C. — Période d'achèvement de l'ectoplacenta
Chez la souris, comme chez la lapine, la période d'achèvement de l’ectoplacenta est d'une courte durée, qui s'étend du dix-huitième au vingt et unième jour, et ce travail d'achèvement consiste surtout en des transformations cellulaires qui amènent la résorption d’un grand nombre de parties précédemment formées. Aussi la constitution du placenta à terme se trouve-t-elle singulièrement simplifiée; ses couches se réduisent en nombre, en même temps que certaines autres parties des annexes fœætales disparaissent, comme par exemple la caduque réfléchie. Toutes ces transformations étaient du reste déjà annoncées par l'état même des parties à la fin de la période précédente. Nous étudierons les évolutions qui caractérisent cette période d'achèvement, en les examinant d’abord dans la formation plasmodiale endovasculaire, puis dans l’ectoplacenta proprement dit (ou portion spongieuse de l’ectoplacenta, c'est-à-dire la portion qui renferme des capillaires fœtaux), et enfin dans la caduque réfléchie et les parois de la vésicule ombilicale.
1° Formation plasmodiale endorasculaire.
Nous avons laissé la formation plasmodiale endovaculaire envahissant non seulement les sinus de la caduque sérotine, mais pénétrant le tissu même de cette caduque de manière à la subdiviser en une série d'ilots de cellules vésiculeuses (fig. 154, pl. XIV, 47e jour). Lorsque cette transformation s’est étendue presque jusqu'à la limite externe ou supérieure de la caduque, la couche plasmodiale endovasculaire s'arrête dans sa marche envahissante:; les poussées qu'elle émettait comme autant de racines ramifiées dans la caduque (fig. 147, pl. XIIT) cessent de s’allonger; mais elles s’étalent, se rejoignent, se soudent les unes aux autres, de sorte que la couche plasmodiale se termine extérieurement par une
limite nette, c’est-à-dire par une couche continue de plasmode (la couche 4 de la fig. 166, pl. XV). Ainsi la formation plasmodiale endovasculaire présente chez le type rat-souris une importance et une individualisation qu'elle ne présentait pas chez le lapin. Chez celui-ci nous avons trouvé seulement (en / 4, fig. 57, pl. VI) une étroite lame limitante ectoplacentaire, formée par une série d'arcades limitantes qui réunissaient les extrémités correspondantes des lobules du placenta. Chez le type rat-souris nous trouvons une couche épaisse (3 et 4, fig. 166 et 176), bien limitée du côté de l’ectoplacenta proprement dit comme du côté de ce qui reste de la caduque sérotine, couche dans l’épaisseur de laquelle sont disséminés des ilots de cellules vésiculeuses. Les dispositions actuelles de cette couche ne répondent plus guère à son nom de formation plasmodiale endovasculaire, que nous lui conserverons cependant parce qu'il est justifié par son mode d’origine, et nous étudierons, dans cette couche, sa zone externe ou supérieure à propos de laquelle nous nous occuperons de la caduque sérotine, sa zone moyenne et sa zone inférieure ou interne.
A. — La zone ou limite externe de la couche plasmodiale endovasculaire (en 4, fig. 166) est formée uniquement par la substance plasmodiale de cette couche, c'est-à-dire qu'ici il n’y a pas d’ilots vésiculeux interposés dans cette zone, laquelle est seulement interrompue par la lumière des canaux donnant passage au sang maternel. Ainsi se trouve détruite toute continuité entre la mince couche de caduque sérotine (en 5, fig. 166) non envahie par le plasmode endovasculaire, et les parties de cette même caduque enclavées dans le plasmode sous la forme d'ilots de cellules vésiculeuses. À cette séparation de ces deux portions de la caduque sérotine primitive correspond une évolution et un sort bien différent pour chacune d’elles : toute la partie enclavée dans la formation plasmodiale s’est transformée en cellules vésiculeuses (ilots vésiculeux) et sera ultérieurement soit résorbée, soit entraînée et expulsée lors du détachement du placenta; nous l'étudierons dans un instant, avec la zone moyenne de la formation plasmodiale; au contraire la mince couche non envahie par le plasmode ne subit pas la transformation vésiculeuse, et nous allons examiner de suite sa constitution et ses transformations qui diffèrent selon deux régions distinctes, l'une périphérique, l’autre centrale.
La figure 166, qui est une section transversale du placenta du
rat à un stade correspondant au dix-huitième jour de la gestation de la souris, nous montre bien ce que sont les deux régions, l’une périphérique, l’autre centrale, de la sérotine. On voit en effet que le placenta n’adhère plus maintenant à l'utérus que par une partie centrale (en dedans du point désigné par la lettre M), tandis que toute sa partie périphérique (de M en SR) est libre de toute adhérence. À cette époque (18° jour) cette masse périphérique du placenta est recouverte par une mince couche de caduque non envahie par le plasmode endovasculaire; c’est la région périphérique de la sérotine, région dont la constitution est représentée dans la figure 168 (en SR). On y voit une stratification de cellules conjonctives, à noyaux ovales, à corps cellulaires peu distincts. Il serait bien superflu d’insister sur les dispositions de ces éléments, car si nous en parlons ici c'est uniquement pour dire que cette couche disparait bientôt. Obéissant aux processus de résorption qui se manifestent de facons si diverses dans les différentes parties __ des annexes fœtales, cette sérotine périphérique est graduellement résorbée, et on n’en trouve plus trace sur un placenta examiné tout à fait à la fin de la gestation (20° et 21° jour). Tel est celui représenté dans la figure 176 : on y voit que, dans la région comprise depuis le point SR jusque en M, la formation plasmodiale est à nu, c'est-à-dire qu'il n'y a plus trace de sérotine périphérique, et que la formation plasmodiale limite directement la fente étroite qui représente ici la cavité utérine et qui est limitée d’autre part par la paroi utérine revêlue d’une muqueuse.
Ainsi disparaît la partie périphérique de la sérotine. La partie centrale persiste au contraire, et servira même à la reconstitution de la muqueuse utérine après la parturition; nous devons donc dès maintenant en étudier avec soin la constitution. Elle forme (figures 166 et 176, en 5) une bande peu épaisse, interposée entre la formation plasmodiale endovasculaire (4, fig. 166) et la couche musculaire (6) de l'utérus. Sur les coupes d'ensemble, examinées à un faible grossissement, cette bande contraste par son aspect clair avec les parties voisines plus sombres. Quant à sa constitution, les figures 170 (pl. XV) et 180 (pl. XVI) nous montrent qu'elle est formée de cellules conjonctives étoilées, éparses au milieu d’une abondante substance amorphe, c’est-à-dire qu'elle a conservé la structure du chorion de la muqueuse utérine au début de la gestation. Ainsi cette partie ne mérite pas le nom de caduque sérotine
quant à sa constitution, puisque ses cellules n'ont subi aucune des diverses évolutions qui caractérisent les différentes parties de la caduque; elle ne mérite pas plus ce nom quant à son sort ultérieur, puisqu'elle n'est pas caduque; en effet elle ne se détachera pas lors de l'expulsion du placenta; la séparation se fera entre elle et la formation plasmodiale, et cette partie de la sérotine demeurera, représentant la surface utérine mise à nu. Nous lui donnerons donc désormais le nom de chorion de la sérotine, et nous verrons ultérieurement que ce chorion de la sérotine sert à reconstituer la muqueuse utérine de la région placentaire après la parturition.
Nous venons ainsi, à propos de la zone externe de la formation plasmodiale endovasculaire, d'étudier la caduque sérotine ; il nous faut maintenant revenir à cette zone externe de la formation plasmodiale, laquelle subit, pendant les quatre derniers jours de la gestation, une transformation intéressante. À mesure que ce plasmode s’est constitué en une couche continue, on voit grossir considérablement les noyaux dont il est parsemé, et en même temps la masse plasmodiale s'organise en énormes corps cellulaires autour de ces noyaux (figures 168, 170, 180). N'oublions pas que la formation plasmodiale endovasculaire est d’origine ectodermique (ectoplacenta); les grandes cellules auxquelles elle donne ici naissance méritent donc le nom de cellules géantes ectodermiques, sous lequel nous avons désigné déjà d'autres éléments semblables : développés à la périphérie de l’œuf. Il semble donc que c’est une loi générale pour l’œuf du type rat-souris que toute la périphérie de ses annexes fœtales arrive à être constituée par des cellules ectodermiques géantes. Au début, ces cellules ectodermiques géantes sont de simples modifications de cellules ectodermiques préexistantes (ectoderme distal et éléments périphériques du cône ectoplacentaire); plus tard, dans la région du placenta, elles proviennent de l'individualisation de masses plasmodiales autour de gros noyaux. C’est ce que nous avons déjà décrit à propos du bord du placenta (fig. 163, pl. XIV) au dix-septième jour; c'est ce que nous voyons maintenant se produire sur toute la face supérieure du placenta, au dix-huitième jour (fig. 168), au vingtième ou vingt el unième jour (fig. 170), chez la souris, et à un âge correspondant chez le rat (tig. 180, planche XVI). Seulement ces cellules géantes eclodermiques, formées par différenciation dans un plasmode, ne présentent pas un aspect aussi clair et aussi vésiculeux que les
EC, cellules géantes développées directement par l'ectoderme distal. Leurs membranes cellulaires sont moins nettes; leur contenu protoplasmique plus abondant, moins vacuolaire, se colore plus fortement par les réactifs (comparer les cellules des figures 168, 170, 180, avec les cellules géantes ectodermiques de la figure 129, pl. XI). Enfin faisons remarquer que cette individualisation du plasmode endovasculaire en cellules géantes est un fait général chez les rongeurs; nous le retrouverons chez le cochon d'Inde; mais le fait important est que nous l'avons déjà décrit chez le lapin (pl.-V, figures 48, 49, 50), chez lequel la formation plasmodiale endovas-
culaire est loin d'atteindre les proportions qu’elle présente chez la
souris; aussi son individualisation en cellules géantes n'arrivet-elle pas à constituer au placenta une couche limite continue; elle se fait irrégulièrement par places ; en la décrivant, dans la première partie de ce travail, alors que nous ne connaissions pas encore Pintensité que ces transformations nous présenteraient chez la souris, nous parlions seulement « d’une tendance présentée par le plasmode endovasculaire à s’'individualiser en cellules distinctes, remarquables par le volume des corps cellulaires et des noyaux ». Nous signalions aussi ce fait que le plus souvent chacune de ces grosses cellules renferme deux noyaux et plus, disposition qui ne se rencontre pas. ou seulement d'une manière tout à fait exceptionnelle, chez le rat et la souris. C'est qu'ici la segmentation du plasmode en cellules distinctes est plus complète en même temps qu'elle est plus étendue. — Vu la portée générale de celte transformation, on comprendra que nous ayons tenu à en représenter les divers aspects sur les figures 168, 170 et 180 (en G.); la figure 168 représente la couche plasmodiale endovasculaire de la région périphérique (SR, sérotine périphérique) d'un placenta de souris au dixhuitième jour ; la figure 170 représente la couche plasmodiale de la région centrale (CS, chorion de Ja sérotine) d’un placenta de souris tout à fait à terme; la figure 180 représente la même partie empruntée à un placenta de rat; enfin, déjà sur la figure 166, d'après un placenta de rat, et malgré le faible grossissement employé, on voit assez distinctement (en 4) la zone de cellules géantes disposées sur la limite de la formation plasmodiale (4), et on embrasse dans une vue d'ensemble la continuité de cette traînée de cellules géantes avec celles qui ont apparu par un processus semblable sur le bord même du placenta (en 7), puis avec celles,
de formation plus ancienne (ectoderme distal), qui constituent actuellement (en 8) la couche la plus externe des enveloppes de l'œuf (après résorption de la caduque réfléchie), c’est-à-dire qu'on constate comment la périphérie de l’œuf est actuellement circonscrite absolument de tous côtés par des cellules géantes ectodermiques.
B. — La zone moyenne de la formation plasmodiale endovasculaire nous présente à considérer le plasmode et les îlots vésiculeux qu’il circonserit.
Le plasmode présente par places des aspects assez variés, tantôt formé de masses compactes, comme dans la figure 170 (en A), tantôt . découpé en fins réseaux à mailles étroites, avec un noyau dans chaque nœud du reticulum (en A, fig. 168). Ainsi que la figure 168 nous semble le faire bien saisir, ces masses réticulées résultent de la végétation du plasmode dans la cavité de gros sinus utérins sur la paroi desquels la formation plasmodiale s'était d’abord étalée, comme nous l'avons vu à la fin de la période. Les noyaux de cette zone moyenne du plasmode présentent les dimensions les plus diverses, mais en général ils sont d'autant plus volumineux qu'ils sont situês plus haut, plus près de la zone ou limite externe, et on passe ainsi insensiblement vers cette zone, où se fait graduellement l'individualisation de corps cellulaires distincts autour des noyaux les plus volumineux. Chez le rat on voit déjà, dans cette zone moyenne, autour de noyaux encore peu volumineux, se dessiner déjà des corps cellulaires distincts (en A, A, fig. 480, pl. XVI), remarquables par leur configuration fusiforme, à grand axe dirigé parallèlement à la surface du placenta: les noyaux de ces cellules ont eux-mêmes une forme légèrement ovoïde. Nous signalons ces détails, qui sont ici de peu d'importance, mais que nous retrouverons chez le cochon d'Inde, et qui doivent être connus afin d'interprêter les descriptions de certains auteurs, notamment la prétendue couche de fibres musculaires lisses décrite par Klebs à la périphérie du placenta.
Les îlots vésiculeux circonscrits par le plasmode nous sont déjà connus quant à leur origine. Nous avons vu, à la fin de la période précédente, qu'ils représentent les éléments de la caduque sérotine envahie par la formation plasmodiale endovasculaire. Sur la figure 166 on voit encore ces diverses parties de la caduque rattachées entre elles par des ponts de substance, lesquels sont bientôt
brisés par la formation plasmodiale s'étendant d’un sinus à l’autre à travers les cloisons interposées au sinus. Le tissu maternel de la caduque sérotine est ainsi émietté en petits ilots noyés de toutes parts dans le plasmode (voir les figures 164 et 176 pour une vue d'ensemble). Les éléments de ces îlots sont tous, nous l'avons déjà vu, à l’état de cellules vésiculeuses, et c'est pourquoi nous les nommons élots vésiculeux (IV, fig. 168, 170, 180). Il est à peu près de règle constante que chacune de ces cellules vésiculeuses ne renferme qu'un seul noyau, de telle sorte que nous ne trouvons pas, en fin de compte, chez la souris, les types divers (multinucléés) de cellules vésiculeuses que nous avons constatés chez le lapin. Pendant les derniers jours de la gestation ces îlots vésiculeux diminuent de nombre et de volume; les parois de leurs cellules apparaissent moins distinctement, et si, vers les vingtième et vingt et unième jours, on trouve souvent deux ou plusieurs noyaux dans une cellule, cet état paraît dû à la disparition de la cloison qui séparail deux cellules voisines, de sorte que les noyaux correspondants sont alors dans une cavité commune. Ainsi ces formations vésiculeuses n'arrivent pas à subir la désagrégation en magma méconnaissable que nous avons décrit chez le lapin (fig. 58, planche VI), mais elles présentent toujours un certain degré de résorption, de sorte que, à la fin de la gestation, la couche plasmodiale présente des îlots vésiculeux plus clairsemés et plus petits (figures 176 et 180).
C. — La zone inférieure ou limite interne de la formation plasmodiale endovasculaire se continue avec l’ectoplacenta proprement dit, ou portion spongieuse de l’ectoplacenta (c'est-à-dire la portion qui renferme des capillaires fœtaux). Déjà, dès le début de la formation plasmodiale, nous avons décrit comment ses couches inférieures, parcourues d'abord seulement par des lacunes sanguimaternelles, étaient graduellement envahies par les conduits “vasculo-fætaux. Ce processus continue pendant que la formation plasmodiale s'achève et acquiert les caractères que nous venons de lui décrire, de sorte que ses limites inférieures reculent graduellement à mesure que ses limites supérieures avancent dans la sérotine. Ce fait se traduit par la présence d'ilots vésiculeux dans la portion spongieuse du placenta, ilots vésiculeux qui étaient d’abord entourés de plasmode endovasculaire, puis qui se trouvent plongés dans l’ectoplacenta spongieux, parce que le plasmode endovascu-
laire qui les circonscrit a été envahi par les capillaires fœtaux. Les phases successives et le résultat final de ce processus sont représentés par les figures 170, 180 et 176.
Sur la partie inférieure de la figure 170 on voit bien les capillaires fœtaux (cc) arriver dans le plasmode, qui, parcouru alors par des canalicules sanguimaternels et par des canaux vasculofœtaux, arrive à faire partie de la masse générale de l’ectoplacenta spongieux. Sur la figure 180 (d'après un placenta de rat à la fin de la gestation) on constate les divers rapports que, par suite de ces changements dans la substance qui les circonscrit, arrivent à affecter les îlots vésiculeux. Les uns (IV, IV) sont encore situés en plein plasmode ; un autre (en 2) est entouré d’une couche de plasmode que les capillaires fœtaux envahissent de toute part; un dernier enfin (à la partie toute inférieure de la figure, en 3) n'est plus séparé des capillaires fœtaux que par la mince couche plasmodiale qui forme la paroi des conduits vasculo-fætaux renfermant ces capillaires. Enfin la figure 176, d’après un placenta de souris au dernier jour de la gestation, nous montre une série d'ilols vésiculeux ainsi noyés profondément dans la masse spongieuse du placenta. En comparant cette figure avec les figures 147 et 148 de la planche XIII, on voit que les ilots compacts, sur la description desquels nous nous sommes précédemment étendus, sont remplacés par des ilots vésiculeux, et nous avons déjà signalé l'erreur qui consisterait à croire que les seconds proviennent d’une transformation des premiers. La réalité est que, les îlots compacts, ainsi que nous l'avons annoncé lors de leur étude, disparaissent graduellement, et que, s'ils laissaient quelque trace de leur présence, ce serait dans les couches internes de la masse spongieuse du placenta; à mesure que ces ilots compacts disparaissent, on voit apparaitre les ilots vésiculeux, mais situés dans les couches externes de la masse spongieuse, c'est-à-dire dans le voisinage plus ou moins immédiat de la formation plasmodiale endovasculaire, de laquelle ils paraissent émerger, et ils en émergent en effet, car la formation plasmodiale endovasculaire qui les enveloppait primitivement s’est secondairement transformée en tissu spongieux du placenta.
2° Ectoplacenta proprement dit (portion spongieuse, renfermant des capillaires fœtaux).
L'ectoplacenta proprement dit va nous présenter, pendant la
période d'achèvement, des modifications identiques à celles que nous avons étudiées sur le lapin : dans cette masse spongieuse, formée de canalicules sanguimaternels et de capillaires fœtaux, la paroi plasmodiale des canalicules va s'atrophier de plus en plus, de sorte que les capillaires fœtaux plongeront directement dans le sang maternel. Les seules différences portent sur quelques détails non de structure, mais pour ainsi dire de topographie. C’est par ceux-ci que nous allons commencer.
Le placenta de la souris n’est pas, nous le savons, divisé en lobules comme celui du lapin : aussi la distribution des vaisseaux s’y fait-elle sans disposition régulière fixe; mais cependant l’aspect des orifices vasculaires et la nature des parties qui les entourent, permettent de reconnaître leur nature aussi bien sur des coupes transversales que sur des coupes horizontales.
Ce sont uniquement des coupes verticales (perpendiculaires au gâteau placentaire) que nous avons étudiées jusqu'ici, et nous n'avons pas à insister de nouveau sur leurs dispositions topographiques, car la signification des vaisseaux qu’on y apercoit est intelligible au premier coup d’œil par le fait même des connexions des vaisseaux fœtaux avec la masse mésodermique allantoïdienne placée dans le hile du placenta (voir les figures 166 et 176). Mais les coupes horizontales (parallèlement à la surface du disque placentaire) présentent à cet égard des aspects intéressants, et nous prendrons comme type la figure 164, sur laquelle nous aurons à examiner plusieurs détails accessoires, en dehors de la masse spongieuse de l'ectoplacenta proprement dit.
Cette figure est une coupe faite selon la direction et le niveau indiqués par la ligne 164 sur la figure 166. Elle passe donc un peu au-dessous de la région moyenne de la masse spongieuse du placenta; elle comprend non seulement le placenta, mais encore les parois utérines.
Nous arrêlant d'abord sur ces parois ulérines, faisons remarquer que la figure les représente non seulement dans la région en rapport avec le placenta (les trois quarts gauches de la figure), mais encore dans la région intermédiaire à deux renflements utérins, à deux chambres incubatrices (le quart droit de la figure). Or dans ces deux parties les parois utérines ont des dispositions bien différentes; minces dans la région placentaire (de A à B), elles s’épaississent dans la région intermédiaire {de B à C); le plus frappant
est la disposition de la muqueuse, qui, dans la région placentaire, est presque lisse, à peine ondulée par places (comparer avec les figures 167 et 176), tandis que dans la région intermédiaire elle forme des villosités multiples sous forme de lames et lamelles ramifiées. Ceci nous explique que, dans les coupes transversales, on ne trouve la muqueuse utérine plissée que quand ces coupes atteignent les parties voisines d’un étranglement intermédiaire à deux renflements, tandis qu'elle est à peine villeuse si la coupe passe par le centre du placenta, et cette disposition, une fois topographiquement bien déterminée, nous empêchera de voir dans ces lamelles et villosités un appareil en rapport avec la nutrition du fœtus, un appareil quelconque de sécrétion (question du lait utérin); elle nous montre au contraire le résultat mécanique des conditions de distension différente que subissent les diverses parties du conduit utérin, conditions mécaniques sur l'importance desquelles nous reviendrons en étudiant la muqueuse utérine après la parturition.
Si nous passons maintenant, toujours sur cette figure 164, à l'examen du disque placentaire, nous trouvons à sa périphérie diverses parties qui nous sont déjà connues : c'est d’abord (en S R) une mince bordure de caduque sérotine (région périphérique de la sérotine, étudiée quelques pages plus haut); puis vient la formation plasmodiale endovasculaire (en 3, 3), avec les îlots vésiculeux dont elle est semée; déjà quelques-uns de ces ilots semblent émerger de la formation plasmodiale et sont situés en pleine substance spongieuse de lectoplacenta proprement dit.
Nous arrivons donc finalement à cette masse spongieuse et nous devons d’abord, avant de donner des détails sur l’état intime de sa structure, étudier la signification des taches claires et des taches foncées dont elle est parsemée.
Les taches foncées (IG, IC) sont des îlots compacts, tels que nous les avons étudiés dans le stade précédent; sur cette pièce ils sont relativement nombreux, car dans la période d'achèvement ils disparaissent pour la plupart, se transformant en tissu spongieux, ou donnant naissance aux grandes voies afférentes et efférentes de la circulation maternelle. Mais nous ne sommes ici encore qu'au début de la période d'achèvement, car il s’agit ici d’un placenta au 18° jour de la gestation. Remarquons que la coupe passe par la partie inférieure de la masse spongieuse de l’ectoplacenta, selon la ligne 164 de la figure 166, et que, nous l’avons dit quelques
de nb Gad Le LÉ
RS lignes plus haut, c’est en effet dans cetle partie inférieure que les ilots compacts sont le plus nombreux et persistent le plus longtemps. Remarquons encore que plusieurs de ces ilots compacts sont en rapport avec de grands orifices qui, nous allons le voir, sont les voies de la circulation maternelle.
Les taches claires dont est semée la masse spongieuse se présentent sous deux formes bien distinctes. Les unes sont comme des trous (L, L) faits à l'emporte-pièce dans la substance spongieuse et limités immédiatement par cette substance: ce sont les conduits qui donnent passage au sang maternel distribué dans Je placenta; nous avons étudié précédemment leur mode de formation (fig. 154, en À) et nous savons qu'ils n'ont et ne peuvent avoir d'autre paroi que la substance plasmodiale des ilots compacts qui leur ont donné naissance, et ils se montrent en effet ici entourés d'une couche relativement épaisse de substance plasmodiale non encore transformée en substance spongieuse, c'est-à-dire non encore envahie par les capillaires fœtaux (voir les figures 148 et 154, en À, et la description de ces figures). Ces orifices doivent donc apparaître comme taillés à l'emporte-pièce dans la substance du placenta, comme apparaissent les ramifications des veines sus-hépatiques dans la substance du foie. Au contraire les autres taches claires (V,V) se montrent ici comme apparaissent, sur une coupe du foie, les ramifications de la veine porte, c'est-à-dire comme des vaisseaux dont la paroi est séparée du parenchyme de l'organe par un espace que remplit une couche lâche de tissu conjonctif. Ces vaisseaux sont les vaisseaux allantoïdiens; le tissu conjonctif qui les entoure, et qui, dans le rapprochement que nous venons de faire entre le placenta et le foie, serait l'homologue de la capsule de Glisson, est le tissu mésodermique allantoïdien, dont on voit si bien les connexions sur les coupes transversales, telles que celles des figures 167 et 176. A la période où nous sommes (achèvement de l’ectoplacenta, du 18° au 21° jour) on ne peut plus guère compter, pour distinguer un vaisseau fœtal d'un vaisseau maternel, sur l'examen de son contenu, car le sang fœtal ne renferme plus ou presque plus de globules nucléés; mais les injections sont très démonstratives à cet égard, et elles nous apprennent notamment que parmi les conduits destinés au sang maternel, les deux ou trois plus volumineux qui occupent le centre du placenta (fig. 164) sont les voies de la circulation en retour.
La signification des orifices vasculaires de la fig. 164 étant donc bien fixée comme circulation maternelle pour les uns, comme circulation fœtale pour les autres, il nous reste à étudier une disposition particulière appartenant aux vaisseaux fœtaux, ou pour mieux dire à la gaine mésodermique qui les entoure et que nous avons comparée à la capsule de Glisson du foie. En examinant à un fort grossissement cette gaine mésodermique, formée de cellules étoilées avec abondante substance amorphe (fig. 1465 et 167), on voit que partout elle adhère intimement et régulièrement à la surface externe des vaisseaux qu'elle entoure, tandis que sur son autre surface, du côté de la substance spongieuse de l’ectoplacenta, elle présente des dispositions singulières : tantôt elle adhère directement à cette substance spongieuse (en 1, 1, fig 165); tantôt elle en est séparée par un espace libre tapissé par un épithélium (en a,a,4a, figures 165 et 167). Nous pensons qu’au premier coup d'œil jeté sur ces figures, le lecteur saura reconnaître, dans ces cavités et cet épithélium en apparence émigmatiques, la formation que nous avons précédemment étudiée sous le nom d’entoderme ectoplacentaire, de sinus entodermique de l'ectoplacenta. La masse mésodermique allantoïdienne, que l’entoderme ectoplacentaire est venu rejoindre par un mécanisme précédemment étudié, remonte de plus en plus dans le placenta, en entraînant de plus en plus profondément cet entoderme ectoplacentaire (voir la fig. 178, pl. XVI); les festons que celui-ci décrivait précédemment à la périphérie de la masse mésodermique allantoïdienne ont pénétré actuellement jusque dans son centre, en enveloppant de plus en plus les vaisseaux, comme le montre la figure 167. Il en résulte que, vers la fin de la gestation, sur une coupe horizontale du placenta, tous les gros prolongements allantoïdiens, tels que ceux qui sont visibles sur la figure 164, possèdent leur gaine, ou pour mieux dire leur demigaine d’entoderme. Cette gaine est tantôt très incomplète, comme sur la fig. 165, où la cavité « représente seulement la section du prolongement terminal d’un des festons de la gouttière entodermique (voyez les descriptions à propos de la figure 151); tantôt cette gaine entoure presque complètement un groupe de vaisseaux, comme sur la fig. 167, ne laissant qu’un petit intervalle entre ses deux extrémités qui tendent à se rejoindre (en ms, fig. 167). Du reste celte gaine, que déjà au seizième jour (fig. 151) nous comparions à une séreuse avec un épithélium pariétal et un épithélium
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