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ceux qu'on observe dans le groupe des rongeurs. Faut-il, d’après cela, en s'inclinant devant la valeur du caractère embryologique, considérée comme absolue, éloigner le cobaye du groupe des rongeurs, groupe dans lequel les adultes constituent un ensemble d'êtres naturels à tous les points de vue? Ce serait là un résultat bien absolu, et qui, par son étrangeté, répugnera à tous les z00logistes. D’autre part, est-il bien certain que les observations ne doivent pas être reprises sur ce sujet, rendu aussi intéressant que curieux par l'exception qu'il présente ? »
De son côté, Balfour (Embryol., trad. fr., tome II, p. 250) s'exprime en ces termes : « Peut-on concevoir que ce qui est l'hypoblaste dans une espèce devienne l’épiblaste dans une espèce très voisine ? Pour moi, je ne puis le concevoir, et je suis réduit à l'hypothèse que, dans le cours de la fixation de l'œuf aux parois de l'utérus, il se produit une rupture des parois de la vésicule blastodermique et qu'elle se retourne de dedans en dehors. Il faut reconnaitre cependant que dans l’état actuel de nos connaissances sur le développement de l'œuf il n’est pas possible d'imaginer une explication satisfaisante de la manière dont cette inversion peut s'effectuer. »
Aussi n'est-ce pas la première fois que j'aborde cette question qui me préoccupait depuis longtemps, surtout au point de vue des lecons que, depuis 1880, je professe à l'école d’Anthropologie sur l'embryologie générale et comparée. En effet, en 188% parut le mémoire où Sélenka, grâce aux recherches de Kupffer et aux siennes propres, donne l'explication complète de l'inversion. A cette époque je m'occupais déjà du placenta des rongeurs, et j'avais réuni de bonnes coupes de l’utérus gravide du rat, de la souris et surtout du cochon d'Inde. Sur ces préparations je vérifiai quelques-uns des stades étudiés par Selenka, et je résolus de faire une série de leçons, à l'école d'Anthropologie, sur les feuillets inversés des rongeurs, heureux de pouvoir enfin m'expliquer sur un cas qui faisait tache dans l’ensemble de la théorie du blastoderme. Tel fut en effet le sujet de mon cours pendant tout le mois de mai 1886. Et je fus heureux de voir qu'un de mes auditeurs. plus tard agrégé des facultés de médecine, M. Assaky, ayant recueilli cette partie de mes lecons, put s'en servir pour la rédaction de sa thèse sur le blastoderme, en reproduisant les figures qui servaient à mes démonstrations ‘.
4. Georges Assaky, Origine des feuillets blastodermiques chez les vertébrés (Thèse d’agrég, de Paris, 1886). Voir p. 120 et figures 37, 38 et 39.
Enfin une dernière raison qui justifie les détails dans lesquels nous allons entrer sur l’inversion, c'est que, à propos du placenta du lapin, nous avons étudié des faits nouveaux relatifs aux dispositions de ses annexes, notamment l’atrophie d’un hémisphère de la vésicule, et le retournement de l’autre hémisphère. Or ces dispositions constituent déjà un premier degré d’inversion des feuillets, et c'est grâce à elles qu'il est possible aujourd’hui de faire une série graduelle depuis les rongeurs considérés comme ayant les feuillets normalement disposés (lapin) jusqu'à ceux qui présentent l’inversion la plus complète et la plus énigmatique. A la fin de la gestation (cidessus fig. XXIIT) l'œuf du lapin (ses annexes) est disposé de telle manière que la plus grande étendue de sa surface extérieure est formée par l’entoderme; c'est là un premier degré d’inversion. En prenant pour point de départ ce phénomène, et en le faisant accompagner d’une production très rapide de l’amnios, anticipant sur la formation de l'embryon, on arrive à une conception très simple et suffisamment exacte du processus d'inversion des feuillets.
Nous allons rapidement faire ces opérations schématiques : il nous semble que, grâce à elles, le lecteur, ayant déjà connaissance du résultat final auquel nous devons le mener, suivra avec plus d'intérêt et de facilité les études complexes qui le conduiront ultérieurement à ce résultat, et pourra à chaque pas apprécier le chemin parcouru.
Il s’agit de voir comment un œuf, tel que celui représenté par la figure XXXIV, peut se transformer en l'un des états représentés dans les schémas À et B dela figure XXXV, et de reconnaitre auquel de ces deux derniers schémas il répondra après sa transformation.
Supposons un œuf semblable à celui de la figure XXXIV, avec sa gouttière médullaire (GM) et sa gouttière intestinale (GI), et sur lequel ont déjà paru les replis amniotiques (AM); cet œuf est représenté dans la figure XXXVI, A, sauf que, pour plus de simplicité, nous ne figurons pas le mésoderme. Supposons qu'alors l'embryon gouttières médullaire et intestinale) s'arrête dans son développement, tandis que l'ammios s'achève et descend dans la cavité du vitellus, comme s’il contenait un embryon de plus en plus volumineux. Nous voyons (fig. XXX VI, B) le sac amniotique, avec le rudiment d'embryon, refouler au-dessous de lui l'hémisphère supérieur de la vésicule ombilicale. À un stade un peu plus avancé, le sac amniotique étant près de s’occlure (fig. XXXVII, C), on voit la
cavité vilelline, ou cavité de la vésicule ombilicale, par suite du refoulement sus-indiqué, prendre, sur la coupe, une forme en croissant. avec concavilé en haut, et par suite l'entoderme dessiner deux par-
: laire; — AM, AM, En B, l'embryon restant stationnaire dans son développement. l'ar former.
cours bien différents, l'un dans la concavité du croissant, l’autre dans sa convexité. C’est là un processus d’invagination que nous
Fig. XXXVII. — Suit
vité de l'amnios; —
id, entoderme dislal;
En C, l'amnios près de s'oc VO, cavité de la v — ep. ectoderme prox é oderme
En D, les feuillets distaux (id et ed) commencent à s'atrophier.
connaissons chez le lapin, où nous avons désigné ces deux régions de l'entoderme, la première sous le nom d'hémisphère supérieur, Ja seconde sous le nom d’hémisphère inférieur de la vésicule ombilicale. Ces dénominations sont trop longues, et nous entraveraient pour désigner des parties que nous devrons à chaque instant indi-
— ox =
quer dans ces études sur l'inversion. Adoptant, selon une nomenclature qui tend à s'introduire dans l’embryologie, les termes de proximal pour ce qui, dans une même formation, est plus près du centre, et de distal pour ce qui en est plus éloigné, nous appellerons désormais entoderme prorimal celui de l'hémisphère supérieur (ip, fig. XXXVIT et suivantes), et entoderme distal (id, ibid.), celui de l'hémisphère inférieur; de même nous pourrons employer les expressions d'ectoderme prorimal et d’ectoderme distal pour les régions correspondantes de l'ectoderme (ep et ed, dans les mêmes