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et les plis de la muqueuse y sont distribués d'une manière‘inégale mais présentant toujours la même disposition. C'est ce qu'on voit sur les figures 193 et 194. La figure 193 est de la même corne utérine que la figure 195 : elle vient d’une souris dont notre collègue et ami Lataste (n° LIIT de sa collection) nous avait livré les organes, et qu'il avait étiquetée avec la mention suivante : « Jour du part, après coït, bouchon en place », et, en effet, sur les coupes mêmes nous avons trouvé, à quelque région qu'elles appartinssent, un magma coagulé dans la lumière utérine et où il était facile avec un fort grossissement de reconnaitre des spermatozoïdes parfaitement conservés ‘. La figure 194 est d’une autre souris sacrifiée après le part, exactement au vingt et unième jour. Dans ces deux figures, malgré quelques variations individuelles, on reconnaît essentiellement les mêmes dispositions. La lumière utérine est, à la jonction de son tiers supérieur (en appelant supérieur le côté mésométrique) avec ses deux tiers inférieurs, divisée en deux parties inégales, par la présence de gros plis plus ou moins ramifiés (a, 4, fig. 193 et 194); nous appellerons plis utéro-placentaires ces plicatures de la muqueuse; on voit qu'ils sont fortement saillants dans la cavité utérine et que leurs extrémités libres arrivent jusqu’au contact d’un côté à l’autre. Des deux parties de la lumière utérine séparées l’une de l’autre par ces plis utéro-placentaires, l'inférieure, plus grande, présente sur toute sa surface des plis irrégulièrement disposés et relativement peu saillants (b, b, fig. 193 et 194); la supérieure, plus petite, est limitée en baspar les plis utéro-placentaires, et en haut (du côté mésométrique) par une surface plane, qui sur les coupes est représentée par une ligne presque droite, s'élendant transversalement de la base du pli utéro-placentaire le plus élevé vers la base du pli semblable situé au côté opposé. Cette surface plane non seulement ne présente pas de plis de la muqueuse, mais on peut même dire qu'elle ne possède pas de muqueuse, en ce sens qu’elle n’est pas revêtue d’épithélium. Sur les figures 193 et 194, qui sont à un grossissement de 8 à 12, on peut très bien reconnaître, sous la forme d’une bordure sombre, l'épithélium qui revêt les plis de la partie inférieure de la lumière utérine; on peut
4. Lataste signale à diverses reprises l'aspect de l'utérus de la souris distendu par le sperme. Voir Recherches de la zoæthique, notes prises au jour le jour sur différentes espèces de Rongeurs, p. 515, en note; p. 656, explication de la planche VI, fig. 3 (utérus distendu par le liquide utéro-spermatique).
suivre cette ligne sombre sur les grands plis utéro-placentaires ; puis, en allant jusqu'à la base du plus supérieur de ces plis, on voit s'arrêter brusquement cette bordure sombre; l’épithélium s'arrête à ce niveau et ne s’élend pas sur la partie plane formant la paroi supérieure ou mésométrique de la cavité utérine. Cette surface dépourvue d'épithélium correspond au lieu d'insertion du placenta, par le départ duquel elle a été mise à nu. Elle est formée par la portion de la sérotine qui n'avait pas été envahie par la formation plasmodiale endovasculaire, et à laquelle nous avons précédemment donné le nom de chorion de la sérotine. Le placenta s’est donc détaché au niveau de la ligne de contact entre ce chorion de la sérotine et la zone ou limite externe de la formation plasmodiale.
Nous trouvons donc ici une différence notable entre le lapin et le type rat-souris quant à la manière dont se comportent les parties lors du départ du placenta. Chez le lapin, où la formation plasmodiale endovasculaire est peu développée, la transformation des cellules de la sérotine en éléments vésiculeux s'était étendue profondément au delà du territoire du placenta proprement dit et avait donné lieu à la formation, dans la sérotine, d'une couche vésiculeuse permanente ou protectrice. qui se détachait avec le placenta, laissant à nu la couche musculaire recouverte seulement d’une très mince couche de tissu cellulaire. Chez le type rat-souris, où la formation plasmodiale endovasculaire est très développée, c'est elle qui prend la place de la couche vésiculeuse protectrice du lapin, et en effet nous avons vu que sa zone externe (fig. 170, 180) se transforme en cellulés géantes ectodermiques; quand cette couche de cellules géantes se détache, elle laisse à nu la couche musculaire recouverte seulement par la mince couche de tissu cellulaire dite chorion de la sérotine.
Mais une différence plus considérable se présente alors entre le lapin et la souris. Chez la lapine, la surface ainsi mise à nu était immédiatement recouverte par la muqueuse des parties circonvoisines, qui, ayant plus d’étendue qu'il n’est nécessaire pour revêtir la cavité de l'utérus rétracté, glissait sur la région mise à vif par le départ du placenta et la recouvrait complètement, donnant lieu à une réparation immédiate, à une cicatrisation par première intention. Chez le rat et chez la souris ce glissement n’a pas lieu; au pourtour de la surface mise à nu la muqueuse est adhérente ; elle
ne glisse pas, et comme cependant elle a ici encore plus d’étendue qu'il n’est nécessaire pour revêlir la cavité de l'utérus rétracté, elle est forcée de se soulever autour dela surface mise à nu et d'y former les grandes plicatures que nous avons nommées, vu leurs situations, plis utéro-placentaires (a, a, fig. 193 et 19%) et qui divisent, sur une coupe, la cavité de l'utérus en deux étages, l’un supérieur, l’autre inférieur. Quand on examine une corne utérine en l’ouvrant longitudinalement par son bord antimésométrique, on voit que les dispositions précédentes, constatées sur des coupes, correspondent en réalité à l’existence, le long du bord mésométrique, d’une série de cavités ou diverticules de la cavité générale, diverticules entourés par une couronne de grands plis utéro-placentaires; chacun de ces diverticules correspond à une région placentaire ; leur fond est formé par le chorion de la sérotine mis à nu. Les premières fois que nous avons observé ces dispositions, nous avions pensé qu'il allait se produire quelque chose d'analogue à ce que nous avions conslalé chez la lapine, c’est-à-dire que sans doute ces plis utéro-placentaires allaient s'appliquer sur le chorion de la sérotine mis à nu, et que la réparation de la muqueuse allait s'établir ainsi, les cavités diverticulaires sus-indiquées se fermant comme une bourse dont on rapproche les bords et accole les parois. Il n’en est rien, et, en y réfléchissant, on comprend a priori que les choses ne sauraient se passer ainsi : pour réparer la surface mise à nu il faudrait un glissement de la muqueuse sur cette surface, et non la formation de plis revêtus d’épithélium sur leurs deux faces. Nous savons du reste qu'une partie de ces plis utéro-placentaires préexistent déjà à la parturition, vers la partie des bords du placenta qui correspondent aux régions intermédiaires à deux renflements utérins, ainsi que nous l’avons étudié à propos de la figure 164, planche XV (voir les plis ou villosités en CV). Puis nos recherches ultérieures nous ont montré que le processus de réparation se produit ici tout autrement que chez le lapin. La surface mise à vif reste à nu; la cicatrisation ne se fait pas par un apport que fournirait Ja muqueuse périphérique ; elle n’a pas lieu par première intention. Il faut que le chorion se revête d'une couche épithéliale de nouvelle formation. Nous aurons donc à étudier comment se produit ultérieurement cet épithélium.
Ces deux ordres de différences entre la lapine et la souris sont trop importants pour que nous ne cherchions à les rendre plus
intelligibles encore qu'ils ne peuvent l'être par les explications précédentes. IL nous semble que la figure 196 répond bien à ce desideratum, de même qu'elle nous sera utile encore pour compléter plus tard d’autres explications. Il s’agit ici d’un utérus de souris, au vingt et unième jour, ouvert le long de son bord mésométrique, avant la parturition; le fœtus ayant été enlevé et le placenta laissé en place, la pièce fut durcie, puis des coupes furent faites au niveau d’un des placentas. Or la paroi utérine, devenue libre après sa section, s'était fortement rétractée, nous pouvons dire contractée, puisque la section avait été faite sur des tissus encore vivants; c'est pourquoi toute cette paroi utérine est représentée sur une coupe par les deux lambeaux (A, A, fig. 196) qui apparaissent ici comme des appendices de la face supérieure du placenta. On voit que la muqueuse est plissée par le fait de cette rétraction, et qu’elle présente notamment (en 4, a) les grandes plicatures dites plis utéro-placentaires, un peu moins saillants que dans les figures 193 et 194, ce qui s'explique facilement par le renversement des parois utérines vers le haut, c'est-à-dire de dedans en dehors. On sent parfaitement, à l'inspection de cette figure, que le détachement du placenta doit se faire au-dessus de la formation plasmodiale endovasculaire (B, fig. 196) et qu'ainsi sera mis à nu le chorion de la sérotine, c’est-à-dire cette couche représentée par une zone claire entre le placenta et la musculature du bord mésométrique de l’utérus. Du reste, en tirant sur l’un des placentas, sur celte pièce, avant son immersion dans les liquides fixateurs, on obtenait ce détachement, et on voyait la face supérieure du placenta revêtue d’une couche d'apparence pulpeuse qui n’était autre chose que la formation plasmodiale endovasculaire. Si, sur la figure 196, on suppose le placenta supprimé, on aurait son lieu d'insertion représenté par la zone claire qui figure ici le chorion de la sérotine,; mais la surface ici mise à nu est bien plus étendue que celle des figures 193 et 194; c’est que dans ces derniers cas la rétraction des parois utérines a exercé son effet sur le chorion de la sérotine lui-même, et en a singulièrement diminué les dimensions. Ainsi, chez la souris et le rat, la contraction de l'utérus, pendant et après la parturition, n'arrive pas à recouvrir de muqueuse la région mise à nu par le départ du placenta; elle arrive seulement à diminuer l'étendue de cette région et à fermer les sinus utérins s’ouvrant à sa surface.