‹ Le placenta des rongeursChapitre 50 sur 88 · PR NE OU · texte numérisé non relu

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allantoïdienne. Ainsi il y a une sériation graduelle, nous montrant l'oblitération successive de l’allantoïde, en partant du lapin, passant par l’écureuil et le rat, pour aboutir au cochon d'Inde. »

Puisque nous avons cité le récent mémoire de Fleischmann, nous devons dire que cet auteur a constaté, chez l'écureuil, les mêmes dispositions de la vésicule ombilicale que nous avons décrites chez le lapin, c'est-à-dire une invagination tardive de l'hémisphère supérieur (ou proximal) dans l’hémisphère inférieur ou distal, et que, dans une étude générale sur l’inversion des feuillets, il expose les mêmes considérations que nous avons précédemment fournies avec l’aide de nombreuses figures schématiques et arrive aux mêmes conclusions, montrant comment l'inversion vraie dérive graduellement d'une invagination devenue plus précoce. Il ne parait pas avoir eu connaissance de cette partie de notre travail, parue dans le numéro de novembre 1890 du Journal de l Anatomie, alors que son mémoire est daté de 1891. Mais s'il a bien observé l’invagination de l'hémisphère supérieur, il ne s’est pas rendu compte de ce fait essentiel, à savoir qu'ultérieurement l'hémisphère inférieur ou distal s’atrophie complètement et est résorbé, de sorte que la superficie de l'œuf est alors formée par l’entoderme proximal. Fleischmann en reste donc, sur cette question, à la vieille théorie, dont nous avons complètement fait l'histoire, d’une soudure des deux parois de la vésicule ombilicale, d'où pénétration des vaisseaux du feuillet proximal dans le feuillet distal et de là jusque dans le chorion. C'est pourquoi il parle d'un omphalo-chorion, vascularisé par les vaisseaux omphalo-mésentériques, par opposition à un allanto-chorion, vascularisé par l’allantoïde. Les passages suivants suffiront à mettre cette erreur en évidence, en même temps qu’à montrer combien les dispositions qu’il a constatées chez l’écureuil sont identiques à ce que nous avons décrit chez le lapin.

« Le lieu de réflexion des deux hémisphères de la vésicule ombilicale répond, chez le lièvre et l’écureuil, au bord du placenta; chez le rat la vésicule ombilicale se prolonge en dedans de ce bord sur la face inférieure du placenta jusque vers sa partie centrale, n'y laissant libre qu’un étroit orifice central pour l'entrée du pédicule de l’allantoïde. » (Op. cit., page 131.) Il aurait fallu ajouter que même l’entoderme de la vésicule ombilicale entre dans le placenta avec le pédicule de l’allantoïde, et qu’il y forme autour des prolongements mésodermiques allantoïdiens cette singulière gaine ento-

dermique, ces bizarres prolongements d’entoderme ectoplacentaire, comme nous l'avons nommé. Mais ces dispositions n’ont encore été signalées par aucun embryologiste.

« Chez l’écureuil, le sac vitellin (vésicule ombilicale) présente une singulière transformation; il perd sa forme primitive de vésicule sphérique pour prendre celle d’une demi-sphère creuse. En effet, tout son hémisphère parcouru par les vaisseaux omphalo-mésentériques s'invagine dans l'hémisphère opposé, de facon que l’ensemble de la vésicule se transforme en une calotte dans la cavité de laquelle est placé l'embryon enveloppé de son amnios. Le sinus terminal, une fois qu'est accomplie l’invaginalion sus-indiquée, répond au bord circulaire de cette calotte, sur laquelle le disque placentaire est posé comme un couvercle... » ({bid., p. 130.) Il rappelle alors les idées de Bischoff sur ce sujet, idées que nous avons précédemment analysées (voir notre figure XXVIII, dans le texte) et il conclut, comme Bischoff, que « les deux parois de la vésicule ombilicale se soudent l’une à l’autre et arrivent ainsi à former à l’embryon, jusqu’à la fin de la gestation, un chorion vascularisé par les vaisseaux omphalo-mésentériques, c’est-à-dire un omphalo-chorion. » (Jbid., p.130.) Etil revient à plusieurs reprises sur cette vieille conception qui remonte à Cuvier et à de Baer, d’après laquelle, selon les expressions de de Baer, les vaisseaux omphalo-mésentériques traversent, comme des épingles piquées, la cavité de la vésicule ombilicale pour, de son feuillet interne (proximal), gagner l’externe (distal). Ainsi page 133 : « Chez tous les rongeurs, par le fait de la soudure de la moitié vasculaire de la vésicule ombilicale, avec l’autre moitié, l'embryon est entouré d'un omphalo-chorion vasculaire. » Et plus loin (page 138) : « Après invagination de l’hémisphère vasculaire dans l’hémisphère opposé, la cavité de la vésicule ombilicale se trouve réduite à une mince fente entre ces deux feuillets. Cette cavité disparaissant ensuite complètement, la couche vasculaire se soude à l'omphalo-chorion; par suite, les vaisseaux omphalo-mésentériques pénètrent dans cette enveloppe, la plus extérieure de l’œuf, en font un omphalo-chorion vasculaire, et conservent ainsi leur signification physiologique jusqu'au terme de la gestation. »

Ayant ainsi passé en revue quelques questions relativement accessoires, arrivons à l'examen des auteurs qui, dans des monographies spéciales, ont étudié le placenta du rat et de la souris, ou

qui en ont parlé dans des travaux d'ensemble sur le placenta eñ général. Ces auteurs sont Ercolani, Tafani, Nusbaum, etc.

Dans notre historique sur le placenta du lapin nous avons donné la bibliographie complète des travaux d’Ercolani sur le placenta, et nous avons désigné chacun de ses mémoires par la date de sa publication; nous reprendrons ici ce mode d'indication.

Nous dirons donc que, dans son mémoire de 1869 (Traduct. francaise, Alger, 1869), Ercolani ne fait aucune allusion au placenta du rat. Dans son second mémoire (1870), il ne donne que quelques lignes au placenta du rat (pages 39 et 40), uniquement pour le comparer au placenta du cochon d'Inde, comparaison que nous discuterons après avoir étudié l'organe placentaire de ce dernier rongeur. Il ne décrit en somme que l'aspect macroscopique, qui, sur une coupe médiane, nous montre le tissu mésodermique allantoïdien placé dans le hile de l’ectoplacenta : « La portion glandulaire maternelle (ectoplacenta) est disposée de facon à encapsuler la portion fœtale (tissu mésodermique et vaisseaux allantoïdiens). » En somme il voit toujours, comme pour le lapin, une formation glandulaire dans ce que nous avons appelé ectoplacenta.

Par contre, dans son mémoire de 1877, Ercolani décrit longuement et figure avec détails différentes phases de la gestatien chez le rat. Il se sert d'abord des premiers stades pour mettre en évidence ce qu’il appelle la néo-formation placentaire. « Le détachement et la destruction de toute la muqueuse utérine dans les segments de la corne où s’arrêle un œuf, sont choses très évidentes, dit-il (page 17), d'après les observations que j'ai faites dans les premiers stades de la gestation chez le rat. Chez cet animal se produit aussi un processus compliqué de néo-formation qui montre très clairement que les éléments anatomiques néoformés sont identiques dans la « decidua caduca » comme dans la « reflexa » et la « serotina », et qu'en conséquence c’est d'après le point dans lequel se fixe l'œuf que telle partie de la « decidua » devient « serotina », ou « reflexa », ou « caduca ». Le processus de destruction de l’ancienne muqueuse tuméfiée dans la région où se fixe l'œuf, se produit très rapidement chez le rat, comme il est facile de s’en convaincre en examinant l'utérus gravide depuis peu de jours, chez le Mus musculus et le Mus decumanus. La figure 4 de la pl. [1 (reproduite dans la figure LXXIV, ci-dessous) représente une section transversale d’un segment utérin de rat, segment dans lequel l'œuf n’était que depuis bien peu

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de temps, puisqu'il n'avait pas encore achevé sa segmentation !, et il est curieux de voir que cependant cet œuf est déjà entouré de toutes parts d’un néoplasme cellulo-vasculaire qui le séquestre complètement dans le point où il s’est arrêté. De l’ancienne muqueuse il n'y a plus en cette région que de rares restes, représentés par quelques portions de glandes rejetées vers le voisinage de la musculature (fig. LXXIV, en 9, fig. LXXV en d), et par une petite cavité triangulaire (d, fig. LXXIV) à parois revêtues encore de l’ancien épithé-

Fig. LXXIV. — (Ercolani (1877). pl. IL, fig. 1.) Légende d'Ercolani : Section transversale complète d’une corne utérine de Mus decumanus ; région où est fixé l'œuf dans les premiers stades de la gestation. — A, côté du bord libre inférieur de la corne utérine; — B, côté du bord auquel s'attache le repli suspenseur de l'utérus; — a, ce repli suspenseur; — b,b, tunique externe, musculaire, de l'utérus; — ce, l'œuf; — d, cavité triangulaire revètue encore de l’ancien épithélium de la muqueuse non gravide, et représentant ce qui reste de la cavité primitive de la corne utérine; — e, fente étroite qui va de cette cavité jusqu'à l'œuf; ses parois ne présentent plus trace de l’ancien épithélium de la muqueuse utérine; — f, néoplasme cellulo-vaseulaire qui enveloppe l'œuf et qui a remplacé tous les éléments anatomiques de la muqueuse de l'utérus non gravide; — g, restes des anciennes glandes utriculaires en voie de disparilion; — À, région où le néoplasme cellulo-vasculaire sera remplacé par le placenta; — i, lieu où se développera la eaduque réfléchie; — Li, lieu où se développera la decidua caduca.

lium de la muqueuse; cette cavité représente encore un certain temps le canal de la corne utérine, mais avec les progrès du développement elle finit par disparaître et juste au-dessus de sa base concave (en k) se développe le placenta du rat. Au stade représenté

1. Non seulement l'œuf ici figuré avait achevé sa segmentation, mais linversion des feuillets y était déja achevée; cette figure d'Ercolani répond à la figure 87 de notre planche VII, c’est-à-dire au huitième ou neuvième jour de la gestation, chez la souris.

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