par abouchement.
Mais quand on lit avec soin les descriptions de Turner, en cherchant si réellement il a eu à sa disposition des pièces assez nombreuses et assez régulièrement sériées pour suivre réellement le développement des parties, on voit que ces conclusions, en apparence si nettes et si précises, sont de pures hypothèses, et par suite des erreurs, moins grossières il est vrai que celles d'Ercolani.
En effet le plus jeune renflement de gestation qu'ait étudié Turner* avait une longueur, dit-il, de huit dixièmes de pouce, c'est-àdire de 2 centimètres. Or nous avons disposé de deux chattes ayant
1. N. M. Turner, Lectures on the comparative anatomy of the placenta. Eudiaburgh, 1876, p. 12 et suiv.
des renflements de cette même dimension; toutes deux étaient au 26"^ ou 27"= jour de la gestation, et c'est l'une d'elles qui nous a donné la fig. 114. C'est donc sur la fig. 114 qu'il faut suivre la description de Turner pour comprendre la signification réelle des choses dont il parle. On voit alors nettement que ce qu'il appelle cryptes n'est autre chose que les dépressions de la masse ectoplacentaire dans lesquelles pénètrent des prolongements mésodermiques qui effectuent le remaniement de l'ectoplacenta. « La surface fœtale du placenta, dit-il, est percée d'une série d'orifices très nombreux, à peine visibles à l'œil nu, mais bien distincts avec une loupe; ce sont les embouchures des puits ou cryptes dans lesquels plongent les villosités du chorion. Ces dispositions chez le chat sont évidemment les mêmes que celles décrites par Sharpey et par Bischoff chez la chienne, quoique pour ma part j'interprète leur mode de formation d'une manière différente que ne le font ces deux anatomistes » (p. 72)*. Eh bien, non! Ce dont parlent Sharpey et Bischoff, ce sont des cryptes glandulaires de nouvelle formation, qui apparaissent chez la chatte comme chez la chienne avant la fixation de l'œuf à la muqueuse utérine, et, chez la chatte, nous en avons représenté le développement dans nos figures 90, 92, 93; avec ces figures, nous étions aux 11™^ et 15"°= jours de la gestation. Or la description de Turner se rapporte aux 26"'= ou 27"° jours. Dans cet intervalle bien des transformations et des productions nouvelles ont eu lieu : l'épaisse formation ectoplacentaire a pris naissance, et en elle se sont enfoncés les prolongements mésodermiques qui en effectuent le remaniement, prolongements qui ne sont pas des villosités (dans le sens de villosité composée d'un corps mésodermique avec revêtement épithélial), mais qui sont seulement des poussées mésodermiques; et ces prétendues villosités ne pénètrent pas dans des glandes préformées, mais se creusent une loge dans la masse ectoplacentatre qu'elles remanient : entre ces loges sont des cloisons
1. Turner donne, du placenta du chat, d'abord trois excellentes figures (pl. I) représentant admirablement tout ce qu'on peut observer sur de bonnes injections ; pour la disposition des éléments anatoaii([ues et des formations fœtales et maternelles, il donne (pl. II) deux figures médiocres, et dont l'examen n'est guère propre à éclairer les descriptions du texte. C'est pourquoi nous engageons le lecteur ii suivre sur nos propres figures ces descriptions pour arriver ii en avoir une interprétation exacte. On verra notamment, en examinant sa figure fl, qu'il confond en une seule couche la formation ectoplacentaire el la couche des glandes dilatées, ne désignant comme couche glandulaire proprement dite que les parties profondes, non modifiées, des glandes utérines.
de tissu ectoplacentaire (voir notre flg. 117). Aussi Turner ajoute-t-il (toujours page 72) : « sur une coupe horizontale le placenta montre une disposition réticulée, et les glandes en crypte constituent les mailles ou interstices de ce reticulum )>. Mais alors apparaît l'erreur complète d'interprétation, erreur causée uniquement par le manque d'étude de pièces plus jeunes, lorsqu'il ajoute : « Comme les trabécules qui circonscrivent ces mailles sont formées par la muqueuse utérine épaissie, ces trabécules doivent nécessairement être constituées par les éléments mêmes, légèrement modifiés, de la muqueuse ; à leur surface est une couche épithéliale, dont les cellules figurent de courtes colonnes, avec noyaux circulaires ou ovoïdes, très réfringents. Ces cellules reposent sur un tissu sous-épithéhal délicat dans lequel se ramifient les capillaires maternels. » (Pages 72 et 73.)
On comprend donc que Turner ait vainement cherché à trouver une continuité entre les vraies glandes, formant la couche glandulaire bien distincte, et les prétendus cryptes qui ne sont que des dépressions mésodermiques creusées dans la lame ectoplacentaire; on comprend qu'alors il nie tout rapport entre les glandes et ces prétendus cryptes de nouvelle formation; mais ces prétendus cryptes n'ont rien à voir avec les cryptes de Sharpey et Bischoff (comparer nos figures 93 et 114); il s'agit dans les deux cas de formations complètement différentes, et les auteurs, en employant les mêmes dénominations, n'ont pas parlé des mêmes choses, et cela toujours parce que Turner, comme tant d'autres qui l'ont suivi, n'a pas observé tous les stades de l'évolution de ces parties, et qu'il croit pouvoir contrôler, par des études faites au vingt-sixième ou vingt-septième jour de la gestation, d'autres observations qui se rapportent au onzième jour. Voici à cet égard les termes mêmes de Turner (sur ce placenta d'un renflement utérin long de 2 centimètres) : « J'ai attentivement examiné ces trabécules et les mailles qu'elles circonscrivent (cryptes), pour me rendre compte de leurs relations avec les glandes tubulaires sous-jacentes. Sur des coupes verticales, ces glandes sont bien distinctes, sectionnées dans diverses directions, disposées en une couche de tissu conjonctif située plus profondément que les cryptes. Parfois les glandes sont séparées de la couche des cryptes par une bande relativement épaisse de tissu conjonctif, mais par places elles sont immédiatement sous-jacentes aux cryptes. J'ai examiné bien des préparations pour chercher à voir si le canal d'une glande s'ouvre dans un crypte, ou s'il passe
dans les Irabécules interposés aux cryptes pour aller s'ouvrir isolément à la surface; mais, vu la complexité des parties et le grand nombre des cryptes de nouvelle formation, je n'ai pu réussir à arriver à reconnaître ces orifices. » Il compare alors le nombre des glandes à celui des prétendus cryptes, constate que les premières sont bien moins nombreuses que les seconds, et en conclut que rien n'autorise à croire que les cryptes résultent de la dilatation des orifices des glandes primitives. Si le lecteur a bien voulu suivre toute cette discussion en ayant sous les yeux notre figure 114, il n'aura certes pas de peine à admettre la conclusion de Turner, puisqu'il aura bien compris que les prétendus cryptes de cet auteur n'ont rien à voir avec la muqueuse utérine, mais sont creusés dans la formation ectoplacentaire, d'origine fœtale, par la pénétration des prolongements mésodermiques allantoïdiens.
Turner appuie encore ses interprétations sur l'étude d'un second renflement de gestation dont la longueur était de deux pouces et demi, c'est-à-dire d'environ 40 millimètres. C'est à peu près la dimension que présentait le renflement qui nous a donné la fig. 120, et nous estimons, par approximation, que l'âge correspondant doit être de trente jours ou un peu plus. Sur ce placenta il constate (p. 74) que les villosités clioriales se dégageaient encore facilement des cavités des cryptes correspondants; les cryptes étaient plus dilatés que dans le stade précédent (comparer en effet nos figures 117 et 130 pour voir comment s'élargissent les prolongements mésodermiques et comment s'amincissent les lamelles ectoplacentaires ou angioplasmodiales interposées); ces cryptes, dit Turner, sont tapissés par un épithélium dont les cellules présentent par places une forme cylindrique, mais dont un certain nombre sont gonflées ou sont devenues irrégulièrement polyédriques. . . . L'extrémité profonde, terminée en cul-de-sac, de ces cryptes, est séparée de la couche musculaire par une large bande bien distincte, dans laquelle on trouve des portions de glandes tubulaires sectionnées selon les directions les plus diverses. Ces glandes sont dilatées; elles sont moins nombreuses que les cryptes sus-jacents, et jamais on ne peut observer d'une manière nette une communication entre les ouvertures de ces glandes et les cryptes. « Je suis donc amené à conclure, dit Turner (pages 74-75), que les cryptes formés au début de la gestation ne sont pas dus à une dilatation des embouchures des glandes tubulaires, mais qu'ils résultent d'une hypertrophie de la
muqueuse interglandulaire, laquelle produit des plis et dépressions multiples qui affectent la disposition en cryptes. A cet égard mes observations concordent avec celles d'Ercolani. » Malheureusement oui, elles concordent avec celles d'Ercolani; c'est-cî-dire que la même erreur, et pour les mêmes causes, a été commise par ces deux auteurs.
Après Turner nous citerons, mais pour mémoire seulement, un travail de Pacanowski : le mémoire a été publié en polonais, et ne nous est connu que par l'analyse très détaillée qu'en donnent Hoffman et Schwalbe. Ici, il n'y a plus rien d'analogue aux erreurs d'Ercolani et de Turner; l'auteur paraît avoir bien observé l'ectoplacenta, qu'il nomme couche placentaire, mais il n'a pas vu son origine ectodermique et le prend pour une formation utérine '.
Chez la chatte, Pacanowski distingue en effet quatre stades dans la formation du placenta : — Dans le premier stade se produit une végétation active des glandes et de l'épithélium de la surface; les glandes préexistantes donnent naissance à des bourgeons latéraux, en même temps que l'épithélium de la surface s'enfonce pour former des dépressions glandulaires tubuliformes; telle est l'origine de la couche glandulaire du placenta. Dans le second stade on voit le tissu conjonctif des cloisons inter-giandulaires proUférer et donner naissance à la couche placentaire ; c'est donc la partie superficielle de la muqueuse utérine qui se transforme en placenta proprement dit. — Dans un troisième stade les villosités choriales commencent à pénétrer dans cette couche placentaire. — Entin le quatrième stade aboutit à la formation du placenta achevé. La végétation des glandes débute par leur extrémité supérieure, c'est-cà-dire du côté de leur embouchure, puis les glandes se dilatent jusque dans leurs parties profondes; leur épithélium se multiplie par division indirecte des noyaux, et les cellules, primitivement cylindriques, deviennent courtes et cubiques. Au cours du troisième stade, la couche placentaire devient de deux à quatre fois plus épaisse que la couche des glandes, laquelle devient de moins en moins distincte à mesure que les villosités choriales y pénètrent; finalement il ne reste plus, à l'état bien distinct, que la partie la plus profonde des glandes. Les villosités choriales descendent par places jusque dans ces extrémités
1. H. Pacanowski, Le développement du Placenta chez quelques animaux. (En polo- .nais, dans le Komos. Lemberg, 1884.) — Voir analyse in : Hoffman et Sciiwalbe, Jahrsb. d. Anat. u. Physiol., 1886, tome XIII, pages 506 et SU,
profondes; elles sont constituées par du tissu conjonctif et recouvertes par l'épithélium maternel, c'est-à-dire par l'épithélium des glandes, l'épithélium propre (fœtal) de la villosité étant devenu tout à fait mince, puis entièrement méconnaissable, du moins pour la partie de la villosité qui traverse la couche placentaire; mais l'extrémité des villosités qui arrive jusque vers le fond des glandes utérines est revêtue d'un épithélium chorial de longues cellules cylindriques'.... A la limite entre le placenta fœtal et le placenta maternel on trouve des noyaux disposés dans une masse de protoplasma non divisé en corps cellulaires distincts; dans le placenta fœtal sont au contraire des cellules géantes qui sont sans doute homologues, dit-il, des cellules sérotines du placenta humain.
Avec Tafani reparaissent les mômes interprétations qu'avec Ercolani et Turner. Les considérations critiques que nous avons données à propos de ces deux auteurs sont donc également valables pour Tafani; nous ne les reproduirons pas, nous contentant de donner une analyse de ses descriptions, qui se laissent facilement résumer. Pour Tafani (op. cit., p. 55) % les éléments du placenta sont, de la part de l'utérus, des cavités glandulaires de nouvelle formation, apparaissant sous la forme de fentes ou fissures, et de la part de l'œuf, des villosités choriales plongeant dans ces fentes glandulaires. Lorsque l'embryon mesure huit millimètres de long, l'épithélium qui revêt ces fentes glandulaires est d'une seule couche de cellules à peu près aussi hautes que larges, formées d'un corps protoplasmique et d'un noyau vésiculeux peu colorable, même par l'emploi de la safranine.... Outre cet épithélium, il n'y a, autour des vaisseaux maternels, presque pas de tissu conjonctif, de sorte qu'on pourrait dire que les parois des cavités maternelles recevant les villosités fœtales ne sont formées que de vaisseaux et d'épithélium... Ce système de cavités semble en communication avec les larges glandes ulriculaires sous-jacentes, quoique Turner déclare n'avoir pu constater cette communication. Cependant ce n'est pas à dire que toutes ces cavités, réceptacles des villosités fœtales, présentent à leurs extrémités profondes l'embouchure d'une glande utriculaire; quelques-unes seulement sont dans ce cas, ce qui est en rapport avec le nombre bien moins considérable des glandes