Ad. Richard, De la muqueuse de l'utérus, Paris
5. C. Robin, Mémoire sur la membrane muqueuse utérine (Société philomatique, 18 mars 1848).
Sharpey, représente la caduque, et son origine est due simplement à ce que cette partie de la muqueuse est devenue plus épaisse et plus vasculaire; les dépressions qu'elle présente et qui reçoivent les villosités fœtales, ne sont autre chose que les glandes sus-indiquées, dont le volume a augmenté et dont les orifices se sont dilatés. Les glandes simples ne subissent d'autre transformation que cette dilatation; mais les glandes composées présentent des modifications plus complexes. Leur long canal excréteur se dilate, immédiatement au-dessous de son ouverture, et forme ainsi une cavité tapissée d'épilhélium et pleine d'un liquide blanchâtre, très granuleux. Ces cavités forment au-dessous de la caduque une couche spéciale, et elles prennent, par compression réciproque, une forme polyédrique; au niveau de leurs embouchures elles sont considérablement rétrécies. » On voit que, sans tenir compte ici de ce que l'auteur dit des villosités fœtales, sa description est remarquablement exacte quant aux glandes longues et aux cryptes, et quant à leurs premières transformations. Presque aussitôt cette description fut confirmée par Bischofï. « La muqueuse utérine de la chienne, dit-il (op. cit., p. 14), présente de nombreuses glandes qui appartiennent à deux catégories distinctes : les unes sont représentées par des canaux qui traversent en serpentant toute l'épaisseur de la muqueuse et qui, en arrivant vers la profondeur de celle-ci, se contournent en nombreux pelotons ; pendant leur trajet ces canaux se bifurquent, souvent se trifurquent, mais peuvent aussi ne pas présenter de subdivisions; enfin ils se terminent en cul-de-sac; mais souvent aussi on voit deux canaux s'anastomoser. Les autres glandes sont représentées par d'innombrables cryptes simples, qui occupent toute la couche superficielle de la muqueuse ; leur présence donne à cette surface un aspect criblé » Nous reproduisons ci-contre deux figures que donne Bischofï de ces deux ordres de glandes, pour bien montrer la concordance de ses observations avec les nôtres.
La figure IX (Bischoff, pl. XIV, fig. 46) représente les deux ordres de glandes avant la gestation. La figure X (ibid., fig. 48) représente les mômes parties alors que la couche des cryptes prend un aspect caverneux ; cette seconde figure est moins heureuse que la première; évidemment la technique des coupes, au temps de Biscliolï, était encore très primitive, et si les préparations ainsi obtenues
1. Th. Ludw. W. Bischoff, Entwicklungsgeschichte der Hmde-Eies, Braunschweig,
étaient suffisantes pour donner une idée exacte des glandes au début (fig. IX), elles ne l'étaient plus pour permettre de se rendre compte de la disposition exacte de la couche des cryptes lorsqu'elle est devenue spongieuse. Mais on reconnaît en tout cas que
Fig. IX (d'après Bischoff). — A, cryptes glandulaires; B, glandes utriculaires proprement dites.
Bischoff a fort exactement interprété la manière de se comporter de chaque espèce de glande (voir l'explication de la fig. X).
Fig. X (d'après Bischoff). — Muqueuse utérine de la région placentaire au vingt-quatrième jour. On voit, dit Bischoff, que les cryptes (A) se sont dilatés et ont produit des culsde-sac latéraux, et que les glandes utriculaires proprement dites (C) se sont également dilatées au niveau de leurs embouchures (B).
A partir de ce moment les deux ordres de glandes furent généralement admis, et les glandes courtes désignées dans les traités classiques sous le nom de cryptes de Sharpey et Bischoff. Mais cette notion devait bientôt trouver des contradictions ou des interprétations différentes.
Ce fut d'abord Ercolani, qui, en 1869, nia l'existence des cryptes : « Les anatomistes, dit-il \ et les physiologistes ont accepté l'opinion de Sharpey, confirmée par Bisclioff, que chez les chiennes elles chattes il existe deux espèces de glandes utérines, les simples et les rameuses,.. Il était fort intéressant pour moi de vérifier une telle observation ; mais sur les sections verticales de l'utérus on ne peut obtenir que des portions de glandes coupées en travers. Je pensai donc que pour préparer quelques glandes simples ou cryptes, ou follicules, et des portions suffisantes de rameuses, il fallait peutêtre enlever, à l'aide d'un pinceau et par plusieurs lavages, les couches superficielles de l'épithélium de la muqueuse utérine, puis soulever avec une pince l'enveloppe la plus superficielle de la muqueuse ainsi dénudée; alors, je devais découvrir facilement, à l'aide du microscope, dans cette couche mince et superficielle, ce qu'il m'importait d'observer. L'expérience réussit, et par ce moyen j'ai obtenu plusieurs fois des glandes utriculaires entières de l'utérus de la chienne, telles qu'elles sont représentées dans la figure 1 de ma planche IL Mais toutes les recherches que j'ai répétées par ce même procédé n'ont jamais pu me faire observer une seule glande simple ou crypte dans l'utérus de la chienne. » Nous avons tenu à reproduire textuellement ce passage pour montrer à quelle méthode rudimentaire de recherches Ercolani avait eu recours. Mais ceci n'est rien; quand on se reporte à la figure à laquelle il renvoie et à la légende de cette figure, on voit avec étonnement qu'il s'agit de l'utérus d'une chienne à terme : « pli de la muqueuse utérine, dit la légende, d'une chienne à terme, appliqué sur une lame; l'épithélium a été enlevé en grande partie pour faire voir une glande utriculaire ou rameuse de l'utérus et pour montrer qu'il n'y a pas une autre espèce de glandes, dites simples ». Or il ne s'agit pas de retrouver les cryptes de Sharpey et Bischoff sur un utérus à terme ; il y a alors longtemps que ces glandes ont subi des transformations qui les ont d'abord rendues méconnaissables, puis en ont amené la disparition, ainsi que nous le verrons par la suite.
Plus digne d'attention est la manière de voir de Turner; il constate l'existence des cryptes en question, mais il nie leur existence indépendante : ces prétendus cryptes ne seraient que des portions
1. Ercolani, Mémoire sur les glandes utriculaires de l'utérus, etc. (Trad. fr. par Bruch. Alger, 4869), p. 21.
des glandes longues. « On sail, dil-il que Sharpey a décrit dans la muqueuse utérine de la chienne deux espèces de glandes, les unes courtes, simples, non ramifiées, les autres composées, formées par un long tube se divisant en ramifications tortueuses ; ces deux sortes de glandes s'ouvrant du reste côte à côte à la surface de la muqueuse. Cette description, concordant avec celle de Weber et de Bischoff, a été généralement adoptée par les anatomistes et les physiologistes ; cependant Ercolani, dans son premier mémoire sur la structure du placenta, déclare qu'il lui a été impossible de constater la présence de deux espèces de glandes. J'ai donc été amené à reprendre avec soin l'étude de la muqueuse utérine de la chienne non fécondée... Sur une coupe verticale, j'ai vu les longs tubes des glandes composées traversant la muqueuse jusque dans ses couches profondes, et entre ces glandes j'ai reconnu la présence de tubes courts et simples, de sorte que cet examen, à un faible grossissement, semblait au premier abord confirmer les observations de Sharpey, Bischoff et Weber, faites à un grossissement de 10 et 12 diamètres. Mais h un plus fort grossissement ces glandes , en apparence courtes et simples , se montraient très diverses dans leur longueur, les unes ne plongeant qu'à très peu de profondeur dans la muqueuse, les autres pénétrant très loin et présentant toutes les formes de transition vers les longues glandes tubulaires ramifiées. D'autre part, dans le tissu connectif sous-jacent aux glandes courtes se montraient des portions de tubes en apparence isolés, mais dont, par une attentive mise au point, on reconnaissait la continuité avec les glandes courtes, quoique cette continuité fût rendue peu visible parla présence du tissu connectif. Je suis donc porté à penser que les glandes utriculaires de la chienne, comme celles de nombre d'autres mammifères, sont disposées dans la muqueuse les unes verticalement, les autres plus ou moins obliquement, de sorte que sur les coupes perpendiculaires à la surface les unes ne se montrent que sur une faible étendue de leur trajet, d'autres sur une plus grande étendue, d'autres enfin sur toute leur longueur. J'en conclus que toutes ces glandes sont de longs tubes ramifiés, et que les différences observées dans leur étendue tient simplement à la manière dont elles sont intéressées par la coupe, et qu'il n'y a pas lieu d'admettre la distinction physiologique pro-
1. Turner, Lectures on tlie comparative anatomy of the placenta, Edinburg, 1876, p. 83.
posée par Bischoff en simples cryptes muqueux et glandes tubulaires proprement dites. »
Cependant, après Turner et Ercolani, de nouvelles recherches de contrôle sont venues confirmer les faits indiqués par Sharpey et Bischoff, en même temps que préciser les conditions et l'époque du développement des cryptes. En 1877, Altmann annonce que* : « les petites glandes utérines (cryptes) de Sharpey et Bischoff se rencontrent dès l'époque du premier rut; à partir de ce moment leur présence est constante, et elles ne manquent qu'accidentellement, par exemple dans les régions qui viennent de servir à l'insertion d'un placenta, car alors elles ont été éliminées avec la portion correspondante de la muqueuse. Le détachement du placenta se fait dans la couche des dilatations ampullaires des glandes, c'est-à-dire bien au-dessous de la couche des petites glandes ou cryptes. Les villosités choriales pénètrent jusqu'à ce niveau, et une mince couche conjonctive les sépare seule de l'épithélium des dilatations ampullaires. » Ces derniers détails sont relatifs à la conception qu' Altmann se faisait de la structure du placenta. Nous y reviendrons plus tard, mais nous devions les citer, puisqu'ils peuvent servir de réfutation à Ercolani.
Semblablement à Altmann, Friedlander ^ déclare avoir trouvé chez les chiennes en rut des glandes de deux sortes, des courtes et des longues, ces dernières existant seules en dehors de cette période, el d'autre part Solawjef (Comptes rendus de la Soc. de Marburg, 4877, p. 51) annonce que les petites glandes ne se développent qu'au temps du premier rut, pour ne plus disparaître après cette première apparition. Et cependant nous voyons encore, en 1889, Lombardini mettre en doute l'existence des cryptes de Sharpey et Bischoff : « Au huitième jour après la fécondation, dit-il % la muqueuse utérine présente une notable hypertrophie, mais conserve cependant son revêtement épithéUal cylindrique, spécialement dans les intervalles entre les chambres incuhatrices . Les glandes utriculaires très abondantes, avec prolongements latéraux en forme de bouton vers les extrémités périphériques, sont devenues très volumineuses vers leurs embouchures. Elles n'ont pas
1. Altmann, Ueber Pigmentbildung in der Uterinschleimhaut {Sitzmgsberichle der Gesellschaft z. Befordermg der ges. Naturwiss. zu Marbwg, 1877, p. 51-53).